La justice argentine a condamné vendredi les "ravisseurs" de Maria Eugenia Barragan à des peines comprises entre sept et 10 ans de prison, à l'issue du premier procès d'un enfant de "disparu" contre ses "parents adoptifs".
Un tribunal de Buenos Aires a condamné pour "séquestration de mineur", Maria Cristina Gomez Pinto, 60 ans, et son ex-mari Osvaldo Rivas, 65 ans, respectivement à sept et huit ans de prison. Un ancien militaire, Jose Berthier a de son côté été condamné à 10 ans de prison après avoir été reconnu coupable d'avoir confié Maria Eugenia, alors nouveau-né, à ce couple aujourd'hui séparé.
La jeune femme, aujourd'hui agée de 30 ans, a esquissé un sourire à l'issue de ce procès, unique dans annales judiciaires argentines, avant de gagner la sortie sans faire de déclaration.
"C'est un jugement historique parce que les trois accusés ont été condamnés pour (...) tout ce qu'a souffert Maria Eugenia", a affirmé de son côté son avocat, Tomas Ojea Quintana. Pour elle, le "bilan est positif bien que nous croyons que la peine est insuffisante parce que ces crimes méritent des condamnations beaucoup plus sévères", a ajouté cet avocat, qui avait réclamé la peine maximum soit 25 ans de prison.
Les trois condamnés ont annoncé leur intention de faire appel, selon Me Quintana. Ils sont donc ressortis libres, à l'exception de Jose Berthier déjà incarcéré depuis cinq ans dans le cadre de cette affaire.
Maria Eugenia, aujourd'hui agée de 30 ans, attendait depuis sept ans que la justice de son pays condamne ceux qui lui ont volé sa vie pendant la dictature (1976-1983), en se faisant passer pour ses "parents adoptifs".
Parfois mal comprise pour avoir déposé plainte contre ceux qui l'ont élevée, Maria Eugenia a longuemement détaillé cette semaine devant la presse les raisons qui l'empêchent aujourd'hui de considérer Osvaldo Rivas et Maria Cristina Gomez Pinto comme ses parents adoptifs ou "de coeur", comme l'expression est parfois utilisée en Argentine.
"Il n'y a jamais eu de formalité d'adoption. J'ai été inscrite comme leur fille par ces gens, avec une date de naissance fausse, un lieu de naissance faux et à partir d'un certificat de naissance faux", avait-t-elle ainsi déclaré devant la presse.
"Quant au terme de +parents de coeur+, j'imagine qu'il fait référence à une certaine relation filiale née de l'affection. Mais on peut alors se demander si une personne qui a volé un bébé, (...) qui lui a constament menti sur ses origines, qui l'a quotidiennement maltraité, humilié, trompé, si une personne qui a fait tout cela peut connaître et ressentir de l'amour filial. Je réponds que non", a ajouté la jeune femme.
Maria Eugenia est née en 1978. Mais le jour de sa naissance reste un mystère pour cette jeune femme brune, passionnée de litterature.
Comme 500 autres "bébés volés" pendant la dictature, elle est née en prison. De sa mère, militante communiste, elle ne saura rien pendant 23 ans. Jusqu'à ce jour de 2001 où un test ADN lui rend sa véritable identité et fait de ses "parents adoptifs" des "ravisseurs", aujourd'hui condamnés devant les tribunaux par celle-la même qu'ils avaient cru pouvoir désigner comme leur fille.
Arrêtées enceintes pendant la dictature, de nombreuses jeunes femmes ont accouché en captivité avant de "disparaître". Les bébés étaient alors confiés à des familles proches des militaires au pouvoir.
Quelque 88 d'entre eux, dont Maria Eugenia, ont depuis retrouvé leur véritable identité grâce notamment au travail des grand-Mères de la place de Mai, qui s'efforcent de retrouver la trace et l'identité des quelque 500 "bébés volés" pendant la dictature.
Quelque 30.000 personnes ont "disparu" pendant ces années noires, selon le décompte des organisations de défense des droits de l'homme.















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