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La "mauvaise nuit" de Gordon Brown et du Labour

©

Dernière modification : 02/05/2008

"Une mauvaise nuit pour le Labour", a reconnu le Premier ministre Gordon Brown, évoquant la défaite annoncée aux élections locales. "Nous allons analyser ce qui s'est passé et aller de l'avant", a-t-il dit. (Récit AFP)

La déroute historique du Labour de Gordon Brown aux élections locales de jeudi constitue un indéniable revers personnel pour le Premier ministre britannique, qui n'a pas su enrayer une impopularité croissante dix mois seulement après son arrivée à Downing Street.
   
"Un bain de sang pour Brown", titrait vendredi l'Evening Standard.
   
"Une mauvaise nuit pour le Labour", a concédé M. Brown, dans un doux euphémisme face à cette défaite sans précédent depuis une quarantaine d'années. "Nous allons en tirer les leçons, nous allons analyser ce qui s'est passé et aller de l'avant", a-t-il dit.
   
Mais aller de l'avant risque d'être un peu plus compliqué pour un Premier ministre dont la cote de popularité, comme l'autorité politique, n'a cessé de reculer ces derniers mois, notamment sous les coups de boutoir de son jeune adversaire conservateur David Cameron, 41 ans.
   
"C'est une catastrophe totale pour M. Brown, il sait que son leadership va être au coeur des débats", relève Andrew Pierce, rédacteur-en-chef adjoint au Daily Telegraph.
   
"C'est très clairement un revers pour M. Brown et le Labour", analyse pour l'AFP le Pr George Jones, de la London School of Economics (LSE).
   
"Il va devoir présenter de nouveaux visages" dans son gouvernement, estime cet expert. "Il y aura peut-être un remaniement ministériel, mais le problème fondamental, c'est M. Brown lui-même", dit-il.
   
L'ancien ministre des Finances s'était taillé une enviable réputation de compétence économique pendant les 10 ans qu'il a passés au gouvernement de Tony Blair, de 1997 à 2007.
   
Mais après une brève lune de miel avec les Britanniques lors de son accession au pouvoir, en juin dernier, M. Brown a accumulé une incroyable série de déboires ou de maladresses politiques: quasi-faillite de la banque Northern Rock, valse-hésitation sur la convocation d'élections générales finalement abandonnées, pertes de données confidentielles de millions de Britanniques... Et plus récemment une mesure fiscale contestée qui a déchiré son propre parti, quelques jours avant les élections.
   
La crise financière mondiale et ses conséquences en Grande-Bretagne, notamment sur le marché immobilier, ont achevé d'entamer sa réputation d'habile gestionnaire, doublée d'un piètre talent d'orateur.
   
Résultat: 46% des Britanniques jugent M. Brown compétent, contre 58% pour M. Cameron, selon un sondage publié jeudi. Il y a encore un an, les chiffres étaient inversés.
   
Pire: en cas de législatives, les Conservateurs l'emporteraient haut la main, avec une majorité aux Communes largement supérieure à 100 sièges selon certaines projections.
   
Plusieurs analystes agitent déjà le spectre d'une fin de carrière à la John Major, l'ancien Premier ministre conservateur balayé par le raz-de-marée du New Labour de Blair en 1997, deux ans après un fiasco aux élections locales.
   
"Les résultats de jeudi ne signifient pas forcément que les couteaux sont tirés pour Gordon Brown, mais s'il ne montre pas qu'il a un objectif, qu'il est un gagnant, ce bruissement qu'on entend en arrière-plan pourrait bien devenir le bruit des lames qu'aiguisent ses députés inquiets", prédit un analyste de la BBC.
   
Gordon Brown, 57 ans, qui a succédé à Tony Blair sans passer l'épreuve des urnes, peut rester à son poste jusqu'à la fin de l'actuelle législature, en mai 2010. D'ici là, les Tories devront consolider leur popularité retrouvée.
   
"Ces résultats ne sont pas qu'un vote contre Gordon Brown et son gouvernement", relève le politologue John Curtice sur la BBC. "Je pense qu'il s'agit d'un vote de confiance pour les conservateurs".

Première publication : 02/05/2008

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