07 mai 2008 - 22H28
- Israël

Israël, quatrième exportateur d'armement
Après la guerre du Liban, l’armée a autorisé la vente du missile Delilah. Avec plus de 5 milliards de dollars de recettes en 2007, Israël est à la pointe de la technologie militaire mondiale. (Reportage : M. de Chalvron)

Retrouvez également notre dossier sur les 60 ans de la création d'Israël.

De l’avis de certains à Tel-Aviv ou à Jérusalem, il constitue la principale, voire la seule, satisfaction de la dernière guerre du Liban, à l’été 2006. Le missile Delilah est bien une des dernières merveilles de la technologie militaire israélienne.

 

L’armée vient juste d’autoriser sa mise en vente et, du coup, les représentants d’Israeli Military Industry (IMI), l’entreprise qui fabrique ces missiles, ne tarissent pas d’éloges : "Je ne pense pas qu’il y ait vraiment concurrence sur le marché", jubile Rafi Eytan. "Nous sommes vraiment devant une révolution dans le domaine de l’armement. Avec le Delilah, on atteint exactement la cible visée : il n'y a plus de victimes civiles."

 

Voilà pour la théorie. L’utilisation du missile Delilah n’a pas empêché plus de 1000 personnes de mourir au Liban, dont de nombreux civils. En réalité, le Delilah est une version, moins évoluée, du missile US Tomahawk.

 

D’une portée de 250 kilomètres, il a bien du mal à concurrencer son cousin américain qui peut toucher une cible à 2 500 kilomètres de distance. Sinon, les caractéristiques sont les mêmes ou presque. Le Delilah peut être lancé du sol, des airs ou de la mer indifféremment.

 

Une plateforme "pilote" le missile en plein vol et peut modifier sa trajectoire à tout moment. "C’est un peu comme un jeu vidéo mais à la fin ça explose", nous dit Rafi Eytan. Cela explose, et surtout ça se vend. Des négociations sont déjà en cours avec plusieurs pays, européens et asiatiques, plusieurs centaines de milliers de dollars à la clef.

 

Le missile Delilah va donc venir enrichir un peu plus l’industrie militaire israélienne. En 2007, les ventes d’armes légales ont rapporté plus de 5 milliards de dollars. Israël est devenu le quatrième exportateur mondial d’armes, derrière les Etats-Unis, la Russie et la France. Rapporté au nombre d’habitants (7,2 millions), la performance est remarquable.

 

L’industrie militaire israélienne présente plusieurs caractéristiques particulières. Elle s’appuie tout d’abord sur des entreprises publiques dans la grande majorité. C’est le cas d'IMI, évoquée plus haut, mais aussi du groupe Rafael. Le budget de la défense 2008 est de 12 milliards de dollars, dont 2,4 milliards d’aide américaine.

 

Par ailleurs, l’industrie militaire israélienne est particulièrement performante pour les produits de haute technologie. A part le fameux char Merkava, Israël fabrique peu de systèmes complets d’armement. Les drones, par exemple, sont une véritable spécialité israélienne.

 

Alon Ben David, consultant militaire pour la chaîne 10 israélienne, est l'un des plus fins connaisseurs du domaine militaire en Israël : "Du fait de son environnement, Israël doit trouver ses solutions nouvelles. Une grande entreprise comme Thales, par exemple, a dû venir jusqu’en Israël et acheter un modèle de drone qui avait déjà fait ses preuves en terrain de combat. Bien sûr, pendant la guerre du Liban ce drone a été utilisé pour plus de 15 000 dollars en vols opérationnels. Et Ils ont acheté à une entreprise israélienne car il n’y a pas plus expérimenté dans ce domaine."

 

 Israël, laboratoire grandeur nature : Gaza et surtout la dernière guerre du Liban ont permis de mettre à l’épreuve de nombreuses technologies israéliennes. Toutefois ces atouts indéniables ne sont pas forcément suffisants pour l’armée israélienne elle-même.

 

C’est en tout cas ce que constate Martin Van Creveld, historien spécialiste de l’armée israélienne : "En 2006, l’aviation était tellement forte qu’aucun lanceur de missile longue portée du Hezbollah n’a pu survivre plus de quelques minutes. C’était édifiant ! Mais cela n’était pas suffisant pour les milliers de missiles katiouchas, de courte portée, d’être tirés du Liban Sud."

 

Israël, à la pointe de la technologie militaire mondiale, doit trouver d’autres solutions pour faire face à ses menaces directes.

 

 

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