Dernière modification : 07/05/2008 

- Birmanie - Cyclone - Référendum


Plus de 22 000 morts et 41 000 disparus en Birmanie
Les autorités birmanes ont revu le bilan du passage du cyclone Nargis à la hausse mardi, annonçant 22 000 morts et 41 000 disparus. Les moines bouddhistes ont commencé à aider les sinistrés. (Récit : J. Walsh)

Retrouvez la revue de presse internationale de FRANCE 24 du mardi 7 mai

 

 

Le cyclone Nargis, qui a frappé le sud de la Birmanie vendredi et samedi, a fait plus de 22 000 morts et 41 000 disparus, selon le dernier bilan officiel diffusé mardi, par les médias gouvernementaux du pays. Des représentants des Nations unies ont également évoqué des centaines de milliers de sans-abri.

 

Selon des témoins présents sur place, les moines bouddhistes ont commencé à aider les sinistrés. Selon Rémi Favre, correspondant de FRANCE 24 à Rangoun, la principale ville du pays, "les bonzes ont ouvert les puits de leurs monastères à la population" privée d'eau potable.

 

"Les moines travaillent étroitement avec les gens", a confirmé à FRANCE 24 Tun Myint Aung, un leader étudiant qui vit caché depuis la répression du mouvement de révolte de septembre dernier. Le gouvernement militaire avait alors écrasé un soulèvement auquel participaient de nombreux bonzes. Selon lui, les forces de sécurité ne participent pas aux secours.

"J’ai vu des milliers de gens qui dormaient sur la route, car ils n’avaient plus de maison. J’ai eu de la chance, mais j’ai couru de nuit et j’ai perdu tout ce que j’ai. J’ai vu beaucoup de corps écrasés sous des arbres, il y en avait trop pour les compter. J’ai senti l’odeur des morts sur tout le trajet", témoigne une femme qui vient du Delta d’Irrawaddy et a échappé au typhon.

 

Les deux tiers des victimes recensées pour l'instant se trouvaient dans la seule ville de Bogalay. "On y compte 10 000 victimes, c'est presque la totalité de la population de cette grosse bourgade située à une centaine de kilomètres de Rangoun, au cœur du delta de l'Irrawaddy", explique Cyril Payen, correspondant de FRANCE 24 à Bangkok, capitale de la Thaïlande voisine.

 

"On peut voir un peu partout dans Rangoun des poteaux électriques par terre, des bâtiments détruits ou endommagés et des gens qui font la queue avec des jerricans pour tenter de se procurer de l’eau", explique Félix Léger, chef de mission de l'ONG française Action contre la faim (ACF) en Birmanie. Il ajoute que le prix de  l’eau potable a augmenté de 500% en trois jours.

 

Face au désastre, le régime birman a dû entrouvrir la porte à l'aide internationale. Etablie en 1962, la dictature militaire ne laissait jusque-là les humanitaires entrer qu'au compte-gouttes dans l'un des pays les plus pauvres du monde. Elle avait refusé l'aide internationale lors du tsunami de fin 2004. Cependant, les frontières du pays restent fermées aux journalistes.

 

Après quatre jours de négociations, les autorités commencent tout juste à octroyer des visas aux agences des Nations unies et aux ONG prêtes à intervenir.
 

"Les routes sont coupées"
 

L'association chrétienne World Vision affirme avoir reçu l'autorisation d'envoyer 600 personnes en Birmanie, une décision qu'elle décrit comme "sans précédent". Le travail des humanitaires reste toutefois encadré par la junte, qui contrôle les mouvements des étrangers. Pour Cyril Payen, il s'agit d'un "feu vert conditionné".

Interrogé sur la question de la délivrance de visas aux humanitaires, le Directeur du bureau des Nations unies pour la coordination des affaires humanitaires, Rachid Khalikov a botté en touche ce mardi. Il s’est montré "très prudent et embarrassé" lors de sa conférence de presse, note Jean Bernard Cadier, spécialiste politique internationale de FRANCE 24. "Les portes sont toujours fermées alors que les équipes d’aides sont prêtes et que les besoins dans le pays sont énormes".
 

Selon Kyi Minn, un conseiller de l'ONG  World Vision dont des équipes ont survolé la zone dévastée, "les conséquences de la catastrophe pourraient être pires que celles du tsunami car elles sont aggravées par le manque de moyens disponibles et de transport".

La femme du président des Etats-Unis, Laura Bush a quant à elle accusé lundi les autorités militaires de n'avoir pas prévenu la population du danger à l'approche du cyclone "alors qu'ils étaient au courant de la menace".

 

Le quotidien gouvernemental New Light of Myanmar de vendredi faisait état de l'approche d'un cyclone en page 13 et encourageait la population à "prendre des mesures de précaution".

 

Le référendum reporté dans les régions les plus touchées
 

Le gouvernement birman a annoncé que le référendum constitutionnel, prévu le 10 mai, serait reporté uniquement dans les régions touchées par le cyclone. Le parti d'Aung San Suu Kyi, la Ligue nationale pour la démocratie (NLD), juge inacceptable que Rangoun n’annule pas le référendum et accuse les autorités de ne rien faire pour aider la population.

 

Selon une source de FRANCE 24 en Birmanie qui requiert l'anonymat pour des raisons de sécurité, les autorités ont annoncé à la radio que seules les personnes soutenant le projet constitutionnel lors du référendum auraient droit à une aide après le passage du cyclone.

 

Gauthier Rybinski, spécialiste politique internationale à FRANCE 24, explique qu'"il va y avoir une sorte de donnant-donnant entre les autorités birmanes et les votants", parlant de "récupération par la junte d'un phénomène cataclysmique".

Commentaires (4)

arrogance occidentale...

se servir de milliers de morts pour dénigrer ce régime aussi perverti soit-il c'est lamentable les donneurs de leçons occidentaux avec madame bush en tête ferait mieux de s'occuper des enfants d'irak de loin la plus grande catastrophe humanitaire de ce début de 21ième siècle causée par une armée occidentale et qu'on se souvienne du missipi l'aide à cette région sinistrée n'était pas digne d'un soi-disant pays riche et démocratique...

C'est très compliqué

Je ne pense pas que cette catastrophe va permettre au pouvoir de monnayer le vote du OUI au référendum.
Le résultat est déja acquit et la seule chose qu'on ne connait pas c'est le pourcentage.
Maintenant pour bien connaitre ce peuple, j'imagine très mal les autorité ne pas venir en aide à ses concitoyens.
J'entends encore ce soir les télés occidentales qui font part de difficultés pour obtenir des visas alors que l'UN a expliqué depuis hier comment se procurer des visas à l'ambassade du Myanmar à Bangkok.
Avouez que c'est étrange ces différents sons de cloches.

c'est scandaleux, d'autant plus que ...

Il me semble bien que la capitale de la Birmanie (pour ne pas dire Myanmar) a été déplacée soit disant en raison des risques de cyclones !
Les gouvernants bien à l'abri, c'est encore une fois que le petit peuple trinque !
Espérons en effet que cela attribue au moins à la déstabilisation de ce gouvernement, et, ensemble avec la révolte des Bonzes, la liberté pointé le bout de son nez !
Le chemin sera encore long, mais ce désastre est peut-être le premier pas vers la lumière.
Pensées ...

Le relais des forces démocratiques

Que se passera-il si la population, qui va découvrir l'ampleur du désastre et va devoir une partie de l'amélioration de son sort à l'aide internationale, boycottait ou se prononçait contre, dans une grande majorité, la révision constitutionnelle prévue pour se dérouler samedi, sauf dans les zones les plus sinistrées?
Une sanction de la population, dans ces conditions, est-elle envisageable et qu'elle pourrait en être la portée.
Plus que la répression violente des moines bouddhistes, les carences de la junte au pouvoir dans cette catastrophe, que ce soit en prévention ou en secours, peuvent ébranler sa position et son socle de "légitimité" car même une dictature à besoin de se reposer sur un socle.
Ce socle, à défaut d'être renversé, est peut-être d'ores et déjà mis à mal par le cyclone "Nargis".
Le bilan, hélas, comme celui qui a frappé l'Indonésie en 2004, risque de s'alourdir au fil des heures. Il a doublé ce matin et les autorités du pays sont sur la défensive. Elles ont manqué au devoir d'alerte des populations, comme vient de le signifier l'ONU, et, malgré le potentiel militaire, abandonné les populations à leur sort.
Ce manquement peut déstabiliser la dictature très profondément et permettre le relais des forces démocratiques.

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