- Immigration - Royaume-Uni - Sans-papiers
Dans un jardin public de la banlieue sud de Londres, un jeune centrafricain flâne, tue le temps tout en évitant soigneusement de tomber nez à nez avec la police.
Moussa n’a pas de titre de séjour et n’a pas le droit de travailler. Il vit avec les les bons d’achats et les tickets restaurants fournis par l’administration britannique.
"Ils vous interdisent de travailler. Pour eux, c’est un crime. Il y a une loi dans ce pays qui dit que si l’immigration juge que vous êtes criminel, vous êtes condamnés à deux ans de prison." Prison, déportation, pour Moussa le risque est trop élevé. Pour arrondir ses fins de mois, il avoue avoir recours à la mendicité.
Mais d’autres sans-papiers ont réussi à contourner le système. C’est le cas de Romain, qui est arrivé en Grande-Bretagne il y a maintenant neuf ans. Au bout de trois ans, comme la loi le lui autorise, il s’inscrit a l’université pour y suivre sa formation d’infirmier.
Grâce a son statut d’étudiant, Romain trouve du travail, en toute légalité. "Mon employeur me prenait sur la base que tout étudiant a le droit de travailler 20 heures. Bien qu’au départ, il pensait que je ne pouvais faire que 20 heures, comme il a trouvé que j’étais un gars assidu au travail, alors je me retrouvais des semaines où je faisais près de 74 heures."
Le problème c’est que l’employeur en question, ce sont les hôpitaux publics. Lorsque l’affaire est révélée au grand jour, face à l’opinion, les services d’immigration sont contraints de faire un geste et lui offrent un titre de séjour.
Pour les associations de défense des sans-papiers, le cas de Romain est une clef qui pourrait bien ouvrir la porte à de nombreux travailleurs clandestins. "Pour nous, ces gens devraient avoir la possibilité de sortir de l’ombre pour être régularisés. C’est bon pour eux, c’est bon pour la Grande-Bretagne, c’est parfaitement logique et la seule raison pour laquelle on ne le fait pas, c’est à cause du manque de courage politique de la part du gouvernement", revendique Austen Ivereigh, directeur de la campagne "Strangers into Citizen".
Manque de courage du gouvernement, mais aussi embarras du ministère de l’Intérieur britannique qui n’a pas souhaité s’exprimer, car si le cas de Romain venait à faire jurisprudence, ce sont plusieurs centaines de milliers de travailleurs sans-papiers qui pourraient bien trouver la voie de la légalité.
















