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Les Birmans se mobilisent

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Dernière modification : 06/06/2008

Alors que la méfiance des autorités birmanes a empêché les ONG étrangères de porter secours aux victimes du cyclone Nargis, les citoyens birmans, eux, s'organisent. (Reportage: A. Boussat et A. Beaumont)

Sur les routes qui mènent vers le Delta de l'Irrawaddy, ce sont des centaines de victimes du cyclone Nargis qui mendient en attendant l'arrivée des secours. Certains ont tout perdu, leur famille, leur maison, leur bétail.  Aux mieux, ils ont reçu quelques sacs de riz des autorités. Une junte militaire qui filtre l'aide internationale et interdit aux étrangers de se rendre dans la zone la plus touchée.

 

La région est surveillée et de nombreux barrages militaires en bloquent l'accès. Je dois voyager clandestinement, de nuit, cachée dans une camionnette pour y parvenir. "Pendant une heure de route, vous ne vous montrez pas, vous vous mettez sous les couvertures. Pendant une heure. Au passage des check-points, il ne faut pas parler".

 

Après une nuit de route, le voyage se poursuit en bateau, seul moyen de circuler dans le delta. Ici, non loin de la mer, le cyclone s'est accompagné d'une vague de quatre mètres qui a tout englouti.

 

Trois semaines après la catastrophe, quelques rares bénévoles ont réussi à venir distribuer de la nourriture, une aide précieuse mais largement insuffisante. Un peu partout règne une odeur de mort. "Il y a trop de cadavres partout, ils sont trop nombreux pour qu'on s'en occupe, on peut juste les pousser dans les rivières pour qu'ils partent vers la mer. Que voulez-vous qu'on ressente ? Tous ces morts, ces maisons détruites, c'est déprimant". "Notre priorité c'est de trouver à manger et un toit aussi. Après on pourra s'occuper des funérailles. Mais là, on est trop épuisé et on n'a pas le temps."

 

Chef d'un grand village du Delta, Ashin se propose de me guider pour comprendre l'étendue de la catastrophe.  C'est sur la côte que le cyclone a été le plus violent. A la place d'un hameau, il ne reste plus que quelques poutres détrempées. La digue n'a pas suffi à retenir la vague immense qui a déferlé. Une digue vieille de 40 ans et qui fait à peine 2 mètres de haut. "Il va falloir d'abord reconstruire les chemins pour que les équipes de sauvetage arrivent. Mais on ne peut pas faire ça seuls. Le problème, c'est ici en bord de mer, il n'y a pas de grande route et on est isolé."

 

Parmi les rescapés, des pêcheurs. Ils ont tout perdu et sans illusion estiment qu'ils ne peuvent compter que sur eux-mêmes pour s'en sortir. "La mer a tout emporté, tous nos bateaux, elle est montée jusque là. Dans le village plus loin, il en reste, donc on ira travailler pour eux, mais on ne gagnera presque rien. Il faut absolument que le village récupère un bateau. Mais pour l'instant, on n'a même pas de quoi acheter à manger et ça m'étonnerait que le gouvernement nous finance."

 

Dans ce village, le gouvernement a attendu cinq jours avant de distribuer un demi-kilo de riz par personne. Depuis plus rien. "Beaucoup de riz a été détruit mais on a encore un peu de stock, pas grand-chose. Le problème, c'est que ce riz a été abîmé et en plus on n'a presque pas de bois sec pour le cuire."

 

Ce jour-là, les habitants apprennent que de l'aide doit arriver dans un village voisin. De l'aide offerte par des Birmans solidaires. C'est la deuxième fois en trois semaines. Même si c'est peu, tous veulent s'inscrire sur la liste pour en bénéficier. "La dernière fois on a reçu par famille un demi-litre d'huile, une unité de lentilles, un peu de riz et des oignons et aussi du thé." "J'ai survécu, mais je ne sais pas si je dois me réjouir. Je ne sais plus ce que je ressens."

 

 

Dans ce village l'aide humanitaire est une question de survie. En inondant les rizières, la mer a mis en péril la prochaine récolte et le bétail a été décimé. Pourtant, ici personne ne veut partir. Dans cette famille qui accueille des voisins sinistrés, on garde espoir. "On est assez nombreux dans le village pour se serrer les coudes. Les camps où on donne de l'aide sont trop loin, on n'a pas les moyens d'y aller." "Je ne connais pas d'autre endroit pour vivre, et je n'ai même pas entendu parler de ces camps." "De toute façon, il faut qu'on laboure les champs, pour planter le riz en juillet. On ne sait pas si ça va marcher à cause de l'eau salée dans les rizières, mais on n'a pas le choix."

 

Mais la mousson en avance cette année complique un peu plus leur sort.

 

Alors que l'aide de l'étranger et du gouvernement arrive au compte-gouttes, c'est grâce aux dons de citoyens birmans que les sinistrés parviennent à survivre. A une demi-heure de la côte, le bourg principal vient de recevoir des dons collectés dans le nord du pays. Des centaines de familles des villages alentour ont été prévenues et sont appelées une à une. Il y a des vêtements, des biscuits, du riz… de quoi tenir quelques jours. L'organisation et l'autodiscipline sont impressionnantes. "Eux, ils sont cinq personnes, il faudrait…" "Ça vous l'enlevez, on leur donne pas… donnez juste ça, on fait notre travail très précisément… pour tous les villageois, c'est le même régime, pas d'exception." "Faites venir les gars de la donation. Il faut qu'ils contrôlent la distribution".

 

Alors que dans le delta de l'Irrawaddy, la population est livrée à elle-même, trois semaines après le cyclone, la junte birmane continue à limiter l'aide internationale et affirme contrôler la situation.

Mais à Rangoon, la propagande officielle ne fait plus illusion. Les premières images de la catastrophe filmées clandestinement par des citoyens birmans commencent à circuler. Des images choc et des premiers témoignages qui provoquent un véritable élan de solidarité nationale.

 

Autour de Rangoon en particulier, les Birmans se mobilisent. Groupes d'amis, entreprises, familles, se cotisent pour acheter des vivres et des produits de première nécessité. A chaque fois, ils sont accueillis en héros, même quand ils ne donnent que quelques biscuits ou des habits. "Ça, c'est nos propres habits qu'on donne. On les a collectés dans nos familles".

 

Un geste humanitaire tout simple. Et pour certains, comme cet homme, c'est un geste de défiance face à la junte qui tente de limiter l'accès aux victimes. Nous avons décidé de masquer son visage pour le protéger. "C'est difficile de savoir vraiment ce qui se passe dans le delta. On a entendu hier que les autorités interdisaient le transport des réfugiés vers Rangoon. A cause des risques de maladies et d'épidémies. Mais peut-être que c'est juste des rumeurs. C'est dur de savoir vraiment, parce que le régime ne communique pas." "Cest leur façon de gouverner. Ils ne veulent jamais que le peuple sache ce qui se passe. Le journaliste : "Et vous avez l'impression que les gens sont en colère ?" "Profondément… Nous sommes déçus, en colère… D'autant plus qu'on a entendu que seule une partie de l'aide humanitaire arrivait dans le delta. On veut aider, mais c'est interdit.'

 

Face aux flots d'initiatives privées, les autorités birmanes sont contraintes d'assouplir leur position. D'autant plus qu'elles n'arrivent pas à faire face à l'ampleur de la catastrophe et quà Rangoon, le mécontentement gronde. L'eau est devenue très chère. "Depuis le cyclone, tous les prix ont augmenté, tous".

 

Mais ces signes de colère ne mènent pas la population à protester. La répression en automne dernier a terrorisé de nombreux Birmans. A défaut de manifester, ils serrent les dents.

 

Dans les banlieues de Rangoon, les soupes populaires improvisées se multiplient. Parfois il s'agit d'initiatives pour le moins surprenantes, comme ici où les ivrognes du quartier se cotisent (non sans humour), pour faire une bonne action. Et ils s'en vantent sur un panneau. "On a arrêté de boire, nous, et avec l'argent on donne du riz." "Ici ils distribuent de la soupe de riz tous les jours, c'est pour ne pas déprimer. C'est pour les orphelins du cyclone et ceux qui ont perdu leur maison." "Et vous êtes aidés par des ONG ?" "Y a personne qui vient aider ici".

Dans un pays, où les autorités veulent créer un climat de suspicion, c'est aux moines que se confient les habitants. Des moines qui, en septembre dernier, déjà étaient à l'avant-garde des manifestations contre le pouvoir. Ils sont un maillon essentiel dans le réseau informel d'aide qui s'est créé après le cyclone. C'est dans les temples que de nombreuses victimes ont trouvé un refuge. Mais la junte n'apprécie guère ces regroupements de population et ne leur permet d'y rester que quelques jours.

 

Cette veuve a tout perdu et ne sait pas comment elle va s'en sortir. "Je vais devoir trouver quelqu'un qui me prête de l'argent pour reconstruire ma maison." "Mais à qui veux-tu demander ? On est tous dans le même cas, personne n'a de quoi prêter. Comment on va faire ?"

 

La junte estime que la phase d'urgence est passée et continue à filtrer l'aide venant de l'étranger.

 

Pourtant, l'ONU estime que plus de deux millions de Birmans ont besoin d'aide humanitaire. Pour le moment, ils se débrouillent grâce à la générosité de leurs concitoyens. Mais cette solidarité nationale risque d'être insuffisante pour une reconstruction durable dans le delta de l'Irrawwaddy.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Première publication : 05/06/2008

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