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Les pressions de l'extrême-droite ont réussi à empêcher la diffusion au Japon du film controversé d'un cinéaste chinois sur le sanctuaire Yasukuni de Tokyo, vénéré par les nationalistes, faisant peser une menace sur la liberté d'expression dans l'archipel.
Les cinémas de la capitale et un à Osaka (ouest) ont renoncé à diffuser le film "Yasukuni" du cinéaste Li Ying, qui a obtenu la semaine dernière le prix du meilleur documentaire au Festival international du film de Hong Kong.
"Maintenant que les cinémas de Tokyo ont refusé, nous devons revoir entièrement nos plans et repartir à zéro", a déclaré un responsables de la maison de production du cinéaste chinois.
Le sanctuaire Yasukuni, construit en 1869 et dédié à la mémoire de quelque 2,5 millions de soldats morts au combat, est vénéré par les milieux d'extrême-droite et par une partie de la droite conservatrice japonaise. Mais en Asie, en particulier en Chine, il est devenu le symbole du passé militariste japonais, car les noms de plusieurs criminels de guerre y sont également honorés.
La direction des cinémas Humax de Tokyo, qui a renoncé à projeter le documentaire à partir du 12 avril, a expliqué qu'elle craignait pour la sécurité de ses employées après que des nationalistes eurent manifesté le mois dernier devant l'une de ses salles dans le quartier de Ginza.
"Ils crient tellement fort que vous les entendez même pendant le film", a déclaré le directeur des cinémas Humax, Akio Nakamura.
"Nous avons beaucoup de femmes qui travaillent dans ce cinéma et elles ont peur" de ces manifestations, a-t-il dit, ajoutant que "c'est principalement pour cette raison que nous avons pris cette décision".
Les militants d'extrême-droite se déplacent dans des camionnettes bardées de slogans nationalistes et de drapeaux, et scandent des slogans pendant des heures relayés par de puissants haut-parleurs. Leur cible de prédilection est l'ambassade de Chine, le grand voisin qu'ils considèrent comme une menace pour le Japon.
Pour le groupe d'extrême-droite Toitsu Sensen Giyugun (Armée des volontaires du front uni), le fait qu'un Chinois comme Li Ying, même s'il est résident au Japon depuis de nombreuses années, ose aborder le sujet ultrasensible du sanctuaire Yasukuni est en soi inacceptable.
"Je pense que nous pouvons restreindre la liberté d'expression des étrangers quand ils se livrent sur notre territoire à des activités contre le Japon", a estimé Daisuke Hariya, chef du groupe.
"Ils (les Chinois) autorisent un enseignement ouvertement antijaponais. Pourquoi ne pouvons-nous pas faire la même chose", a-t-il demandé.
Plusieurs députés du Parti libéral-démocrate (PLD), droite conservatrice au pouvoir, ont critiqué le fait que l'Etat ait accordé une aide de 7,5 millions de yens (47.000 euros) à la réalisation d'un film que certains jugent "antijaponais".
Mais ils se défendent d'avoir cherché à empêcher sa diffusion.
La députée Tomomi Inada est la première à avoir soulevé la question de la subvention. "Nous avons jugé que cette subvention posait un problème, pas la diffusion du film", a-t-elle déclaré. "Peu importe le contexte d'un film, il ne devrait pas être possible pour des politiciens de réclamer son interdiction", a-t-elle ajouté.
Le ministre de la Culture, Kisaburo Tokai, a regretté que "des pressions et des harcèlements aient conduit à cette situation", tandis que le syndicat de la culture et de l'information a jugé "impardonnable" que des groupes d'extrême-droite puissent "pratiquement tuer un film".
Li Ying n'a pas réussi à être joint. Mais l'an dernier, lors de la projection de son documentaire en Corée du Sud, il avait expliqué qu'il avait fait ce film en espérant "avoir aidé les gens à réaliser que chaque histoire a plusieurs facettes".

























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