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"Vers un système bipartisan"

Dernière modification : 11/04/2008

Le PdL de centre-droit et le PD de centre-gauche présentent des programmes relativement proches dans cette campagne, note Marc Lazar, chercheur à Sciences-Po Paris, pour qui une réforme de la loi électorale est primordiale.

Les sondages donnent au moins cinq points d'avance à Silvio Berlusconi, du Peuple de la liberté (PdL, centre-droit). Aucun suspense ne semble alimenter ces élections, dont la campagne a été qualifiée par le quotidien italien La Stampa de "morne et ennuyeuse"...
  

Marc Lazar : Certes, les sondages donnent une certaine avance au centre-droit. Mais le nombre d'indécis reste élevé, de l'ordre de 30 %. Une surprise n'est donc pas à exclure : rappelons qu'en 2006, la courte victoire de Romano Prodi n'était pas prévue. Les électeurs se sont prononcés ou ont changé d'opinion quinze jours avant le scrutin.
 
Il est vrai que le ton de la campagne, très différent des précédentes, ne passionne pas les foules. On a l'habitude d'observer une certaine violence lors des affrontements verbaux entre les candidats, avec un Berlusconi qui diabolisait la gauche et inversement. C'est moins le cas cette fois-ci, même si le ton commence à monter ces derniers jours.
 
Enfin, il n'existe pas non plus de thème saillant qui mobilise les électeurs. Il faut dire que les programmes des deux principaux candidats sont relativement proches. Sauf depuis la semaine dernière : Veltroni s'est prononcé sur une augmentation des retraites, et Berlusconi s'est emparé de l'affaire Alitalia-Air France.

 
Justement, Silvio Berlusoni a politisé plusieurs affaires, comme celle d'Alitalia, mais aussi la crise des ordures à Naples. Est-ce une stratégie efficace ?
  

M. L. : Le sujet de la crise des ordures à Naples reste une affaire locale. Berlusconi rejette la responsabilité de la crise sur l'administration du centre-gauche, en charge du pays et de la Campanie. Mais l'impact se limitera à la région. Là, les électeurs seront sans doute sévères.
  
Concernant Alitalia, l'impact est aussi régional, mais concerne cette fois-ci le Nord de l'Italie. La prise de position de Berlusconi contre Air France a clairement un objectif politique en direction du Nord. Il donne des gages à un de ses alliés, la Ligue du Nord, qui veut éviter la mise en sommeil de l'aéroport de Milan-Malpensa. Il veut aussi jouer sur le sentiment national blessé des Italiens, attachés à leur "compagnie de drapeau".
   
Par contre, les Romains sont plutôt contents de la reprise d'Alitalia par Air France, car cela profiterait à l'aéroport de Rome-Fiumicino. Pour le parti de centre-gauche, le Parti démocrate (PD) s'opposant à Berlusconi, c'est une affaire compliquée car une partie des syndicats est hostile à Air France.


Pourquoi Walter Veltroni, du Parti démocrate, a-t-il décidé de se détacher des petits partis ?

M. L. : Cette volonté était sous-jacente depuis juillet dernier, car il a constaté que la coalition Prodi avait fonctionné lors des élections de 1996 et 2006, mais que ça ne fonctionnait pas au gouvernement [contribuant même en partie à provoquer la chute de Prodi moins de deux ans après sa victoire électorale].
  
Cet ancien communiste veut apparaître comme un homme nouveau en affirmant vouloir recentrer la gauche. Son objectif est donc de simplifier et de clarifier la vie politique. C'est un message fort qu'il adresse aux Italiens. C'est la grande nouveauté de ces élections : on se dirige vers un système bipartisan avec deux grands partis. Le combat va ausi être plus âpre pour les petits partis.


Quels sont les défis majeurs que le vainqueur de ces élections devra relever ?

M. L. : Le prochain président du Conseil va devoir s'atteler à la réforme de la loi électorale qui perturbe le jeu politique, et qui est mal comprise des citoyens italiens. [Cette loi complique l'obtention d'une majorité franche au Sénat. Elle oblige les coalitions à rallier des partis très divers, contribuant donc à bloquer la vie politique] Mais s'il n'y a pas la même majorité au Parlement et au Sénat, va-t-il obtenir le consensus ?
  
Les grands défis concernent aussi les questions économiques et sociales. La classe moyenne s'estime étranglée par les impôts. Quant aux problèmes de pouvoir d'achat et des salaires, ils sont à peu près similaires à ce qu'on observe en France. Mais la marge de manœuvre est étroite, il faut réduire la dette publique, très élevée.

 

Première publication : 09/04/2008

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