29 avril 2008 - 07H18

L'ONU pointe du doigt les biocarburants dans la crise alimentaire
Le rapporteur de l'ONU pour le droit à l'alimentation, Jean Ziegler, déclare à Berne : "Les agrocarburants, maintenant, avec leurs méthodes de production, sont un crime contre une grande partie de l'humanité." (Récit : P. Robert)

Le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon et les dirigeants des 27 agences et organisations des Nations unies se sont réunis lundi à Berne pour élaborer leur plan de bataille face à la crise provoquée par la flambée des prix des produits alimentaires.
  
"C'est un moment exaltant pour les Nations unies, mais aussi un moment où nous sommes mis au défi de faire de notre mieux pour répondre aux attentes que le monde place en nous", a déclaré M. Ban avant la réunion qui s'est tenue à huis clos.
  
L'ONU et ses agences doivent faire face à l'urgence pour venir en aide aux populations affamées, tout en explorant des solutions à plus long terme. Pour cela, il faudra arbitrer entre les tenants du protectionnisme et ceux de l'ouverture des marchés, ou encore entre les partisans des biocarburants et leurs contempteurs.
  
Après une matinée de réunion au siège de l'Union postale universelle (UPU), les dirigeants de l'ONU devaient poursuivre leurs entretiens dans un huis clos strict dans un hôtel du centre de la capitale helvétique.
  
Les premiers résultats de cette réunion seront dévoilés mardi matin lors d'une conférence de presse du secrétaire général de l'ONU à 9H00 locales (7H00 GMT).
  
Le patron de l'ONU aura à ses côtés la directrice exécutive du Programme alimentaire mondial (PAM) Josette Sheeran, le président de la Banque mondiale Robert Zoellick, le directeur de l'Organisation pour l'agriculture et l'alimentation (FAO) Jacques Diouf et le président du Fonds international pour le développement de l'agriculture (Fida) Lennart Bäge.
  
Le rapporteur de l'ONU pour le droit à l'alimentation Jean Ziegler a qualifié lundi à Genève la réunion de "jour essentiel pour les gens qui ont faim dans le monde".
  
M. Ziegler, dont le mandat de rapporteur prend fin mercredi, a renouvelé lors d'une conférence de presse ses appels à un "moratoire total" sur les biocarburants, l'une des causes, selon lui, de la flambée des prix agricoles.
  
Il a également condamné les efforts de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) pour conclure le cycle de négociations de Doha. "La ligne de (Pascal) Lamy (le directeur général de l'OMC) est totalement contraire aux intérêts des peuples martyrs de la faim", a vitupéré M. Ziegler.
  
Pour l'OMC, au contraire, "les subventions agricoles des pays riches ont détruit l'agriculture des pays pauvres et un système plus ouvert subira moins de distorsions".
  
M. Ziegler a aussi dénoncé la spéculation, à l'origine selon lui de 30% de la hausse des produits alimentaires et vilipendé "la politique aberrante du FMI". Se félicitant du "revirement" du patron du FMI Dominique Strauss-Kahn, il a appelé les gouvernements à le soutenir pour "donner la priorité absolue aux cultures de subsistance".
  
Interrogé sur les mesures protectionnistes prises par de nombreux pays en développement, notamment sur le riz, M. Ziegler a reconnu que cette attitude alimente la spéculation. Visiblement embarrassé, il a indiqué "comprendre l'attitude de ces pays qui pensent d'abord à assurer leur propre approvisionnement".
  
L'organisation humanitaire britannique Oxfam a demandé lundi à l'ONU, au delà de la réponse d'urgence, de s'attaquer aux problèmes structurels grâce à des règles commerciales plus équitables et des investissements dans le secteur agricole des pays en développement.
  
L'ONG, qui demande aussi l'arrêt de la production de bio-carburants, a dénoncé "des décennies de subventions des pays riches (qui) ont accru la dépendance des pays pauvres et leur vulnérabilité".
  
"Les restrictions aux exportations ne sont peut-être pas la réponse idéale, mais sans une politique de soutien coordonnée, elles sont parmi les seules options des pays pauvres", a plaidé la directrice ajointe d'Oxfam Céline Charveriat.

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