Dernière modification : 25/04/2008 

- Alitalia - Italie - Union européenne


Bruxelles "doute" de l'aide italienne pour Alitalia
Bruxelles "doute" de l'aide italienne pour Alitalia
La Commission européenne émet des réserves quant à la proposition du gouvernement italien d'octroyer un crédit-relais de 300 millions d'euros pour renflouer la compagnie aérienne Alitalia. Elle y voit une aide publique déguisée.

 La Commission européenne a émis jeudi des "doutes" sur l'octroi à Alitalia d'un crédit-relais de 300 millions d'euros par le gouvernement italien, auquel s'opposent des compagnies aériennes concurrentes, dénonçant une aide publique déguisée.
 

L'Italie a annoncé qu'elle n'avait pas l'intention de notifier cette mesure à l'exécutif européen dans la mesure où il ne s'agit pas selon elle d'une aide d'Etat mais d'une simple opération commerciale, le prêt devant être remboursé en décembre 2008 au plus tard avec intérêts.
 

Le gouvernement italien sortant a ensuite précisé qu'il allait fournir d'ici dix jours des informations à la Commission de Bruxelles sur cette mesure.
 

Mais ce crédit-relais, qui doit permettre à la compagnie italienne de continuer à voler dans l'attente d'un repreneur après qu'Air France-KLM se soit désisté, suscite des interrogations à Bruxelles et parmi les concurrents d'Alitalia.
 

"Nous avons des doutes sur la nature de la mesure", a déclaré Michele Cercone, porte-parole du commissaire européen aux Transports, Jacques Barrot. "Nous voulons savoir si c'est une opération commerciale, comme les Italiens le disent, ou s'il y a des élements d'aide d'Etat qui sont impliquées."
 

Il a annoncé que la Commission européenne avait envoyé aux autorités italiennes une lettre leur demandant des clarifications sur l'opération et a promis une analyse rapide.
 

Si les services de Jacques Barrot concluent qu'il ne s'agit pas d'une aide d'Etat, il n'y a pas obligation de notifier et le crédit-relais pourra être versé à Alitalia.
 

S'ils estiment qu'il s'agit d'une aide publique, l'argent ne pourra pas être versé et, s'il l'a été, devra être remboursé.
 

Un dossier politiquement lourd
 

L'exécutif européen analysera l'opération en examinant si un investisseur privé se comporterait de la même façon que l'Etat italien, pour lequel la réponse est affirmative, puisqu'il y aura remboursement de toute la somme augmentée d'intérêts.
 

Mais Michele Cercone a ajouté que, même dans ces conditions, il pourrait s'agir d'une aide d'Etat puisqu'une banque privée pourrait estimer que le risque est trop important.
 

Alitalia, qui perd plus de trois millions d'euros par jour, est en effet en état de faillite virtuelle et, selon les règles européennes concernant les aides d'Etat, les fonds qu'elle a reçus en 2001 constituaient la dernière injection autorisée.
 

Le dossier pèse très lourd politiquement.
 

Le futur président du Conseil italien, Silvio Berlusconi, qui a remporté une brillante victoire électorale au début du mois, s'est fait fort de sauver Alitalia en annonçant une piste italienne. Si la Commission juge l'aide illégale, ses avions resteront
au sol et des milliers d'emplois seront perdus.
 

Mais l'exécutif européen ne peut rester les bras croisés, sous peine d'être attaqué en justice par les concurrents d'Alitalia. La compagnie aérienne irlandaise à bas coût Ryanair a d'ailleurs fait savoir jeudi qu'elle pensait porter plainte officiellement contre le projet de Rome.
 

"Ce dernier plan de sauvetage tourne en ridicule les règles en matière d'aides publiques de l'Union européenne", a jugé Jim Callaghan, responsable juridique de Ryanair. "Soutenir une compagnie aérienne nationale inefficace, qui aurait fait
faillite depuis longtemps, est tout simplement illégal".
 

British Airways <BAY.L> a déclaré "examiner avec attention" si Rome respectait les règles, alors qu'un porte-parole de SAS a dit étudier une procédure auprès de la Commission pour qu'elle examine le dossier.
 

Mais, de l'avis d'analystes, des procédures de la Commission ou de de compagnies aériennes pourraient ne pas dissuader Rome d'aider Alitalia.
 

"Ils sont prêts à accepter le risque de procédures légales, vu la gravité de la situation", estime Nick van den Brul, chez Exane BNP Paribas. "Ce serait un cauchemar politique si Alitalia était placée sous administration judiciaire".
 

Le président d'Alitalia, Aristide Police, a par ailleurs déclaré dans une rencontre avec les syndicats de la compagnie, qu'un nouveau directeur général du groupe allait été bientôt nommé, après des consultations avec le prochain ministre italien
de l'économie, selon le syndicat SDL.
 

Alitalia devait réunir son conseil d'administration jeudi soir.

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