
EUROPE
L’Irlande va-t-elle dynamiter le Traité européen ?
Vendredi 04 avril 2008
La question se pose avec une acuité toute nouvelle depuis la démission du Premier ministre Bertie Ahern : A deux mois du référendum sur le Traité européen, un "non" de 4 millions d’électeurs replongerait l’Europe dans une crise.
L’Irlande va-t-elle dynamiter le Traité européen ?
Caroline de CamaretVendredi 04 avril 2008
A la surprise générale, le Premier ministre irlandais Bertie Ahern a tiré sa révérence sous la pression croissante d'allégations de corruption. Et après 11 ans de bons et loyaux services, qui ont boosté son pays, surnommé « Tigre celtique », et promu la paix du Vendredi Saint en 1998 en Irlande du Nord, dont M. Ahern était le co-parrain avec son homologue britannique Tony Blair. Appelé à comparaître depuis le mois de septembre comme témoin dans un procès sur les liens entre hommes politiques et promoteurs immobiliers dans les années 1990, il a reconnu avoir reçu plusieurs dizaines de milliers de livres de la part d'amis, d'hommes d'affaires et de parents, y compris une "donation politique pour usage personnel" alors qu'il était ministre des Finances en 1994. "Je sais au plus profond de moi que je n'ai rien fait de mal ni trompé personne", a-t-il dit, expliquant que cette décision "personnelle" visait surtout à éviter que ces allégations ne parasitent l'action du gouvernement. Mais cette décision va peser lourd sur l’avenir de l’Irlande et de l’Europe à quelques semaines d'un référendum crucial sur le traité de Lisbonne.
Bertie Ahern était homme à aller décrocher un « oui » à la force du poignet : l'Irlande avait provoqué une crise majeure en Europe en rejetant par référendum le traité de Nice en 2001. Mais il avait demandé à ses concitoyens de revoter le traité en 2002, lors d'un second référendum, après avoir obtenu des garanties que la neutralité de son pays serait respectée. Mission accomplie. L’un des doyens du conseil européen, il postulait même à la fonction suprême : président de l’Europe, un poste qui sera désigné par les 27 en 2009….
Désormais, adieu veaux, vaches, cochons, et « oui » ? La démission est prévue pour le 6 Mai, et le référendum dès le 12 Juin. Timing désastreux donc : certes, le dernier sondage, publié début mars, crédite le "oui" de 46% des intentions de vote, contre 23% pour le "non". Mais parmi le millier de sondés, 31% ne se prononcent pas encore. Le remplaçant d’Ahern, son fils préféré, le sérieux Ministre des Finances Brian Cowen, saura-t-il soulever en quelques semaines l’enthousiasme européen ders Irlandais ? Leur redire combien l’UE a contribué au “miracle économique irlandais” ? Un « non » dans un des 27 pays membre de l’UE serait fatal à un traité déjà renégocié dans la douleur. Le sort de 492,3 millions d'Européens est un peu entre les mains de 4 Millions d’électeurs irlandais. Une campagne à suivre de près, elle nous concerne !