12 mai 2008 - 15H57

Le parti de Sharif quitte le gouvernement pakistanais
L'ex-Premier ministre pakistanais Nawaz Sharif a annoncé que les ministres de son parti remettraient leur démission, après un désaccord avec le principal mouvement de la nouvelle coalition. (Récit : A. I. Mabin)

L’ancien Premier ministre pakistanais Nawaz Sharif a annoncé lundi que son parti allait quitter le gouvernement de coalition en raison d’un désaccord avec ses alliés sur la réinstallation de juges évincés par le président Pervez Musharraf.

 

Tous les ministres membres de la Ligue musulmane du Pakistan-Nawaz (PML-N), le parti de Sharif, comptent remettre leur démission mardi. Sharif a néanmoins affirmé, lors d’une conférence de presse, que la décision ne déstabiliserait pas le processus démocratique récemment lancé dans le pays.

 

La PML-N a obtenu neuf portefeuilles parmi les 24 que compte le gouvernement fédéral, formé il y a six semaines avec le Parti du peuple pakistanais (PPP) de l’ancienne Premier ministre assassinée Benazir Bhutto. Les partis se sont alliés après avoir vaincu les partisans de Musharraf lors des élections législatives du 18 février.

 

Pervez Musharraf a mis fin à des négociations à Londres avec Asif Ali Zardari, coprésident du PPP, après avoir constaté l’impossibilité d’un accord sur le retour d’une soixantaine de juges.

 

Sharif a déclaré que la PML-N ne prendrait aucune décision susceptible de renforcer ce qu’il a appelé la "dictature" de Pervez Musharraf. "Nous ne rejoindrons pas les bancs de l’opposition à ce stade", a-t-il dit.

 

"Musharraf veut déstabiliser le système politique dans le pays et voir cette coalition s’effondrer", a affirmé Sharif dans une interview téléphonique avec FRANCE 24.

 

Il a également annoncé qu’il se présenterait lors d’une élection législative partielle le 26 juin.

 

La réinstallation des juges "prise à la légère"

 

Sharif a appelé au "retour inconditionnel, digne et honorable des juges".

 

"Nous ne pouvons pas continuer à fixer des dates butoirs pour la réintégration des juges", a-t-il précisé à FRANCE 24. "Ils devaient être réinstallés 30 jours après la formation du gouvernement et je pense que cette question a été prise à la légère."

 

Sharif s'est montré déçu de l'échec des négociations, ajoutant qu'il avait fait des efforts sincères sans pouvoir sortir de l'impasse. "Je suis personnellement inquiet à l'idée de notre retrait du gouvernement", a-t-il indiqué.

 

"Cela va constituer un léger recul pour le processus démocratique. Mais la réintégration des juges est la question numéro un", a-t-il confié à FRANCE 24.

 

Sharif avait fixé une date butoir au 12 mai pour le retour des juges évincés par Musharraf sous le régime d'état d'urgence en novembre dernier.

 

"Nous aurions dû les laisser revenir depuis longtemps aux postes qu'ils occupaient le 2 novembre 2007", avant leur limogeage, a déclaré Sharif à FRANCE 24. Il a expliqué que son parti avait clairement fait de ce retour une condition de sa participation à un gouvernement de coalition.

 

Rassemblements et manifestations

 

Le 12 mai marque le premier anniversaire des affrontements entre partisans du juge limogé Iftikhar Muhammad Chaudhry et partisans de Musharraf à Karachi, qui avaient fait plus de 40 morts.

 

Plusieurs partis politiques ainsi que des avocats ont commémoré ces événements par des rassemblements et des manifestations dans les grandes villes du pays, criant "Musharraf dehors". Les avocats ont boycotté les tribunaux et demandé le retour des juges, ont rapporté des témoins.

 

Chaudhry est devenu un symbole pour les opposants au président.

 

Musharraf, qui était arrivé au pouvoir par un coup d'Etat militaire en 1999, avait évincé ce juge et des dizaines de ses collègues en novembre dernier de peur qu'ils n'annulent sa réélection obtenue le mois précédent.

 

La réintégration de ces juges risque de devenir un problème majeur pour Musharraf, ancien chef de l'armée et allié des Etats-Unis, qui les voit comme un obstacle à son pouvoir.

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