13 mai 2008 - 11H03
- Pakistan

Dernier effort pour sauver le gouvernement pakistanais
Après avoir refusé la démission des ministres du parti de Nawaz Sharif, le Premier ministre pakistanais a appelé à "un effort de dernière minute" pour sauver le gouvernement de coalition. Ecoutez l'interview exclusive de Nawaz Sharif.

Le parti de l’ancien Premier ministre pakistanais Nawaz Sharif veut quitter le gouvernement de coalition, six semaines après sa formation, en raison d’un désaccord avec ses alliés sur la réintégration des juges limogés par le président Pervez Musharraf.
 
Dans un entretien exclusif à FRANCE 24, Nawaz Sharif annonce qu’il continuera sa lutte pour la réhabilitation des juges dans leur fonction.

La toute jeune coalition pakistanaise essuie un sérieux revers, après que les ministres de l’un des plus importants partis ont présenté leur démission, plongeant le pays dans une nouvelle crise politique. Le Premier ministre Youssef Gilani a refusé de se prononcer sur ces démissions, préférant attendre le retour ce soir à Islamabad du vice-président du PPP Asif Ali Zardari, en séjour à Londres.

Les neuf ministres membres du parti de Nawaz Sharif, la Ligue musulmane du Pakistan-Nawaz (PML-N), ont démissionné du gouvernement. Les trois jours de pourparlers sur la réhabilitation des juges destitués par le président Pervez Musharraf en novembre 2007, avec le PPP, Parti du peuple pakistanais, son principal partenaire dans la coalition, sont restés infructueux.

"Les juges étaient censés être réintégrés trente jours après la formation du nouveau gouvernement, mais le sujet a été pris à la légère [par la coalition gouvernementale]", a déclaré à FRANCE 24 le président du PML-N.

La Ligue du Pakistan se bat pour une restauration complète de leurs prérogatives par une simple résolution au Parlement. Le PPP, lui, plaide pour une limitation de leur pouvoir et une réformation constitutionnelle de l’organisation judiciaire, avant toute réhabilitation.

"Nous avons promis un changement au peuple pakistanais", explique à FRANCE 24 Farzana Raja, porte-parole du PPP. "Nous voulons réintégrer les juges, mais en même temps, le gouvernement veut renforcer le pouvoir judiciaire. Les dictateurs en ont abusé dans le passé." Elle précise : "Le gouvernement veut arriver à un équilibre des pouvoirs et renforcer les institutions judiciaires."

"La lutte contre la dictature continue"

La Ligue du Pakistan de Sharif se bat pour une restauration complète de leurs prérogatives, alors que le PPP, lui, plaidait pour une limitation de leur pouvoir.

Musharraf, arrivé au pouvoir après un coup d'Etat militaire en 1999, avait évincé une soixantaine de juges en novembre 2007, après avoir instauré l’état d’urgence. Alors que la Cour suprême se préparait à statuer sur la validité de son élection d’octobre, Musharraf avait remplacé ces magistrats par ses alliés politiques.

"Nous promettons au peuple de ce pays que nous allons réhabiliter les juges dans leurs fonctions", a assuré Sharif dans une interview téléphonique à FRANCE 24. "Les conséquences du non rétablissement des juges sont très graves", déclare-t-il. En effet, "sans indépendance du pouvoir judiciaire, il n’y a pas de démocratie". Il précise ensuite : "Les juges siégeant actuellement à la Cour suprême ont été nommés pendant l’état d’urgence. Ils ont fait serment d’allégeance à un homme."

"Une régression dans le processus démocratique"

Le président de la Ligne musulmane du Pakistan a affirmé à FRANCE 24 que cette démission massive au sein du gouvernement était "une régression dans le processus démocratique". Mais il a aussi affirmé que son parti continuerait à apporter son soutien au PPP et ne prendrait aucune décision qui pourrait déstabiliser le gouvernement.

"La dictature essaie de déstabiliser le système politique du pays, mais nous ne le permettrons pas", a déclaré Nawaz Sharif, avant d’ajouter : "Musharraf voudrait voir la coalition imploser."

Malgré la vague de démission, le PPP poursuit son dialogue avec le PML-N pour résoudre la crise. "Nous voulons que le PML-N réintègre le cabinet", a d’ailleurs déclaré Farzana Raja à FRANCE 24. "Nous ne pouvons pas nous permettre de déstabiliser le processus démocratique. La coalition a besoin du soutien du PML-N et nous voulons travailler avec eux."

Le nouveau gouvernement s’était donné jusqu’au 12 mai pour réintégrer les juges. Il n’a pas réussi. "On ne peut pas repousser éternellement la date limite", a assuré Sharif. "C’était déjà la deuxième date butoir que nous nous étions fixés. Nous aurions pu les autoriser à les réhabiliter il y a longtemps avec une simple résolution adoptée au Parlement."

Le 12 mai marque le premier anniversaire des affrontements entre partisans du juge limogé Iftikhar Muhammad Chaudhry et partisans de Musharraf à Karachi, qui avaient fait plus de 40 morts.

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