Jeudi, mai 22, 2008 - 18:00
Liste des brèves AFPHormones de croissance: place à la défense Par Jean-Louis PANY
Le procès des hormones de croissance a laissé jeudi la place aux plaidoiries de la défense, après trois mois et demi de débats qui ont fait la part belle aux témoignages à charge en raison du long défilé des familles venues raconter l'agonie des victimes.
Succédant aux réquisitions devant le tribunal correctionnel de Paris, la défense a ouvert le bal avec deux cas "simples" à plaider, ceux du médecin prescripteur Micheline Gourmelen et du haut-fonctionnaire Jacques Dangoumeau, pour lesquels l'accusation a réclamé la relaxe.
Tout en assurant les parties civiles de son "respect infini pour leur douleur", Me Yves Baudelot, défenseur de Jacques Dangoumeau, s'est d'abord tourné vers les juges : "il faut laisser retomber l'émotion et vous statuerez en droit et uniquement en droit", leur a-t-il lancé, comme pour conjurer le torrent de larmes qui a envahi le tribunal durant sept semaines de dépositions des familles.
Ancien directeur de la pharmacie et du médicament (DPHM) au ministère de la Santé, son client est notamment accusé d'être resté "passif et peu impliqué" au sein du conseil d'administration de France Hypophyse, l'association ayant le monopole du traitement.
Cette passivité ne constitue pas "une faute", avait estimé la veille l'accusation dans son réquisitoire.
"France hypophyse était une association privée", a rajouté l'avocat, rappelant que son client, âgé de 72 ans, devait "surveiller des milliers de produits, les autorisations de mise sur le marché, la pharmaco-vigilance et les 22.000 pharmacies de ville". L'hormone de croissance était donc "un produit parmi d'autres".
Il lui est aussi reproché de n'avoir pas vérifié que les nouvelles mesures de purification qu'il avait édictées en 1985 étaient bien appliquées.
"On avait l'accord de tous les intervenants. Comment aurait-on pu imaginer qu'une décision commune (...) puisse ne pas être appliquée ?", a rétorqué son avocat.
Le Dr Gourmelen, 72 ans également, est accusée d'avoir contribué à la mort de Sébastien Birolo en 1997, à l'âge de 19 ans, en lui ayant prescrit "sans raison médicale" de l'hormone de croissance, puis en ayant "persisté" alors qu'un test médical avait montré qu'il la sécrétait naturellement.
Là aussi, l'accusation avait jugé la veille que la "faute caractérisée" n'était pas "définie", voyant "au pire, une erreur de diagnostic".
"Il n'y a dans le dossier aucun manquement établi de Mme Gourmelen à son serment de médecin", a assuré jeudi son avocat, Me Yves Lachaud.
Le cas de Sébastien Birolo est un peu différent puisque l'hormone lui a été prescrite, non pour grandir, mais pour éviter des crises d'hypoglycémie sévère.
Ce "médecin exemplaire... comprend que les parents aient cherché partout des explications", a ajouté son défenseur, même si elle a "vu se fissurer sa carrière exemplaire".
Et si elle n'a pas informé les parents de Sébastien des premiers cas de maladie de Creutzfeldt-Jakob (MCJ) liés à l'hormone de croissance aux Etats-Unis en 1985, c'est parce que c'était "une information qui n'était pas validée" scientifiquement et "qui n'aurait pu que (les) inquiéter".
Cent quatorze jeunes sont morts de la MCJ parce qu'on leur a injecté, dans les années 80, de l'hormone de croissance prélevée sur des cadavres infectés.
Le tribunal devait entendre vendredi les défenseurs d'Elisabeth Mugnier, chargée de la collecte dans les hôpitaux des hypophyses, ces glandes crâniennes à partir desquelles était extraite l'hormone.
Images
Le procès des hormones de croissance a laissé jeudi la place aux plaidoiries de la défense, après trois mois et demi de débats qui ont fait la part belle aux témoignages à charge en raison du long défilé des familles venues raconter l'agonie des victimes.
© 2007 AFP Stephane de Sakutin