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Veltroni, Obama à l'italienne

Dernière modification : 15/04/2008

Il soutient Barack Obama et la culture pop américaine. Walter Veltroni espère contrecarrer l’avance de Silvio Berlusconi. Va-t-il mener son Parti démocrate à la victoire ? "Oui, nous le pouvons", martèle son slogan de campagne.

Pour décrire son principal adversaire, Walter Veltroni, chef du Parti démocrate, Silvio Berlusconi utilise son quolibet préféré : "un communiste recyclé". Veltroni a effectivement été membre du Parti communiste italien. Mais il a ensuite joué un rôle important dans sa transformation en un parti social-démocrate durant les années 1990.
 
Aux yeux de beaucoup d’Italiens, l’ancien maire de Rome apparaît comme un professeur de philosophie plutôt qu’un homme politique. Il parle doucement et aime discuter de culture pop américaine, d’art et même d’amour dans ses discours. Parmi ses nombreuses publications figurent des livres sur Robert Kennedy, le football et la musique. Il a aussi rédigé la préface à l’édition italienne de l’ouvrage de Barack Obama, "L’audace d’espérer". Il a même emprunté au sénateur de l’Illinois son slogan "Oui, nous le pouvons". Son pari : donner tort à l’avance de Berlusconi aux élections.
   
Par certains aspects, l’ancien maire de Rome est le plus formidable adversaire que Berlusconi ait jamais affronté. Contrairement à Romano Prodi, Veltroni sait gérer les médias, et se présente avec éloquence, politesse et bienveillance. Cependant, certains analystes politiques lui reprochent de cacher derrière cette apparence blairiste, une incapacité à affronter efficacement les enjeux réels, tels que la criminalité et la dégradation de la ville de Rome.
   
Toutefois, "Veltroni apparaît aujourd’hui comme un maire très populaire, ayant modelé une image positive de la ville et de lui-même", explique Marco Pratellesi, journaliste au quotidien Il Corriere della Sera, dans une interview accordée à FRANCE 24. Avec vingt ans de moins que son concurrent âgé de 72 ans, le candidat de centre-gauche est aussi avantagé par sa jeunesse. "Cela le positionne à égalité avec les leaders européens, et le différencie de la gérontocratie italienne", souligne Pratellesi.
  
Longtemps surnommé "Monsieur Gentil", Veltroni a durci le ton durant la campagne. Dans un pays où les élections sont d’abord une question de personnalités, le candidat du Parti démocrate n’a évité aucune confrontation. Il a d’ailleurs raillé Berlusconi pour ses refus répétés de participer à des débats télévisés. Il a même mis au défi le "Cavaliere" de clamer son attachement à la République italienne et à la Constitution, et de rejeter publiquement le vote mafieux, faisant allusion aux alliés douteux de Berlusconi.
 
Une nouvelle ère politique ?

 

Walter Veltroni a été élu à la tête du nouveau Parti démocrate (PD) en octobre 2007, après avoir remporté les primaires du parti avec 75 % des votes. Parmi les priorités du PD figurent la lutte contre le chômage, la relance d’une économie stagnante, les réformes institutionnelles et l’environnement. Dans une campagne électorale où, comme le dit Pratellisi, “la forme est plus importante que le fond", le parti de Veltroni a créé la suprise en faisant campagne seul, sans l’habituel soutien des Verts, des communistes et des divers centristes.
 
Pris de court par les promesses du centre-gauche de rétablir une stabilité politique en Italie, Berlusconi a abandonné l’idée de créer une nouvelle "méga-coalition". Il a ainsi suivi l’initiative du camp Veltroni choisi en créant son propre parti ad hoc.

Veltroni a rencontré quelques difficultés pour se détacher du mauvais bilan du gouvernement Prodi. Il a présenté son changement de cap comme une réponse aux "décisions malheureuses à la chaîne" du gouvernement Prodi, qui bloquent l’essor du potentiel italien et ont mené à des crises telles que celle des ordures de Naples et d’Alitalia. Afin d’attirer les électeurs déçus par le système politique actuel, la campagne était entièrement axée sur le "changement". Cependant, ses adversaires rappellent que Veltroni navigue en politique depuis plus longtemps que Berlusconi. Et qu’il fut député sous le premier gouvernement Prodi en 1996.
  
Pour autant, Veltroni semble en mesure de mobiliser un électorat déçu. Au fur et à mesure des sondages, l’avance de Berlusconi a diminué. "En prenant cette décision courageuse de simplifier le système politique, il a envoyé un message fort aux électeurs", explique Marco Pratellesi. Sera-ce suffisant pour combler le déficit de huit points de sondage dont il a souffert en début de campagne ? "Même s’il apparaît à présent comme un candidat crédible, à la fois calme et passionné, et avançant de bonnes idées", analyse Natalia Aspesi, journaliste au quotidien de gauche La Repubblica, interrogée par FRANCE 24, "le temps nous a manqué pour le jauger réellement."

Première publication : 11/04/2008

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