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La sensualité a-t-elle déserté les terres musulmanes ?

Dernière modification : 11/06/2008

Salwa al Neimi, poétesse syrienne, s’insurge contre les maîtres à penser de l’islamisme qui, selon elle, ont trahi la sensualité des traditions arabes. Elle présente son roman "La Preuve par le miel" sur les traités érotiques des Anciens.

"Les traités érotiques arabes sont tout le contraire de ce que l’on nous raconte sur l’islam", explique Salwa al Neimi avec un sourire espiègle. Beaucoup plus qu’un pamphlet contre une lecture austère de l’islam contemporain, le roman de la poétesse syrienne invite le lecteur à découvrir la littérature érotique arabe.

  
Interdit au Salon du livre de Damas en 2007 et en 2008, le roman de Salwa al Neimi a été censuré dans la plupart des pays arabes sauf au Maghreb et au Liban. En Jordanie, par exemple, c'est seulement chez les vendeurs à la sauvette qu'on le trouve.
  
Dans "La Preuve par le miel", la narratrice, une bibliothécaire syrienne vivant en Europe, explore sa propre sensualité avec des amants qu’elle surnomme le Palestinien, le Penseur, le Voyageur. Roman à clef ? Fiction ou réalité ? Salwa al Neimi sourit et jure que tout est inventé. Mais la narratrice lascive et l’auteure partagent toutes deux un enthousiasme pour les traités érotiques d’auteurs arabes classiques. Almad al-Tifachi, Ali Ibn Nasr, al-Suyuti ou al Tijani… Des écrivains, mais aussi des cheiks ou des imams, qui incarnent la liberté pour Salwa al Neimi.

 

Les anecdotes sexuelles des Anciens et les réflexions amusées de la narratrice aux mœurs plutôt modernes se succèdent. Et c’est ce mélange qui, raconte Salwa al Neimi, a choqué le monde arabe.

 
Le sexe n’a jamais été un péché
 

Si Salwa al Neimi porte un regard souriant sur les prouesses sexuelles de ses auteurs favoris, leurs propos viennent appuyer sa thèse : le sexe n’était pas une chose honteuse en terres musulmanes. Les références aux textes anciens lui donnent une certaine légitimité face aux critiques qui l’accuseraient de n’être qu’une fille occidentalisée.

 

Et lorsque l’auteure cite Aïcha, l’épouse préférée de Mohammed, à propos des baisers du Prophète, il ne s’agit pas pour elle de provoquer le scandale mais d’affirmer que la sensualité fait partie de la pensée islamique. "La société islamique n’a jamais pensé que le sexe était une chose triste, liée au péché", dit-elle.

 

Aujourd’hui, Salwa al Neimi, attachée de presse pour l’Institut du monde arabe à Paris (IMA), regrette que même les intellectuels arabes ignorent l’étendue de l’héritage érotique de la tradition islamique. "Parfois, lorsque je racontais certaines histoires provenant des textes anciens", confie-t-elle, "les gens s’exclamaient que ce n’était pas possible."

 
Les islamistes épris du secret
 

Le monde arabe a réservé un accueil ambigu au roman de Salwa al Neimi. Si de nombreux salons du livre du monde arabe l’ont snobée, l’auteure affirme que de nombreux lecteurs ont pu obtenir son roman grâce à Internet ou à des librairies discrètes.

 

Pour elle, l’austérité affichée de l’islam contemporain explique ce rejet des milieux officiels. Les auteurs érotiques anciens étaient loin d’être des marginaux. Bien au contraire, les auteurs cités par Salwa al Neimi étaient des hommes de pouvoir, des juges ou des cheiks.  

 

Et Salwa al Neimi accuse. Si aujourd’hui l’islam n’est pas aussi libéré qu’auparavant, c’est la faute des islamistes qui vivent leur sexualité en secret, dit-elle. "La société arabe d’aujourd’hui a intériorisé toutes les notions occidentales de péché, de la saleté du corps", affirme-t-elle. L’auteure déplore cette occidentalisation, mais reproche aux maîtres à penser de l’islamisme moderne d’en être l’origine. C’est tout le paradoxe, conclut-elle en esquissant un sourire.

Première publication : 24/05/2008

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