08 mai 2008 - 11H45
- Belgique

Flamands et francophones sur le pied de guerre
La Belgique pourrait de nouveau connaître des remous politiques, si les Flamands votaient un texte considéré par les francophones comme une atteinte à leurs droits linguistiques. La fragile coalition d'Yves Leterme ne s'en relèverait pas.

La Chambre des représentants de Belgique, la chambre basse du gouvernement belge, se réunit ce jeudi en séance plénière.

 

A l’ordre du jour pourrait refaire surface le vote concernant la scission de l’arrondissement Bruxelles-Hal-Vilvorde (BHV).

 

Cet arrondissement, en partie bilingue et en partie flamand, est au centre d’un imbroglio politique qui stigmatise à lui seul les difficultés qui enlisent actuellement la Belgique.

 

"Ce qui est désolant, c’est la rupture de la confiance, du fragile équilibre belge entre les deux communautés", déplore Francis van de Woestyne, chef du service politique du quotidien La Libre Belgique.

 

Le 7 novembre dernier, la Commission intérieure de la Chambre des représentants, commission qui tient à préparer les dossiers pour les séances plénières de la Chambre, a voté la scission de l'arrondissement électoral de Bruxelles-Hal-Vilvoorde.

 

Cette scission aurait pour effet d’empêcher la majorité de la population de la partie flamande du BHV, composée de quelque 120 000 francophones, de voter pour des listes électorales wallonnes.

 

L’opposition francophone avait alors déclenché une procédure de conflit d’intérêts, qui  renvoie la proposition devant un comité de concertation fédéral et linguistique. Le vote est alors retardé de 120 jours. Un sursis temporel qui sert à négocier et plus généralement à trouver un "compromis à la belge", et qui a permis ces 177 dernières années aux flamands et aux francophones de vivre ensemble malgré leurs divisions.

 

La coalition en danger

 

Yves Leterme, le Premier ministre belge entré en fonction le 20 mars dernier, est mis en difficulté par son propre camp.

 

A la tête d’une coalition composée de deux partis francophones (PS francophone et MR, libéraux francophones) et trois partis flamands (VLD, libéraux flamands, CDV, chrétiens démocrates et NVA, nationalistes), son alliance avec le NVA a fait couler beaucoup l’encre.

 

La déclaration d’Yves Leterme en 2006, affirmant qu’il suffisait de "cinq minutes de courage politique" pour scinder le BHV, confortant la vision des flamands radicaux, pourrait bien jouer en sa défaveur.

 

N’étant parvenu à négocier aucun accord depuis le 7 novembre, la coalition dispose normalement jusqu’au 15 juillet pour régler le sort de l’arrondissement.

  

Le calme avant la tempête

 

Si le vote sur la scission du BHV était en effet porté à l’ordre du jour de la séance plénière de jeudi, cela aurait des effets désastreux pour la coalition.

 

Les partis francophones sont opposés à ce vote, qu’ils considèrent comme un passage en force des flamands. "Si on vote, c'est qu'on n'a pas envie de négocier", a déclaré mardi le ministre des Finances, le libéral francophone Didier Reynders, outré par le procédé.

 

Autre tension au sein de la majorité, le CDV, de peur de se voir déborder par une alliance des partis nationalistes flamands lors du prochain rendez-vous électoral de 2009, demande aux partis francophones de déclencher une nouvelle fois la procédure de conflit d’intérêts.

 

Car si le vote était entériné, les partis francophones se retireraient immédiatement de la coalition, sonnant le glas des négociations d’un paquet législatif dont l’échéance était également fixée au 15 juillet.

 

"Les flamands s’attendent à ce que les francophones enclenchent la procédure de conflit d’intérêts, pour négocier un compromis acceptable pour tout le pays", explique Francis van de Woestyne.

 

La procédure de conflit d’intérêts permettrait de d’obtenir un délai de 120 jours supplémentaires afin de trouver une sortie à la crise.

 

Pour Francis van de Woestyne, même si un artifice, comme le déclenchement de la procédure de conflit d'intérêts, permettrait d'éviter la chute du gouvernement, il est peu probable qu’une solution consensuelle puisse être trouvée en juillet prochain sur le dossier BHV.

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