Le procès de Tarek Aziz, qui fut pendant vingt ans le porte-parole et l'émissaire de l'ancien président irakien Saddam Hussein à l'étranger, reprend mardi à Bagdad en l'absence de ses avocats, faute de visa ou pour des raisons de sécurité.
Son principal avocat irakien, Me Badie Izzat Aref, qui réside en Jordanie, a d'ores et déjà affirmé à l'AFP qu'il n'assisterait pas au procès, faute de garanties sur sa sécurité.
"Tous les avocats prêts à défendre mon père n'ont pas encore reçu de visa pour assister au procès", a déclaré depuis Amman son fils, Ziad Aziz, ajoutant que Tarek Aziz lui avait dit, lors d'une conversation téléphonique jeudi, qu'il prendrait "sa propre défense, si ses avocats n'assistent pas au procès".
Né en 1936, Tarek Aziz s'était livré presque immédiatement aux troupes américaines après la chute de Bagdad le 9 avril 2003 et est détenu au Camp Cropper, près de la capitale irakienne. Il a été plusieurs fois hospitalisé et sa famille a demandé sa libération pour raisons de santé.
Unique chrétien du cercle étroit des puissants de la dictature de Saddam Hussein, il est jugé avec sept autres dignitaires de l'ex-régime pour l'exécution en 1992 de 42 commerçants accusés d'avoir spéculé sur les prix des produits alimentaires alors que l'Irak était soumis à des sanctions de l'ONU. Selon l'acte d'accusation, ces commerçants ont été arrêtés dans les marchés de grossistes à Bagdad, exécutés après un procès sommaire et leurs biens ont été saisis.
A l'ouverture de son procès le 29 mai, celui qui occupa de 1979 à 2003 les fonctions de ministre de l'Information, ministre des Affaires étrangères et vice-Premier ministre était apparu fatigué, toussant tout au long de l'audience et s'appuyant sur une canne. Son procès se déroule devant le Haut tribunal pénal irakien, là même où a été jugé Saddam Hussein et plusieurs dignitaires de l'ancien régime.
Le tribunal, qui siège dans la Zone verte, le secteur ultra-protégé du centre de Bagdad, est présidé par le juge kurde Raouf Rachid Abdel Rahmane qui avait condamné Saddam Hussein à mort en 2006 pour crimes contre l'humanité. Il a été pendu le 30 décembre 2006.
Tarek Aziz a nié être impliqué dans l'exécution des commerçants, selon son fils qui a estimé que son père avait été accusé dans cette affaire "pour qu'il ne puisse pas bénéficier de la loi d'amnistie adoptée par le gouvernement actuel".
"L'article 3 du paragraphe B de cette loi stipule que toute personne ayant passé un an en détention sans jugement doit être libérée", a-t-il souligné. "Mon père est en détention depuis cinq ans sans inculpation ni jugement". Pour des "raisons de santé", un huitième co-inculpé, Ali Hassan al-Majid, dit "Ali le Chimique", n'avait pu assister à la première audience. Condamné à mort en juin 2007 par la justice irakienne pour le "génocide" contre les Kurdes dans les années 1980, il est en instance d'exécution.
Dans de récentes déclarations, Me Aref a affirmé avoir demandé au gouvernement irakien le transfert du procès devant un tribunal au Kurdistan, région plus sûre du nord d'Irak, alors que d'autres défenseurs ont souhaité que M. Aziz soit jugé hors d'Irak. Aucun commentaire n'a pu être obtenu des autorités judiciaires à Bagdad sur de telles requêtes.
Aux côtés de Me Aref, un collectif d'avocats entend également participer à la défense de Tarek Aziz: deux avocats français, le célèbre Jacques Vergès et André Chamié, ainsi que quatre avocats italiens. Il s'agit du quatrième procès d'anciens responsables du régime de Saddam Hussein, renversé avec l'entrée des troupes américaines dans Bagdad, trois semaines après l'invasion de l'Irak le 20 mars.















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