28 mars 2008 - 10H58
- Colombie - Équateur - Farc - Trafic de drogues

Equateur-Colombie : la frontière invisible
La frontière entre la Colombie et l’Equateur est une zone hors de contrôle, sanctuaire des FARC. Le gouvernement colombien accuse l’Equateur de soutenir la guérilla et les narcotrafiquants. (Reportage : H. Frade, C. Vanier)
Dans la nuit du 1er au 2 mars 2008, la Colombie bombardait un campement des FARC, en territoire équatorien. L'incursion faisait 26 morts, dont Raul Reyes, le numéro deux de l'organisation marxiste qui détient de nombreux otages dont la Franco-colombienne Ingrid Betancourt. Aussitôt, la diplomatie s'empare du sujet : l'Equateur rompt ses relations avec la Colombie qui, avec l’appui de son voisin vénézuélien, masse ses troupes à la frontière. Plusieurs Etats latino-américains font part de leur réprobation. Pour se défendre, la Colombie brandit l'argument de sa lutte contre les FARC et le narcotrafic, et accuse ses voisins d'être des sanctuaires pour ces mouvements. Une équipe de France 24 s’est rendue à la frontière entre la Colombie et l'Equateur, dans la province de Sucumbíos, pour enquêter sur ces accusations.

 

L’impuissance de l’armée équatorienne

 

Quelques jours seulement après l’attaque du campement de Raul Reyes, l’armée équatorienne annonce la découverte d’un gros laboratoire de cocaïne. Une prise de guerre qui prête à une bonne opération de communication.

 

L’armée équatorienne accompagne l’équipe de FRANCE 24 dans ce laboratoire. Tout l’attirail nécessaire à la fabrication de la cocaïne se trouve encore dans ces installations camouflées. Dans leur fuite, les trafiquants ont même laissé derrière eux une partie de la production.

 

Impossible de connaître le nombre exact de laboratoires de cocaïne dans ce Far West amazonien. Traqués en Colombie, les trafiquants ont trouvé refuge chez leurs voisins.

 

Les militaires équatoriens se doutent que le laboratoire est directement géré par les FARC : "Les FARC dominent la frontière et savent quand ils peuvent la traverser. Ils se mettent en civil et nous, on ne peut pas savoir qui ils sont. Ce peut être des gens du coin, des narcotrafiquants, des guérilleros…n’importe qui", explique un militaire
 

La population prise entre deux feux

Côté équatorien de la frontière, dans le village de Puerto Nuevo, la population à majorité colombienne soutient la guérilla de gré ou de force. Beaucoup de paysans ont fui les violences de l’autre du côté Colombien. Ils ont tout perdu avec les fumigations des champs de coca. La Colombie a fait de l’éradication du narcotrafic une priorité.

  
Mais dans ce coin de forêt vierge, travailler la coca semble être une fatalité, voire une activité comme une autre.

 
La Colombie traque désormais la guérilla et le narcotrafic au-delà de ses frontières. Pourtant, des champs de coca colombiens se trouvent bien du côté colombien de la frontière, juste au bord du fleuve délimitant les deux pays, le San Miguel.

 

L’un de ces champs appartient à Henrique. Ce vieil homme est l’un de ces innombrables petits cultivateurs au long de la rivière. Avec ses neuf garçons, il cultive un hectare de coca qui lui rapporte chaque année près de 2 000 dollars. Les prix sont imposés par les acheteurs.

 
La coca lui rapporte à peine de quoi faire vivre sa nombreuse famille. Henrique ne comprend pas pourquoi le gouvernement veut éradiquer ses cultures : "La guérilla ne protège personne. La guérilla se bat contre le gouvernement, qui vient par ici et nous dit à nous les paysans : vous aussi vous êtes des guérilleros. Mais nous qui travaillons ici sur ces terres, d’où sommes-nous des guérilleros ?"

 

Comme Henrique, ils sont des milliers, à la frontière entre l’Equateur et la Colombie à vivre de la coca, au beau milieu des affrontements entre FARC et militaires. Entre deux feux, entre deux rives.

Commentaires (2)

Guillaume en Colombie

Tres Beau Reportage! Félicitation! car on ne se rend surement pas compte mais un reportage comme ca..c'est beaucoup de préparation sans parler du cote administratif.

un sujet bien vite traité !

Eh bien comme d'habitude, un sujet sur l'autre bout du monde bien mal et bien vite traité. Il ne faut pas passer beaucoup de temps en Colombie pour comprendre que le sujet est bien plus complexe que cela. Les medias francais offrent un bien triste spectacle d'uniformité et de non verite.

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