Il y a deux ans encore, Fernando Lugo était l’évêque de l’une des provinces les plus pauvres du pays. Il quitte l’Eglise et annonce son intention de diriger l’opposition en décembre 2006, encouragé par une pétition de 100 000 signatures lui demandant de s’engager en politique.
A deux semaines du scrutin présidentiel du 20 avril, il entame la dernière ligne droite de son marathon électoral. En tête des sondages, il est l’homme qui pourrait faire basculer le Paraguay à gauche.
Voilà 14 mois que Lugo sillonne le pays en multipliant les réunions pour écouter les doléances de la population. Sa popularité repose essentiellement sur le soutien des plus démunis. Sa méthode convainc : "Il n’est pas en train de multiplier les propositions pour ensuite nous mentir. Il écoute chaque Paraguayen, c’est pour ça que les gens s’identifient avec lui", s’enthousiasme une militante.
Une popularité qui dérange
Le cas Lugo a déplu au Vatican, qui l’a sanctionné. Mais ses détracteurs les plus virulents sont à chercher du côté de la droite, qui en a fait son épouvantail.
Le gouvernement auquel s’attaque l’ancien homme d’Eglise est une citadelle tenue par une seule formation politique, le parti Colorado, au pouvoir depuis 61 ans.
Ses opposants n’hésitent pas à diffuser des tracts qui représentent l’évêque en guérillero des FARC, la guérilla marxiste qui sévit en Colombie.
Ses premiers détracteurs sont les patrons du soja. Leur porte-parole, Claudia Ruser fait planer sur le pays la menace communiste : "Quand il arrivera au pouvoir, il fera ce qu’a fait Lénine."
La victoire de Lugo serait en effet une véritable révolution dans ce petit pays de six millions d’habitants rongé par la pauvreté et la corruption. La moitié des Paraguayens vit avec moins de deux dollars par jour.
Malgré son avance dans les sondages, la victoire de celui qu'on surnomme "l’évêque rouge" est loin d’être assurée car des fraudes massives sont attendues. Selon la politologue Milda Rivarola, c’est même la clé de l’élection : "Si nous étions dans un pays de droit, Lugo gagnerait, c’est certain !"
L'enjeu paraguayen
Hormis la Colombie, alliée des Etats-Unis, le Paraguay est le dernier pays d’Amérique du Sud à ne pas avoir succombé à la vague de gauche entamée avec l’élection d’Hugo Chavez au Venezuela, en 1998.
Peu influent, pauvre, le Paraguay n’en est pas moins un enjeu stratégique. Situé exactement au centre du continent, à proximité du Brésil, de l’Argentine et de la turbulente Bolivie, les Etats-Unis ont longtemps cherché à y installer une base militaire.
Le Paraguay abrite la nappe phréatique Guarani, l’une des plus importantes sources d’eau potable du monde, et contrôle en partie la plus grande usine hydroélectrique du monde, Itaipu. Considéré comme une terre sans loi, à l’état corrompu, le Paraguay abrite aussi les plus importantes mafias commerciales de la région.
La proximité de l’Amazonie, et de groupes armés comme la guérilla colombienne des FARC, font même craindre une transformation de la zone en nid à terroristes.













