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Les glaciers des Alpes victimes du réchauffement

Dernière modification : 12/04/2008

Les stigmates du réchauffement climatique sont désormais perceptibles sur les glaciers des Alpes. Plus inquiétant encore, même les glaciers de haute altitude commencent à être atteints par le phénomène.

Les ultimes archives du climat européen, les glaciers des Alpes, s'amenuisent inéluctablement sous les coups du réchauffement climatique, qui atteint désormais le coeur des plus élevés d'entre eux.

Le petit train du Montenvers, qui transporte les touristes de la commune française de Chamonix jusqu'à 1913 m d'altitude, permet de découvrir l'ampleur du phénomène devant le glacier emblématique des Alpes françaises, la Mer de Glace.

"Depuis 1900, explique Delphine Six, physicienne au Laboratoire de Glaciologie et Géophysique de l'Environnement (LGGE), le glacier a perdu ici 110 m d'épaisseur, passant de 230 m à 120 m". Et depuis 20 ans, cette épaisseur diminue à un rythme de 3 à 4 m par an.

La moraine, au bout des glaciers alpins, forme une large plaie : le front de la Mer de Glace a reculé de 370 m entre 1993 et 2005 et les projections prévoient un recul de 600 à 900 m dans les 20 prochaines années. Son voisin, le glacier des Bossons, a perdu 650 m en 25 ans.

Les chercheurs du LGGE, dont le siège est à Grenoble (sud-est), traquent aux pôles ou dans les Alpes, les Andes ou l'Himalaya l'évolution de ces "indicateurs du climat" que sont les glaciers.

A l'observatoire Vallot, en contrebas du Mont Blanc, le chercheur Michel Legrand prélève ainsi des carottes de glace qui lui permettent de "reconstruire la composition chimique de l'atmosphère" dans le passé.

Seule la glace conserve à l'état pur les composés chimiques présents à l'état de trace dans l'atmosphère, explique-t-il. Et "ce qui est intéressant dans les Alpes, se réjouit-il, c'est que l'on observe les phénomènes à l'échelle européenne".

Dans ses échantillons, il identifie ainsi des particules venant principalement d'Italie, d'Espagne, d'Allemagne en été, de l'Europe de l'est et des Etats-Unis en hiver. Il a nettement "vu" la diminution des pollutions en soufre ces dernières années, et constaté que la combustion de biomasse (feux de cheminée...) était responsable, l'hiver en Europe, de 50 à 70% de la pollution en carbone.

Mais ces données risquent à terme de disparaître avec la réduction générale des glaciers alpins : selon le Programme des Nations Unies pour l'environnement (PNUE), ils ont déjà perdu près des deux tiers de leur volume initial.

En Autriche, ils ont reculé en moyenne de 22,2 mètres l'an dernier, affirme de son côté le Club alpin autrichien (OeAV).

Pour les spécialistes du LGGE, l'affaire est entendue : le réchauffement climatique est le responsable. "Les précipitations, à l'échelle d'une centaine d'années, ne diminuent pas", fait remarquer le scientifique Christian Vincent. Donc, si la fonte n'augmentait pas, les glaciers resteraient en bonne santé.

Et les chercheurs viennent de mettre le doigt sur un nouveau phénomène, plus inquiétant encore : les glaciers de haute altitude, dont le volume reste encore stable, commencent eux aussi à être atteints en leur sein même par le réchauffement.

Au Dôme du Goûter, dans le Massif du Mont Blanc, "la température est passée de -11 degrés Celsius en 1994 à 50 m de profondeur, à -9,5 degrés en 2005, soit une différence de 1,5 degré", note Christian Vincent. Ces glaciers pourraient donc tendre vers une température en profondeur de 0 degré à l'horizon 2100, ce qui les déstabiliserait.

"Les archives enfermées dans ces glaces vont donc se dégrader, et dans 20 ans elles ne seront plus utilisables", s'alarme le directeur adjoint du LGGE, Jérôme Chapellaz, en annonçant la perte d'un "patrimoine mondial".

Première publication : 11/04/2008

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