Des raffineries d’éthanol poussent par dizaine dans le Midwest, le grenier à grains des Etats-Unis. Grâce à une politique volontariste de l’administration Bush, cette région est en pleine révolution.
Aux Etats-Unis, 130 usines transforment le maïs en carburant, et 70 nouvelles sont en construction. A Alexandria, dans l’Indiana, l’entreprise "Poet Biorefning" vient d’en ouvrir une.
Pour son directeur Dave Hudak, très en phase avec l’administration américaine, l’éthanol est une affaire d’intérêt national : "Il faut faire quelque chose pour réduire notre dépendance au pétrole étranger. A l’heure actuelle, l’éthanol est la seule manière rapide et efficace d’y arriver sur le sol américain."
Une aubaine pour les fermiers
L’appétit vorace de l’administration américaine pour une source d’énergie renouvelable a fait exploser le prix du maïs qui frôle les six dollars le boisseau (équivalent à 25,4 kilogrammes). Du jamais vu. Une véritable aubaine pour les fermiers de la région.
Ronnie Mohr, l’un d’eux, admet que "les prix sont vraiment incroyables, nous vivons des années fantastiques." Grâce à ce boom, il a pu racheter la ferme de son voisin et un nouveau tracteur à 150 000 dollars. "Les anciens me disent que nous n’aurons jamais plus d’années aussi bonnes et qu’il faut en profiter", explique-t-il.
Mais ces prix élevés finissent par frapper les consommateurs dans le monde entier. Pour Ronnie Mohr, le coupable n’est pas son maïs. Dans une boîte de céréales, seulement 2 % du prix correspond à la matière première qu’il cultive, assure-t-il. "Tout le reste, c’est pour la transformation, la publicité. La boîte en elle-même coûte plus chère que le maïs qu’il y a dedans !", s’emporte le fermier.
Carburant de transition
Dans les pays pauvres, cependant, le marketing pèse moins lourd sur la consommation des ménages et l’augmentation du prix des matières premières frappe les ménages de plein fouet, remarque Janet Larsen, directrice de recherche à l’Earth Policy Institute, un institut américain spécialisé dans le développement durable les régions pauvres.
"Dans les pays en voie de développement, les gens achètent directement le grain, que ce soit du riz ou du maïs avec lequel ils font eux-mêmes leur farine à tortilla par exemple", explique-t-elle. "Quand les prix augmentent, vous pouvez imaginer que les prix de leur nourriture augmentent de manière vraiment importante."
Pour Ronnie Mohr, la flambée des prix est provisoire et devrait à terme remettre en question l’engouement pour l’éthanol. "Rien de tel que des prix élevés pour lutter contre les prix élevés. Le vent va tourner, c’est sûr", anticipe-t-il. L’éthanol pourrait n’être qu’un carburant de transition ? Sans doute, car même si les Etats-Unis étaient recouverts de maïs, celui-ci ne suffirait toujours pas à remplacer le pétrole.















