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Polémique sur des photos de Paris sous l'Occupation

Dernière modification : 24/04/2008

L'exposition "Les Parisiens sous l’Occupation" montre des scènes de vie en décalage complet avec ce qu'était la réalité de 1940 à 1945. Organisée dans la capitale, cette manifestation choque et crée la polémique. (Reportage : J. André)

L’exposition "Les Parisiens sous l’Occupation", proposée par la Bibliothèque historique de la ville de Paris, met en scène 250 photographies couleurs signées André Zucca, photographe du journal de propagande nazi "Signal". Ouverte depuis le 20 mars, et jusqu'au 1er juillet, cette exposition suscite à la fois malaise et polémique.

1942, sous un ciel bleu, des femmes en lunettes de soleil, tout sourire, bouquinent au Jardin du Luxembourg. Des scènes de joie autour de terrasses de café ou de vitrines bien garnies. Ces images inédites, prises par un 24/36 Leica, montrent des scènes de vie idylliques de la vie parisienne entre 1941 et 1945, en plein pendant la Seconde guerre mondiale. Le manque de commentaires pour expliquer leur connotation propagandiste est criant.

La plupart des photos contrastent avec les livres d’Histoire qui rappellent la rafle du Vel d’Hiv de juillet 1942. Où sont les files d’attente devant les magasins d’alimentation ? Où sont les témoins de l’Occupation ? De rares clichés dévoilent des étoiles jaunes cousues sur les vestes des passants. Ce regard inattendu de la "France allemande" ne laisse pas indifférent.

"Qu'on arrête cette exposition !"

Sans remettre en cause leur beauté, ces clichés dérangent. Pire, le titre de l’exposition choque. A l’image de Christophe Girard, adjoint au maire de Paris chargé des affaires culturelles, et élu du 4ème arrondissement (lieu de l’exposition) qui crie son indignation. "Je suis pour qu'on arrête cette exposition !", lançait-il, la semaine dernière dans les colonnes de l’hebdomadaire, le Journal du Dimanche. "Franchement, c'est insupportable. Tout cela me dégoûte".

Christophe Girard dit avoir découvert cette exposition le jour de son inauguration, en mars. "Elle m'a mis tellement mal à l'aise que j'ai quitté le vernissage", raconte-t-il. "Pourtant, si on avait clairement expliqué au public qu'il s'agissait de photos de propagande, l'exposition aurait pu être très intéressante."

La polémique est lancée. L’exposition doit-elle continuer ? Y a-t-il eu un couac à la mairie de Paris ? Christophe Girard, qui n’a pas souhaité répondre aux questions de FRANCE 24, se serait excusé pour ses propos vifs.

Le bureau du patrimoine de la Mairie de Paris, qui dépend du service culturel, se défend : "L’exposition a été validée par des commissaires indépendants [dont Jean Baronnet] et l’historien Jean-Pierre Azéma est associé à l’exposition".

La Mairie de Paris reconnaît "un manque"

La Mairie de Paris tient également à préciser : "De toutes les photographies présentées dans l’exposition, pas une seule ne fut publiée dans ce magazine nazi".

Le photographe Zucca (1897-1973), correspondant de guerre pour France Soir et pour Paris Match en 1939, est appelé par l’occupant en 1941 pour travailler au magazine de propagande Signal. Ce bimensuel, diffusé dans les pays occupés, réservait la couleur seulement aux photos de guerre.
A la Libération, André Zucca perd sa carte de presse et se voit écarté de la profession de journaliste.

La Mairie de Paris reconnaît désormais "un manque de matériel pédagogique" et s’attache désormais à faire oublier ces erreurs d’organisation. "Des précisions historiques, jusqu'alors cruellement manquantes, ont été ajoutées", précise-t-on.

De son côté, Bertrand Delanoë, le maire de Paris, qui parle "d’une affaire mal engagée", tient à rectifier le tir. Il a préféré ne pas interdire l’exposition pour éviter toute accusation de censure. Il décide tout de même de faire cesser la campagne d’affichage.

Un débat serait également prévu pour rattraper cette maladresse. Le thème serait : "Le photographie peut-elle être un témoin objectif ?".

Les Parisiens sous l'Occupation : André Zucca. Bibliothèque historique de la Ville de Paris, 22, rue Malher, 4ème. Tél.: 01 44 59 29 60. Ouvert tous les jours sauf le lundi de 11h à 19h. Jusqu'au 1er juillet.

Première publication : 21/04/2008

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