- Immigration - Japon - Sans-papiers
Gani Chaudhry Usman, 37 ans, a trouvé refuge dans un immeuble de Todakoen, un quartier du Nord de Tokyo. Cela fait six ans et demi que ce Pakistanais vit au Japon. Six ans et demi de galère. Il dépend aujourd’hui de la charité de sa Mosquée.
Gani Chaudhry Usman est entré sur l’archipel avec un visa touriste, mais n’a jamais pu régulariser sa situation de travailleur. "J’ai trouvé un emploi dans une entreprise de recyclage, mais je n’ai jamais eu de visa de travail", explique-t-il. "Il y avait du travail, ils avaient besoin de main d’œuvre. C’est tout. Lorsque j’ai eu un problème de santé, j’ai été immédiatement licencié."
Depuis, Gani Chaudhry Usman vit de petits boulots, en toute illégalité. Comme beaucoup d’immigrés dans sa situation, il veut repartir. Le Japon, ce n’est pas l’eldorado qu’il espérait… "Le Japon est un beau pays", poursuit-il, "mais les Japonais ne sont pas bons. Leur cœur est très froid. Ici, je ne suis rien, mon corps ne vaut rien, je n’ai aucun pouvoir ! Je veux acheter un billet d’avion et retourner dans mon pays."
En réalité, Gani Choudhry Usman est pris au piège : même s’il se livre aux autorités japonaises, elles exigeront qu’il paye son billet d’avion pour accepter de le renvoyer. Sans argent, pas de retour. Pourtant, les autorités font la chasse aux illégaux. En 2004, le gouvernement a lancé un plan afin de réduire leur nombre de moitié. En quatre ans, ils sont passés de 220 000 à 150 000, soit 1 % de la population. Pour les autorités, c’était une question de sécurité publique.
"Le gouvernement japonais a mis ce plan en place pour rendre la société plus sûre", explique Shoko Sasaki, responsable de la question au Bureau d’Immigration. "Vers 2004, le nombre de crimes commis par les étrangers était très important et la seule présence de ces étrangers inquiétait la population."
La criminalité des étrangers est, en fait, minime. Pourtant, 40 000 illégaux seront, à nouveau, expulsés cette année. Leur force de travail est désormais remplacée par celle d’autres étrangers, censés recevoir ici une formation technique. Un nouveau système, tout à fait légal, lui, dont les entreprises japonaises tirent un important profit.
Pour Ippei Torii, secrétaire général du Zentoitsu, c’est une autre forme d’exploitation, avec, cette fois, l’aval des autorités. "Sur tous les graphiques, on constate que le nombre d’immigrés sans papiers diminue, mais, dans le même temps, le nombre de ces soit-disant stagiaires étrangers ne cesse d’augmenter", s’indigne-t-il. "C’est un système à l’avantage des patrons. Sur une fiche de paie, on voit qu’un stagiaire a fait 230 heures supplémentaires en un mois. Et ce après avoir travaillé huit heures par jour ! C’est d’autant plus scandaleux que ces stagiaires n’étaient payés que deux euros par heure supplémentaire."
Le Zentoitsu se bat pour que ce système soit aboli. Il mène des campagnes de sensibilisation auprès de la population et apporte de l’aide aux étrangers en difficultés. En début d’année, l’un de ses représentants est même intervenu, à l’aéroport de Narita. Des Chinois, qui s’étaient plaints de leur situation auprès de cette organisation étaient menacé de reconduite à la frontière par leurs employeurs. Le pire a été évité mais les autorités n’ont pas bougé le petit doigt.




















