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La finance islamique est en plein essor

Dernière modification : 08/04/2008

La finance islamique est évaluée entre 500 et 700 milliards de dollars. Ses activités bancaires, conformes à la loi coranique ou charia selon ses promoteurs, permettraient d'offrir un modèle d'économie à la fois "éthique" et rentable.

En forte croissance, le marché de la finance islamique suscite aujourd’hui un vif intérêt, notamment auprès des banques occidentales.

De quoi s’agit-il ?
 
La finance islamique regroupe des activités bancaires conformes à la loi coranique, la charia. Autrement dit, ses transactions financières respectent les règles économiques, sociales et politiques de l’islam. Rien à voir donc, avec la nébuleuse du financement des activités terroristes. Ici, il s’agit d’une discipline totalement transparente.


La principale spécificité de la finance islamique est l’interdiction de percevoir des intérêts ("riba", ndlr).

 
Elle prohibe également la spéculation. Une dernière restriction majeure est d’ordre sectoriel : sont interdits les placements dans certaines industries comme l’alcool, le jeu, le porc, les armes, la pornographie… Enfin, elle met en avant la notion de partage des risques et des profits entre les contractants.

Concrètement qui contrôle ces produits financiers ? Qui valide ces transactions ?
  
Des comités indépendants constitués de docteurs de la foi assurent la conformité des produits et des techniques aux principes islamiques. Dans le monde, ils ne sont qu’une vingtaine à faire ce métier. Nous nous sommes rendus à Dubaï où nous avons rencontrés l’un d’entre eux, le professeur Hussain Hassan. Pour lui, la formation d’experts en finance islamique n’est pas assez rapide et ne répond pas au développement fulgurant des banques et autres institutions financières islamiques.

En effet, la finance islamique connaît un véritable boum…
    
D’ailleurs, la dernière étude de Moody’s, une agence de notation et d’analyse financière, évalue ce marché entre 500 et 700 milliards de dollars. Certains produits affichent une croissance impressionnante, c’est le cas par exemple du marché des obligations islamiques, les sukuks.

"C’est un marché qui augmente de plus de 30 % par an", souligne notre invité, Anouar Hassoune, analyste crédit chez Moody’s. La finance islamique moderne existe depuis trente ans mais connaît un réel essor depuis quelques années seulement. Son développement est notamment considérable au Moyen-Orient et en Malaisie. La finance islamique s’exporte également, de plus en plus, dans des pays non musulmans mais accueillant une population musulmane très active… C’est le cas par exemple de certains pays africains et européens.

Notre équipe s’est d’ailleurs rendue à Londres, un des centres mondiaux de ce marché.
  
Pas question pour les Anglais de la City de laisser filer cette manne économique. Aujourd’hui à Londres, la finance islamique est devenue le nouveau créneau des banquiers. Qu'en est-il de la France ? Le marché est à prendre. Peu d’acteurs s’y intéressent. Mais les choses évoluent. La commission des finances du Sénat français a d’ailleurs publié fin 2007 un rapport sur ce sujet qui souligne les opportunités à saisir. Aujourd’hui, la place de Paris tente donc de séduire les acteurs de cette discipline.

À terme, la finance islamique va-t-elle remplacer la finance conventionnelle ?

  
Pour Anouar Hassoune, elle reste un complément pour la finance occidentale, et non pas un substitut. En pleine crise des subprimes, elle prétend proposer un nouveau modèle financier plus "éthique". Les enjeux que suscite la finance islamique incitent les grandes banques classiques (HSBC, BNP…) aux Etats-Unis et en Europe à offrir des services conformes à la charia. Reste à savoir si les grandes banques américaines et européennes arriveront à capter une part du gâteau de ce marché fort juteux….

Première publication : 05/04/2008

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