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Le Hezbollah a pris le contrôle de l'ouest de Beyrouth

Dernière modification : 10/05/2008

En trois jours, les milices chiites menées par le Hezbollah se sont emparées de plusieurs quartiers de la capitale libanaise. La communauté internationale tente de prendre le dossier en main. (Récit : J. Fancuilli)

Pour aller plus loin, retrouvez l'émission Face à Face sur la crise au Liban.

Au troisième jour des combats dans la capitale libanaise, les affrontements se poursuivent dans l'Ouest de Beyrouth. Le mouvement chiite Hezbollah a pris le contrôle de plusieurs quartiers à majorité sunnite de la capitale. La coalition au pouvoir présente cette offensive de l’opposition comme "un coup d'Etat armé" visant à faire revenir la Syrie au Liban.

Deux partisans de l’opposition chiite sont morts vendredi lors d’affrontements à Khaldé, au sud de Beyrouth, selon une source au sein des services de sécurité, portant à 13 le nombre de morts depuis le début des violences.

Les miliciens chiites de l’opposition menée par le Hezbollah affrontent dans les rues les partisans sunnites du gouvernement, notamment du Courant du futur, parti pilier de la majorité antisyrienne que dirige Saad Hariri.

Le port de la capitale a cessé toute activité vendredi matin et la route de l’aéroport international de Beyrouth, bloquée depuis mercredi par l’opposition [voir le diaporama], est toujours inaccessible vendredi soir et le trafic aérien reste quasi-paralysé.

Selon un porte-parole, l'armée était déployée pour protéger "le siège du gouvernement, la Banque centrale et l'entourage des résidences de M. Hariri et Walid Joumblatt (un autre pilier de la majorité)" à Beyrouth.

"Une pré-guerre civile"

Joseph Bahout, professeur à l'Institut d'études politiques (IEP) de Paris a confié vendredi à FRANCE 24 ne pas être étonné de voir le pays à nouveau ébranlé. "Depuis la fin de l’été 2006, le Liban est dans une situation de guerre civile froide ou de pré-guerre civile, tout le monde savait que ce n’était qu’une question de temps", estime-t-il. Selon ce spécialiste du Liban, "ce qui est surprenant, c’est la rapidité avec laquelle les choses ont éclaté et l’ampleur que les événements ont pris". Il redoute que ces journées d’affrontements soit "un prélude à quelque chose de beaucoup plus grave pour le pays".

Sur France 24, Marwan Hamadé, ministre libanais des Télécommunications, membre de l’Alliance du 14 mars de Saad Hariri met en garde : "Le Liban tout entier risque de basculer dans un nouveau régime de type intégriste (…) un régime totalitaire pro-iranien".

Marwan Hamadé appelle également le président Nicolas Sarkozy à exercer "une pression réelle sur l'Iran et la Syrie".

Le président syrien Bachar al-Assad a déclaré que la grave crise au Liban était "une affaire intérieure" tandis que l’Arabie saoudite et l’Egypte, alliés du gouvernement libanais, ont demandé une réunion arabe ministérielle d’urgence.

Objectifs stratégiques

Les miliciens de l’opposition chiite ont commencé jeudi à bloquer les axes routiers. Puis vendredi matin, ils ont encerclé les objectifs stratégiques comme les médias, et notamment la chaîne de télévision Future News. Les chaînes terrestre et satellitaire Future TV et Future News, qui appartiennent à Saad Hariri et avaient été créées par son père, l’ancien Premier ministre Rafik Hariri, assassiné en février 2005.

"Les miliciens d’Amal [proches du Hezbollah] ont tiré sur les bâtiments de la chaîne et ont demandé à l’armée d’interrompre l’antenne avant de lancer l’assaut. L’armée a ensuite évacué les gens. Tout le monde est sorti sans aucun dommage", raconte notre correspondant à Beyrouth, Jean-Marie Quemener. "Ils sont en pleine démonstration de force (…). Les miliciens chiites sont en train de gagner la partie sur le terrain militaire", explique-t-il.

Escalade de la violence

La tension est montée d'un cran mardi, quand le gouvernement libanais a accusé le Hezbollah de gérer son propre réseau de télécommunications, d’avoir installé des caméras de surveillance à l’aéroport de Beyrouth et décidé de limoger le chef de la sécurité de l'aéroport international de Beyrouth, présenté comme un proche du mouvement chiite.

Jeudi, des heurts ont éclaté lors d'une manifestation contre la vie chère et se sont intensifiés après un discours du chef la milice chiite, Hassan Nasrallah. Lors de son allocution, il a qualifié de "déclaration de guerre" la décision du gouvernement de mener une enquête sur son réseau de télécommunications.

Saad Hariri, chef de la coalition au pouvoir à Beyrouth, a proposé un accord de sortie de crise au Hezbollah, qui a été rejeté par l’opposition.

Les derniers heurts meurtriers au Liban remontent au 27 janvier, quand sept personnes, dont quatre militants chiites, avaient été tuées par l'armée lors d'une manifestation. Il n'y avait pas eu de telles violences internes depuis la fin de la guerre civile en 1990.

Première publication : 10/05/2008

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