BCE - Jean-Claude Trichet - Système bancaire
La fin de la crise "n'est pas en vue" selon la BCE
Jeudi 27 mars 2008
Plusieurs banquiers de la Banque centrale européenne se sont déclarés pessimistes sur une fin prochaine de la crise du crédit qui secoue les marchés financiers depuis l'été 2007.
Jeudi 27 mars 2008
Par ReutersLONDRES - La fin de la crise mondiale du crédit n'est pas en vue, de l'avis de plusieurs banquiers centraux, une crise qui, entre autres, remet en cause les objectifs de bénéfice de la Deutsche Bank.
Pour le président de la Banque centrale européenne (BCE) Jean-Claude Trichet, la tempête qui secoue les marchés financiers depuis l'été 2007 ne s'apaisera sans doute pas tant que le marché immobilier américain ne se sera pas redressé.
"Tant que la situation sur le marché immobilier américain n'aura pas montré des signes d'amélioration, on ne peut exclure que les tensions persistent sur les marchés du crédit structuré", a-t-il dit mercredi à la commission des Affaires économiques et monétaires du Parlement européen.
"Les grandes banques de la zone euro subiront sans doute des pressions sur leurs revenus en raison d'un fléchissement de l'activité sur les marchés du crédit structuré et d'une aversion généralisée envers le risque".
L'Europe n'a pas échappé à la crise du crédit qui est apparue en août et qui se caractérise par un manque de confiance mutuel des banques, car aucune ne connaît précisément l'exposition de ses homologues à la contamination de la crise du "subprime" aux Etats-Unis.
La titrisation de créances immobilières sur des millions d'Américains qui n'ont plus les moyens de les rembourser a plombé les bilans des banques, qui ont dû passer des centaines de milliards de dollars de dépréciations - un mouvement qui n'est sans doute pas terminé - au point que certaines, comme la Bear Stearns, ont frôlé le dépôt de bilan. Tant que la confiance ne sera pas revenue sur le marché interbancaire, la crise continuera, affirment des experts.
Deutsche Bank a fait savoir dans son rapport annuel que les dépréciations d'actifs et les retombées sur ses revenus des remous du marché du crédit risquaient de remettre en cause son objectif d'un bénéfice de 8,4 milliards d'euros cette année.
"Le ton ce matin est sensiblement plus pessimiste et de fait Deutsche a livré un avertissement sur ses résultats de 2008 (à peine déguisé) imputable à de nouvelles dépréciatons", constatent des analystes de RBS dans une note à la clientèle.
Les grandes banques centrales ont déversé des tombereaux de liquidités sur le marché monétaire mais pour l'instant rien n'y fait: les banques n'ont plus aucune visibilité au-delà de trois mois et ne s'y risquent pas, comme en témoigne le niveau du taux interbancaire Libor en euro à trois mois, qui a atteint 4,72063%, son niveau le plus élevé de l'année.
Phase nouvelle
Le gouverneur de la Banque d'Angleterre Mervyn King ne le cède pas à Trichet en matière de projections maussades et il estime que l'assèchement du crédit ("credit crunch") est entré dans une nouvelle phase.
"La crise financière a évolué en une phase nouvelle et délicate; la confiance est fragile sur les marchés financiers de l'ensemble de la planète", a-t-il dit à une commission parlementaire.
Il n'est pas étonnant, dans un tel contexte, que les rapprochements avec la Grande Dépression de 1929 pullulent, trahissant une grosse déprime que la Réserve fédérale s'emploie à soigner à coup de baisses des taux énergiques.
Preuve ultime que les autorités monétaires ont conscience du danger et font leur possible pour l'étouffer, la Fed a même volé au secours d'une banque cotée en Bourse, la Bear Stearns, en parrainant plus ou moins son projet de rachat, non encore réalisé et très controversé, par la banque JPMorgan Chase.
Autant d'initiatives qui ont peu ou prou réussi à regagner un peu de la confiance perdue, à quoi il faut ajouter les résultats encourageants, la semaine passée, de banques d'investissement telles que Goldman Sachs ou Lehman Brothers qui ont fait mieux que limiter les dégâts.
Mais face à cela, les statistiques économiques continuent de donner une image pour le moins mitigée de la conjoncture. Si les ventes de logements ont augmenté en février pour la première fois en sept mois, les prix ont toutefois chuté de 3,0% annuels en janvier.
La situation paraît un peu moins troublée en Europe. Ainsi, l'indice du climat des affaires allemand Ifo a atteint en mars son niveau le plus élevé en sept mois, tandis que le moral des industriels français est reparti à la hausse après trois mois consécutifs de baisse.
Cela étant, ni la BCE ni la Banque d'Angleterre n'ont imité la Fed en matière de baisse des taux.
King a dit que la BoE était toujours prête à assurer la liquidité des marchés financiers si nécessaire et qu'elle travaillait avec les banques commerciales à une résolution de la crise. Mais s'il y a une solution, elle doit être financée par les actionnaires des banques et non par le contribuable, a-t-il souligné.
Quant à Trichet, il a une nouvelle fois bien insisté sur son mandat primordial: la stabilité des prix. Pour lui, maintenir les taux à leur niveau actuel permet de remplir ce mandat. "Si nous avons maintenu nos taux d'intérêt au niveau actuel, c'est parce que nous croyons qu'il correspond à ce qui est nécessaire pour maintenir la stabilité des prix à moyen terme", a-t-il dit.
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