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Les surendettés du microcrédit

Dernière modification : 16/04/2008

Au Bangladesh, nos correspondants ont pu constater que le microcrédit n'avait guère amélioré la situation des plus pauvres, désormais pris dans la spirale du surendettement. (Reportage : C. Henry, N. Haque, S. Daguerressar)

Le microcrédit a changé la vie de Shobi Rani. Cette bangladaise sillonne désormais les campagnes du nord pour vendre ses yaourts. Il y a trois mois, elle a emprunté 500 euros à la Grameen Bank de Mohammed Yunus, prix Nobel de la paix en 2006, et a monté sa petite entreprise de laitage. Son succès est éclatant et lui permet de gagner correctement sa vie tout en remboursant son crédit. Un conseiller de la Grameen Bank la conseille chaque semaine et n’hésite pas à mettre en avant sa réussite pour vanter les mérites de sa banque.
 

La Grameen Bank est aujourd’hui un empire présent dans plus d’une centaine de pays et attire les investisseurs du monde entier. Le "social business" a le vent en poupe, les plus grands groupes mondiaux s’y intéressent désormais. C’est d'ailleurs le groupe Danone qui fournit Shobi Rani, la vendeuse de yaourt.

 
Mais la situation est loin d’être aussi brillante à Kalihati, l’un des premiers villages à avoir bénéficié des emprunts de la Grameen Bank. Les habitants qui ont contracté un crédit ne peuvent pas rembourser ce qu’ils doivent et prétendent se faire harceler par les représentants de la banque de Mohammed Yunus. Des méthodes que confirme Korshed Alom, un ancien collecteur de dettes, qui a été mis en retraite anticipé, pour avoir remis en question les pratiques de la Grameen Bank : "La technique c’est de faire peur aux gens, de les insulter. On leur dit de vendre leurs habits, qu'ils n'ont pas le choix. Je ne suis pas fier de moi, mais plusieurs fois, j'ai été jusqu'à dire ''vendez vos enfants''."

 
Les représentants de la banque restent muets sur ces pratiques. Il est impossible d’avoir un entretien avec Mohammed Yunus et le siège social est interdit aux journalistes un peu trop curieux.

 
La Grameen Bank compte aujourd’hui plus de 100 millions de clients dans les pays les plus pauvres de la planète. Elle vise les 500 millions en 2020.

Première publication : 04/04/2008

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