07 mai 2008 - 23H06
Les Arabes d'Israël, une situation ambivalente
Les Arabes d'Israël, qui représentent 20% de la population de l'Etat hébreu, bénéficient en principe des mêmes droits que leurs concitoyens juifs. Dans les faits, ils souffrent de nombreuses discriminations. (Reportage : V. Herz et F. Peiffer)
Ibrahim habite en Galilée, comme la majorité des arabes d'Israël. Ses parents, palestiniens, y vivent depuis plus de soixante ans. A la fin de la guerre de 1948, on leur a accordé la citoyenneté israélienne, comme ce fut le cas pour la majorité des arabes d’Israël. Cette « citoyenneté » est lourde à porter pour Ibrahim qui a pourtant toujours été entouré d’Israéliens. "J’ai étudié à l’université de Jérusalem, et je travaille aujourd’hui pour une firme israélienne", explique-t-il.
A l’instar du jeune homme, ses nombreux concitoyens arabes se sentent "déchirés" entre leur identité palestinienne et leur citoyenneté israélienne. Un peu moins de 200 000 en 1948 (14 % de la population), les Arabes d’Israël sont aujourd’hui 1,4 million selon le bureau central des statistiques (20 % de la population).
"Comme la plupart de ceux que l’on surnomme aujourd’hui Palestiniens de l’intérieur, mes parents n’avaient pas voulu abandonner leurs terres, à la fois par attachement et sans doute parce qu’ils pensaient que l’occupation israélienne ne durerait pas grâce à l’aide que leur apporteraient les États arabes", explique le jeune homme.
Le reste de la famille a eu moins de chance. Ses oncles et tantes habitent dans la bande de Gaza. Il ne les a pas vus depuis plus de dix ans. Les mesures de sécurité ayant été renforcées après les accords d’Oslo en 1993 et surtout après le début de la seconde Intifada en 2000, il est difficile, voire "pratiquement impossible", pour les citoyens israéliens de s’y rendre.
Discriminations
"Il est vrai qu’en Israël, nous jouissons d’une qualité de vie qui est certainement supérieure à celle des Palestiniens résidant dans les Territoires et même aux Arabes de la région", précise t-il. "Mais ce n’est pas suffisant, nous souffrons de discrimination au quotidien et dans les relations qu’entretiennent les institutions de l’Etat avec notre minorité", regrette le jeune homme
Le gouvernement israélien a reconnu lui-même la "différenciation" que subissent les Arabes, considérés comme citoyens de "seconde zone". Au début des années 90, Yitzhak Rabin avait déclaré qu’il ressentait de la "honte" pour le comportement de l’Etat hébreu vis-à-vis des Arabes d’Israël. "Ehoud Olmert a également affirmé à plusieurs occasions qu’il était conscient qu’il n’y avait aucune égalité de citoyenneté entre les Arabes et les Juifs dans le pays et que son gouvernement voudrait œuvrer en ce sens", déclare Ahmad Tibi, député arabe à la Knesset.
Une discrimination en hausse, d’après le rapport annuel de l’Association pour les droits de l'homme en Israël (Acri), publié en décembre 2007. Le rapport note une augmentation des incidents racistes envers les Arabes de 26 % en 2006. Ces derniers se traduisent par "des politiques discriminatoires à l'égard des arabes et une recrudesences violences policières".
Ce problème semble difficile à résoudre. "La complication vient de l'autodéfinition de l’Etat d’Israël comme Etat à la fois juif et démocratique, ainsi que de la nature - complexe - des relations intercommunautaires puisque nous voyons une minorité arabe qui vit dans un Etat juif en conflit avec des voisins arabes démographiquement supérieurs", déclare Makram Khouri Makhoul, professeur d’université. "De part et d’autre les relations se traduisent par de l’indifférence et de la suspicion", ajoute-t-il. "Les Arabes d'Israël sont parfois perçus comme une menace pour la sécurité du pays et une bombe démographique à retardement", précise l’analyste.
La méfiance à leur égard a encore augmenté après la guerre du Liban en juillet 2006. Les Palestiniens d’Israël avaient manifesté leur solidarité avec le peuple libanais et condamné l’Etat hébreu. "Les Juifs y ont vu la preuve de la déloyauté des Arabes israéliens tandis que ces derniers considèrent qu’ils n’ont jamais bénéficié de politiques adéquates pour s’affirmer comme des membres à part entière de l’État israélien et s’identifier en tant qu’Israéliens", déclare Amal Ziadé, une journaliste arabe d'Israël.
"La situation est certes compliquée. Pour y remédier - partiellement du moins -, il faudrait dans un premier temps que les gouvernements qui se succèdent modifient leur politique en tenant compte de cette minorité arabe", affirme Ahmad Tibi. « Cela peut déjà commencer par le budget voté chaque année puisque la Knesset alloue des sommes considérables aux régions juives et laissait des miettes aux régions arabes », ajoute-t-il. "Il n’est pas étonnant que nos villes et villages aient trente ans de retard comparé à ceux des Juifs", déplore le député.














Commentaires
merci
Merci pour les infos que vous mettez dans votre article. Par les temps qui courent la situation israelo palestinienne nous parait si compliquee
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