16 avril 2008 - 17H03

Les sites Internet vantant l'anorexie bientôt punis
Un projet de loi présenté en France criminalise l’incitation à la maigreur maladive et relance au passage la polémique sur la perception de l'anorexie dans les médias. Les sites "pro-ana" sont particulièrement ciblés. (Récit : J. Andre)

Le gouvernement part en guerre contre l’incitation à l’anorexie, très présente dans les médias. L’Assemblée nationale a adopté mardi une proposition de loi, qui doit encore être soumise à l'examen du Sénat. Elle vise à condamner toute provocation "encourageant des restrictions alimentaires"  pouvant exposer "à un danger de mort ou compromettre directement [la] santé".

Dans la ligne de mire du gouvernement : les sites dits "pro-ana" ["ana" pour anorexie, ndlr], coupables selon lui d’inciter les adolescentes à adopter des comportements malsains. "Je m'appelle, ou le nom que les médecins me donnent, est Anorexie. Anorexie Mentale est mon nom complet, mais tu peux m'appeler Ana. Nous allons devenir de véritables amies […] Bienvenue dans ce jeu dangereux”, peut-on lire sur la lettre d'Ana, un des blogs pro-ana les plus consultés.

Les sites pro-ana en prolifération
  
Pour ce mouvement qui a démarré en 2001 aux Etats-Unis, l'anorexie n'est pas une maladie, mais un mode de vie. Ces blogs, assimilables à des communautés secrètes pour jeunes adolescentes mal dans leur peau, font l’apologie de la beauté de la maigreur en s’appuyant notamment sur des photos de mode retouchées. Ils se font également "manuels d’instruction" en distillant des recettes de "laxatifs naturels" ou de régimes "zéro calorie".
  
"Ces sites sont condamnables au même titre que les sites aux propos racistes, insultants ou qui incitent au suicide. Parce qu’ils représentent un danger pour les personnes", précise Valérie Boyer, la députée auteure du texte.
  
L’anorexie touche en France entre 30.000 et 40.000 personnes, dont 90 % sont des femmes, particulièrement touchées au début et à la fin de l'adolescence. Après 10 ans d’anorexie, on recense 5 % de décès. La peine prévue par le projet de loi peut aller jusqu'à deux ans de prison et 30.000 euros d'amende, et est portée à trois ans et 45.000 euros d'amende en cas de décès.
  
"Il sera enfin possible de fermer ces sites en pleine prolifération qui diffusent des messages morbides. Je me suis basée sur le délit de “provocation au suicide” pour modifier le code pénal", se félicite la députée.
   
Mais l’existence d’un lien entre les sites faisant l’apologie de la maigreur et l’anorexie n’est pas démontrée, assure le pédopsychiatre Stéphane Clerget, qui a notamment soigné des mannequins. "Les sites pro-ana n’ont aucune influence sur les anorexiques", commente-t-il. "Ce projet de loi est surtout utile au titre de la prévention de l’enfance" car, ajoute-t-il, des mineurs naviguant sur Internet pourraient y trouver photos choquantes de mannequins décharnées.

"Le mannequinat n’est en rien lié à l’anorexie"
 
Ce projet de loi vise aussi les médias relayant des photos de mannequins, souvent taxées d’anorexiques. "Des poursuites pourront être engagées contre une personne qui fait défiler un mannequin malade", précise Valérie Boyer.
   
Justine Dincher, ancienne anorexique auteur du livre "Ce matin j’ai décidé d’arrêter de manger", assure que les images de mode ont joué un rôle dans sa maladie. "J’ai en partie été influencée par ces phénomènes de mode. J’étais brillante à l’école, il ne me manquait qu’une seule chose pour être parfaite : la beauté qu’on peut voir dans les magazines ", se souvient-elle.
  
Le monde de la mode refuse cependant toute assimilation entre le mannequinat et l’anorexie. "C’est un faux procès, déclare le président d’Elite groupe, Bernard Hennet. On compte beaucoup moins d’anorexiques dans le mannequinat que dans le pays". Un avis partagé par le pédopsychiatre : "L’anorexie est un terme médical apparu au XVIIe siècle, à une époque où les femmes étaient rondes. Le mannequinat n’est en rien lié à l’anorexie ", poursuit Stéphane Clerget.

Valérie Boyer précise que "l’industrie de la mode n’est pas spécialement touchée par cette loi", mais rappelle que le vote de ce projet de loi est intervenu une semaine après la signature, par les professionnels de la mode, de la publicité et des médias, d'une "charte" de bonne conduite sur l'image du corps et contre l'anorexie. Ils s'engagent notamment à "refléter la diversité des morphologies". Valérie Boyer s’en félicite : "Le débat est lancé pour mettre toutes les acteurs impliqués autour d’une table et avancer".

Commentaires

enfin une loi !

maman d'une fille atteinte par ce terrible fleau, je suis la premiere à applaudir des deux mains cette loi car il faut proteger nos enfants de cette dictature des magasines et de l'image que l'on propose ou plutot que l'on impose aux jeunes ! car oui on a le droit de vivre et d'exister meme sans faire du 34 ou du 32, cette dictature de la minceur à tous prix finit par detruire des etres et parfois elle parvient meme à les tuer ! alors stop à cette stupidite dangereuse.

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