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Kaboul peine à éradiquer la production de pavot

©

Dernière modification : 01/05/2008

En chassant les Taliban du pouvoir, les alliés ne s’attendaient pas à faire face à une telle explosion de la production d’opium. Les politiques d’éradication de cette culture tardent connaître le succès. (Reportage : C. Billet, T. Luddin)

Le pavot d’opium et sa production

Principalement exploité pour la production d’héroïne, les fermiers afghans cultivent le pavot d’opium. Les revenus de cet "or vert", estimés à 4 milliards de dollars, représentent près de 50 % du PIB national.

L’Afghanistan est devenu le premier producteur mondial en 2002. En 2007, 8 000 tonnes d'opium ont franchi les frontières du pays. Un record absolu. L’Afghanistan est à l’origine de plus de 90 % de la production mondiale.

Le dernier rapport en date du programme des Nations unies contre la drogue et le crime (ONUDC) estime qu’une décrue n’est pas à attendre pour 2008.

L’héroïne afghane, issue du raffinage du lait de pavot, et dont la production augmente aussi, transite par l’Iran, le Pakistan ou encore la Tadjikistan. Le trafic est plus que lucratif : le kilo vaut 3 000 euros en Afghanistan, contre 20 000 côté pakistanais.

Selon l’OTAN, L'Afghanistan était à l’origine en 2006 de 87 % de la production et de 63 % de la culture de l'opium dans le monde.

Les limites des politiques

 
Plutôt que l’éradication pure et simple des cultures, Kaboul, appuyée par la communauté internationale, a choisi d’inciter les producteurs à renoncer à l’opium en échange de compensations.
 

Dans la province de Nagahar, à l’Est du pays, près de la frontière pakistanaise, le gouverneur adjoint de la province explique comment les autorités mettent en œuvre cette politique :

"Nous avons convaincu les chefs de tribus, les chefs de communautés, les chefs religieux, et les parlementaires. Ils nous ont donné leur promesse qu’ils ne cultiveraient pas le pavot. Et nous leur avons dit que nous leur donnerions à la place des projets de reconstruction. Nous leur construirons des routes, des ponts, des infrastructures et nous les aiderons parce qu’ils ont promis darrêter de cultiver le pavot et quils nous ont fait confiance."

Le gouvernement sert d’intermédiaire avec les organisations d’aide dans cet échange de bons procédés. Les fermiers qui ont arrêté de cultiver le pavot ont reçu du matériel, des plants, des graines.

Mais la reconversion des fermiers est loin d’être évidente. La pilule a du mal à passer pour Nasurullah, chef du village de Khanan : "Si je récolte 1 kilo de pavot, c’est plus rentable qu’une tonne de blé. Tous nos revenus sont dans cette fleur !"

Conséquence, les propriétaires terriens n’ont plus les moyens d’embaucher des travailleurs à la journée. Le taux de chômage augmente. Les plus pauvres sont les premières victimes de l’éradication du pavot.

L’économie locale reposait entièrement sur la production de pavot. La fleur servait même de monnaie d’échange. Aujourd’hui, dans la province, le système entier s’effondre. Tout le monde est touché.

Les chefs tribaux, sur lesquels les structures politiques afghanes reposent, ne cachent pas leur mécontentement quant aux contreparties du gouvernement.

"Nous avons promis au gouvernement d’appliquer les lois et de ne pas cultiver de pavot. Mais nous demandons aussi qu’il nous donne des projets alternatifs et nous attendons toujours. Le gouvernement est soutenu par notre tribu. Et sans les tribus, il n’y aurait pas de gouvernement !", prévient Ghulam Hussain Yousufzai, chef de tribu de Gulai Jabaghai. Le message est clair : la patience des chefs locaux a ses limites.

Première publication : 01/05/2008

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