03 mai 2008 - 08H14

La fin du dollar ?
Avec un euro au plus haut, des déficits budgétaires américains record, une conjoncture économique en berne, la chute du billet vert pourrait entraîner un basculement historique. (Reportage : P. Alexandre, S. Lebelzic, C. Giraud)

Mars 2008, l’euro vient de franchir la barre de 1,55 dollar… Encore un nouveau record ! Depuis l’abandon de sa convertibilité en or en 1971, le dollar a perdu plus d’un tiers de sa valeur vis-à-vis de l’ensemble des autres monnaies. La chute du billet vert ne date donc pas d’hier. Mais aujourd’hui, la crise semble plus structurelle que conjoncturelle.
 
Comment expliquer cette dégringolade ? D’abord, par une croissance américaine plutôt faiblarde !  De nombreux économistes parlent d’ailleurs du "retour de la stagflation" (croissance morose et inflation menaçante). Deuxièmement, par la crise des subprimes qui sévit depuis juillet 2007. Et enfin, par un déficit public colossal : près de 500 milliards de dollars prévus pour 2008.

Pourtant, le dollar occupe toujours une place privilégiée sur les marchés internationaux ! Monnaie de référence, les prix des matières premières et en particulier le pétrole sont déterminés en dollar ! Plus de 60 % des réserves des banques centrales sont en dollars, contre 27 % en euros et moins de 5 % en yen…. Bref le dollar, indétrônable ? Pas si sûr !

La chute du billet vers sur le marché des changes affaiblit la valeur des réserves constituées par les pays exportateurs comme ceux d’Asie et du Moyen-Orient. Combien de temps encore accepteront-ils de voir la valeur de leurs réserves diminuer à cause de la faiblesse du dollar ?

Les investisseurs étrangers vont-ils dire adieu au dollar et fêter l’euro ? Non, pas vraiment. Les économistes n’envisagent pas un basculement radical du dollar vers l’euro comme monnaie de référence. Il est en effet très difficile de passer d’une monnaie de référence à une autre, car la puissance économique et financière dépend du poids économique mais également politique dans les relations internationales… Or, l’Europe ne dispose pas d’un gouvernement européen stable et parfaitement cohérent.

Néanmoins, il semble indéniable qu’un rôle plus important sera accordé aux autres devises comme l’euro ou le yuan chinois. Se dirige-t-on vers une planète financière multipolaire ? C’est en tous les cas, la thèse développée par Michel Aglietta, professeur d’économie à l’université de Paris X Nanterre et invité sur notre plateau.
 
Il a d’ailleurs publié deux ouvrages : La chine vers la super puissance, et Le désordre dans le capitalisme mondial  développent cette thèse. Pour lui, trois pôles monétaires partageraient la planète : le dollar pour l’Amérique, l’euro pour l’Europe et le yuan pour l’Asie. C’est aussi l’avis de Huang Weiping, professeur d’économie à l’université de Renmin de Pékin que nous avons interviewé.
 
"Actuellement, il n’y a aucune possibilité pour que la monnaie chinoise, le yuan, devienne la plus importante monnaie du monde mais d’ici quelques années, peut-être un quart de siècle, le yuan sera devenu effectivement l’une des grandes monnaies internationales."

Est-ce la fin de la suprématie du dollar ? La planète monétaire multipolaire est-elle donc née ? En tous cas une chose est sûre : aujourd’hui, la valeur du billet vert tient davantage à la puissance politique américaine qu’à son économie. Mais pour combien de temps encore ?

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