Lundi 01 décembre 2008

Rigoberta Menchú, prix Nobel de la Paix

Vendredi 13 juin 2008

Rigoberta Menchú, indienne Maya du Guatemala, est l'invitée d'Ulysse Gosset. Elle a reçu le prix Nobel de la paix en 1992 pour son implication dans la défense des droits des peuples autochtones.(2ème partie)

Vendredi 13 juin 2008






M. Ulysse GOSSET.- Bienvenue sur France 24, pour cette nouvelle émission et édition du "Talk de Paris".
Nous avons aujourd'hui le privilège de recevoir une dame qui est un symbole dans le monde entier, symbole de la lutte pour les Indiens d'Amérique latine : Rigoberta Menchu, prix Nobel de la paix, une indienne rebelle, une indienne Maya du Guatemala qui a consacré sa vie à défendre le droit des Indiens et qui, aujourd'hui, est avec nous.
Bonjour, Rigoberta Menchu.

Mme Rigoberta MENCHU.- Bonjour.

M. Ulysse GOSSET.- Aujourd'hui, vous êtes connue dans le monde entier. Vous avez été prix Nobel en 1992. Vous aviez, à l'époque, 33 ans et, l’an passé, vous vous êtes présentée à l'élection présidentielle au Guatemala, mais vous n'avez pas eu un grand succès, moins de 5 % des voix. Comment expliquez-vous cet échec et, aujourd'hui, quel est votre combat ?

Mme Rigoberta MENCHU.- Tout d'abord, l'idée était d'ouvrir une brèche afin de pouvoir créer un instrument politique pour les peuples indigènes du Guatemala. Nous sommes en train de construire notre mouvement. Lors des prochaines élections, on pourra avoir une véritable mesure de la participation des peuples autochtones. Les élections passées ont été une sorte de test, en quelque sorte, puisque c'est là que nous nous sommes lancés. Nous avons perdu la crainte de participer car, pendant tellement d'années, nous avions peur de participer aux partis politiques, aux élections. Je pense que pour les prochaines élections, il sera intéressant d'avoir un regard tourné vers le Guatemala.

M. Ulysse GOSSET.- Dans un pays où les Indiens représentent près de 60 % de la population, vous avez eu moins de 5 % des voix, pourquoi ? Est-ce que les Indiens sont divisés ? Comment expliquez-vous cela ?

Mme Rigoberta MENCHU.- Non. La plupart des partis politiques sont des transfuges. Il n'existe pas un seul parti solide au Guatemala. Il y a 14 candidats présidentiels ! C'est une crise du système démocratique. De nombreuses personnes voient les élections comme si c'était un hobby, quelque chose de peu sérieux. Au Guatemala, beaucoup de votes sont perdus. Les campagnes sont une simulation de démocratie. Nous-mêmes, nous ne payons personne. Nous y allons à pied. Moi-même, avant les élections, j'étais arrivée à couvrir 10 % du territoire. Je n'ai pas réussi à atteindre certaines communautés par crainte, par peur des conflits armés.

Pendant les élections partielles, j'ai réussi à couvrir 90 % du territoire ce qui, pour moi, fut déjà un énorme, un grand succès. Au moins, j'ai eu l'opportunité de parvenir jusqu'à toutes ces communautés. Maintenant, je n'ai aucun empêchement pour aller à elles.

M. Ulysse GOSSET.- N'y a-t-il pas une division des différentes communautés mayas dans le pays ?

Mme Rigoberta MENCHU.-  Non, il y a 22 langues au Guatemala et, pour chaque message que nous voulons véritablement faire parvenir à la population, nous devons faire un effort d'explication.
C'est ce que nous faisons demande plusieurs années, raison pour laquelle nous ne voyons pas de triomphe possible avant au moins deux prochaines élections. Peut-être y aura-t-il des triomphes plus tard.
Ce que nous pouvons faire, c'est accroître notre présence au Congrès de la République, dans l'administration publique et dans les municipalités, dans les mairies par exemple. Il ne s’agit pas tant de prendre le pouvoir en tant que tel. Pour ce faire, il faudrait que nous ayons beaucoup plus de ressources économiques et notre population est en marge de la participation économique. Nous en sommes très conscients. Le plus important, c'est que les personnes puissent voir que les partis politiques aussi sont une voix, un mécanisme. Les peuples indigènes peuvent également utiliser la voie des élections populaires pour faire partie intégrante du pouvoir. Cela ne s'était jamais vu dans le passé.
Nous ne croyons pas aux élections ; nous étions contre les partis politiques. Lors des dernières élections, nous avons cru, pour la première fois, à ces élections.

M. Ulysse GOSSET.- Aujourd'hui, vous avez 49 ans, vous êtes encore jeune. Allez-vous vous représenter lors du prochain scrutin en 2011 ? Allez-vous de nouveau être candidate à la présidence ?

Mme Rigoberta MENCHU.- Je crois que c'est possible, mais ce n'est pas encore une détermination qu'il me revient de prendre maintenant. Si, avant les élections prochaines, cela est décidé de cette façon par notre mouvement politique maya, s'il en est ainsi décidé par ce parti, je participerai très volontiers. S'il y a d'autres candidats, selon les objectifs que nous nous serons fixés, à ce moment-là… Je suis moi-même membre fondateur du parti politique WINAQ. Je suis en train de train de travailler à l’élaboration de ce parti ; nous travaillons à cette construction. En tant que militante du WINAQ, je ne serai peut-être pas nécessairement candidate, mais si on me le propose, je le serais très volontiers.

M. Ulysse GOSSET.- Aujourd'hui, quel est votre combat numéro 1 ? Quelle est votre priorité ?

Mme Rigoberta MENCHU.- L'articulation du mouvement politique WINAQ. Il s’agit d’un instrument politique maya et de l'articulation d'une alliance entre les différentes communautés. Pour moi, c'est une priorité. Il s'agit de l'organisation, mais également de la participation à la direction, à la tête pour que nous puissions participer à la politique et que nous ne soyons pas seulement les observateurs des politiques ou simplement les votants.
J'établis moi-même une différence entre le vote conscient et le fait de voter pour voter. Les personnes votent, en général, pour ceux qui leur offrent davantage de profits, qui leur donnent des avantages, mais c'est un mensonge ! Nous ne voulons plus de cela. Nous voulons un vote conscient, une organisation réelle.
Il y a aussi d'autres priorités, comme la malnutrition chez les enfants qui est extrêmement grave au Guatemala, la famine, la faim. Il y a beaucoup de luttes dans lesquelles nous nous sommes engagés : la lutte contre les mines, contre l'exploitation de la nature, le problème des terres. Tout cela provoque de nombreux conflits au Guatemala. Nous nous sommes engagés dans un grand nombre de luttes, et la lutte politique en est une. C’est du fait de la lutte politique que nous commencerons à participer.

M. Ulysse GOSSET.- Alors, justement, revenons sur votre parcours extraordinaire, difficile, proche de la tragédie souvent, avec ce portrait réalisé par deux journalistes de France 24 : Laurence Cuvilier et Clément Macé. Regardons ensemble ce portrait.

(Diffusion du portrait)

M. Ulysse GOSSET.- Rigoberta Menchu, lorsque vous voyez défiler toute cette carrière, toute cette vie, aujourd'hui, vous avez encore l'énergie pour vous battre ? Qu'est-ce qui vous motive encore aujourd'hui pour cela ? On vous voit en pleine santé, et vous portez toujours le costume traditionnel de votre pays. Aujourd'hui, qu'est-ce qui vous donne encore l'énergie de vous battre ?

Mme Rigoberta MENCHU.- Je vis pour les autres, je vis pour les personnes les plus pauvres, les plus modestes. Il y a des millions de personnes, chez nous, qui ont vécu un conflit armé sanglant, qui ont vécu un génocide. D'ailleurs, à l'Audience nationale d'Espagne, j'ai un procès actuellement en cours. J'ai déjà gagné un certain nombre de cas auprès des tribunaux de justice, notamment en Espagne, mais je lutte pour que le peuple soit heureux.
Je crois que ce peuple mérite de vivre et de quitter ce conflit. Les séquelles dues aux conflits armés sont encore énormes dans mon pays. Nous avons encore des fosses communes, des cimetières clandestins, beaucoup de violences locales, des grandes peurs, des craintes. C'est ce qui ne se voit pas lorsque l’on parle de la population en général. En réalité, derrière tout cela, il y a une situation très dure pour la population au Guatemala. Et c’est pourquoi je lutte.

M. Ulysse GOSSET.- Pensez-vous que votre sécurité aujourd'hui encore est menacée ?

Mme Rigoberta MENCHU.- Je crois que la situation la plus difficile au Guatemala est celle de la sécurité. La violence est extrêmement forte. On souffre de faim. La recherche d'un travail est également un problème. L'immigration est un phénomène incroyable. Mais la sécurité est un des problèmes les plus graves. Fort heureusement, je suis moi-même protégée ; j'ai à ma disposition la sécurité de l'Etat, j’ai des gardes du corps, la sécurité civile. D’ailleurs, on m’oblige à avoir de bonnes relations avec le ministère de l’Intérieur car ce sont eux qui sont chargés de ma sécurité personnelle, mais c'est également un symbole, un espoir pour le Guatemala. Le prix Nobel de la paix est un phénomène important pour nous.

Je suis une femme dans une lutte et, au fur et à mesure que l'opinion publique me connaît, la sécurité est plus difficile. Je suis moi-même mère d'un enfant qui, tous les jours, va à l'école. Pour moi, c'est un sujet de tension et de préoccupation permanente. C'est la vie, en quelque sorte, de tous les ressortissants du Guatemala, donc je ne me plains pas, car je suis une des femmes les plus protégées du Guatemala et je suis très reconnaissante de tout cela à l'Etat.

M. Ulysse GOSSET.- Je disais, au début de cette émission, que vous étiez devenue un symbole dans le monde entier.
Je vous propose d'écouter une question qui nous vient d'une jeune étudiante de l'IRIS, Institut de recherche internationale : Alexandra Fernandez Lozoya. Ecoutons-la ensemble.

Mme Alexandra LOZOYA.- Madame, en 2005, Evo Morales, un homme indigène, a été élu président de la Bolivie. Vous-même, vous vous êtes présentée à la présidence du Guatemala l'année dernière. Croyez-vous qu'une femme indigène puisse devenir présidente de Guatemala dans le contexte actuel ? Quelle est la voix politique des femmes indigènes en Amérique latine ?

M. Ulysse GOSSET.- Que pouvez-vous lui répondre ? Y aura-t-il, un jour, une femme présidente au Guatemala ?

Mme Rigoberta MENCHU.-  Je crois que oui.
Nous devons briser les tabous, certains schémas. Je suis certaine que beaucoup de personnes, beaucoup de femmes au Guatemala, sont extrêmement compétentes. Des femmes qui ont étudié à Harvard ou dans de grandes universités du monde sont là. Cependant, elles n'ont pas confiance en elles-mêmes eu égard à cette participation. Je crois que nous nous devons de rompre ces tabous, nous les femmes.
Je ne peux ne pas reconnaître qu'il existe un racisme contre les peuples indigènes, mais il y a aussi un racisme contre les femmes. Les femmes sont considérées comme incapables, incompétentes. Elles ont peur de participer à la politique. Il y a beaucoup de femmes qui croient que la politique est une affaire d'hommes, que c'est un travail d'homme. Je l'ai moi-même entendu. Pendant ma campagne électorale, j'ai entendu des femmes dire : "Comme c'est dommage car nous, les femmes, notre heure n'est pas encore venue de participer". Je suis d'accord avec elles, mais je crois que nous devons penser que nous pouvons gagner à tout moment.
Pour nous les femmes, gagner est une chose différente que pour les hommes. Pour les hommes, c'est gagner un poste ou quelque chose comme cela. Pour nous, c'est davantage car nous allons donner un exemple à nos enfants, à la jeunesse, car nous allons inviter les personnes à croire en elles.

M. Ulysse GOSSET.- Cette femme, ce pourrait être vous ?

Mme Rigoberta MENCHU.- Peut-être. Je ne dis pas non. Sans aucun doute, je suis moi-même entrée dans la politique pour y rester. Je ne me suis pas engagée dans la politique seulement comme ça. Je fais partie de la politique pour toujours maintenant. C'est une nouvelle carrière pour moi, un nouveau défi et je suis prête à participer de plusieurs façons dans la politique. J'invite les autres femmes à participer et je souhaite que d'autres d'entre elles aspirent, non seulement à la présidence, mais également à occuper d'autres postes publics, notamment au Congrès. J'aimerais beaucoup voir de nombreuses femmes envahir le Congrès, qu'il y ait des choses nouvelles.

M. Ulysse GOSSET.- D'ailleurs, en Amérique latine, il y a déjà cinq femmes présidentes ! La dernière est la présidente Argentine, Cristina Kirchner, qui vient d'être élue, mais il y a aussi Michelle Bachelet au Chili. Est-ce un vrai mouvement dans tout le continent ?

Mme Rigoberta MENCHU.- Oui. La question la plus importante est celle-ci : c'est nous, les femmes, qui allons faire un gouvernement avec des exemples de femmes ou des femmes en train de penser comme des hommes. C'est une question que nous nous devons de poser à toutes les femmes, et que nous devons nous poser, nous qui voulons faire de la politique.

M. Ulysse GOSSET.- Très bien. Rigoberta Menchu, nous arrivons à la fin de la première partie de cette émission. Je vous propose de regarder ensemble le journal de France 24 et nous nous retrouvons dans quelques minutes. A tout de suite.


M. Ulysse GOSSET.- Retour sur le plateau du "Talk de Paris" avec notre invitée, Rigoberta Menchu, prix Nobel de la paix en 1992, candidate à la présidentielle au Guatemala. Je rappelle que vous êtes Indienne maya. Vous incarnez l'autre voix de l'Amérique.
Il y a une femme dont on a beaucoup parlé en France et dans le monde entier aussi : Ingrid Betancourt, toujours otage en Colombie.
Etes-vous concernée par le combat d'Ingrid Betancourt et que pouvez-vous en dire aujourd'hui ? Avez-vous envie de lancer un appel, puisque vous êtes aujourd'hui à Paris ?

Mme Rigoberta MENCHU.- Tout d'abord, j'ai connu moi-même Ingrid. C'est une femme extraordinaire. J'ai eu l'occasion de parler avec elle et je regrette énormément cette situation. Toute femme doit se sentir indignée face à cette humiliation que subit Ingrid : la privation de sa liberté. C'est une femme qui est un symbole pour la Colombie, raison pour laquelle nous sommes solidaires et que nous avons invité toutes les femmes du monde à s'engager, à se prononcer. C'est une lâcheté de tout mouvement d'arrêter une femme publique, de l'enlever pour faire de la politique. Je crois que personne ne peut gagner de la sorte avec une méthode consistant à humilier les personnes de telle sorte.

M. Ulysse GOSSET.- Peut-on dire que le combat d'Ingrid est aussi votre combat ?

Mme Rigoberta MENCHU.- Oui, c'est aussi notre combat. La lutte d'Ingrid est la nôtre : il s'agit de liberté. On ne peut priver personne de sa liberté. Mais aussi, il faut respecter la vie des personnalités publiques. Il ne s'agit pas seulement d'Ingrid Betancourt, mais aussi d'une autre de mes amies qui a été assassinée au Guatemala. C'était une grande femme. Nous devons condamner ces actes. Nous devons exiger des peines de la part de la communauté internationale.

M. Ulysse GOSSET.- Que pouvez-vous dire aux FARC qui la détiennent, qui ont toujours Ingrid entre leurs mains et qui refusent de la libérer ?

Mme Rigoberta MENCHU.- Que c'est indigne de continuer à séquestrer une femme qui reçoit l'amour du monde entier qui demande sa libération. Ce n'est d'aucun bénéfice pour les FARC car cela ne crée que de l'indignation partout. Les FARC savent que nous répudions totalement ce type d'action, que nous sommes contre ce type d'acte. C'est un acte de lâcheté.

M. Ulysse GOSSET.- Il y a un président qui pourrait jouer un rôle important : le président Hugo Chavez du Venezuela. Avez-vous envie de vous adresser à lui pour qu'il intervienne pour faire libérer Ingrid Betancourt ?

Mme Rigoberta MENCHU.- En général, je respecte beaucoup les dirigeants de l'Amérique latine et leurs décisions, de même qu'ils ont respecté les miennes. Dans la mesure où nous pouvons tous nous engager dans une gestion viable, car souvent nous demandons des choses non viables, je crois que c'est la médiation que nous devons lancer si elle est utile et que l'on peut obtenir des résultats.

M. Ulysse GOSSET.- On sent qu'il y a entre vous et Hugo Chavez, le président du Venezuela, une vraie différence. En tout cas, vous vous êtes démarquée à plusieurs reprises d'Hugo Chavez. Qu'est-ce qui vous sépare ?

Mme Rigoberta MENCHU.-  Il s'agit de processus différents. Le Venezuela est un peuple différent du peuple guatémaltèque. Entre la Bolivie et le Guatemala, nous avons aussi des différences. Ce sont des réalités concrètes qui sont des différences, mais nous avons également des trajectoires de lutte différentes. Le mieux que nous pouvons faire est de créer une relation d'amitié et de respect également.
J’ai appris que les personnes ont le président qu'elles méritent. Si vous êtes vous-même président de votre pays, c'est parce que les personnes vous y mettent. Il faut donc que qu'elles soient conséquentes avec les personnes qu'elles élisent.

M. Ulysse GOSSET.- Il y a une autre grande figure d'Amérique latine : le président du Brésil, Lula. Il a, aujourd'hui, une image assez controversée en raison des biocarburants et de la façon dont le Brésil les exploite qui, peut-être, fait tort à la forêt amazonienne. Je voudrais vous proposer d'écouter ensemble une question de Jean-Patrick Razon, l'un des dirigeants de l'organisation Survival, à propos des biocarburants.
Ecoutons-le l'ensemble.

M. Jean-Patrick RAZON.- Bonjour Rigoberta Menchu. Le forum des Nations Unies sur les questions autochtones, qui s'est réuni début mai à New York, a dénoncé les violations des Droits de l'Homme et les spoliations des territoires des peuples autochtones liées à la production d'éthanol.
On sait que le président Lula, dont le pays est le deuxième producteur mondial de biocarburants, est tout à fait d'accord avec cette politique de biocarburant. Il dit même que la culture des biocarburants n'a rien à voir avec la crise alimentaire mondiale. Pensez-vous que sa position est la bonne ?

M. Ulysse GOSSET.- Que pensez-vous de toute cette polémique sur les biocarburants et, en particulier, sur ce qu'en fait le Président Lula ?

Mme Rigoberta MENCHU.- Je soutiens tout ce qui est énergie renouvelable, c'est-à-dire les autres sources d'énergie pour pouvoir continuer à aller de l'avant. Je sais que nous avons besoin de beaucoup d'énergie. La crise avec le prix du pétrole est une grande crise. Elle ne fait que renchérir le panier moyen des ménagères.
En revanche, j'émets des réserves sur les biocarburants. C'est une question très délicate en effet car, à l'avenir, il faut donner des aliments aux personnes. Nous sommes entourés de personnes qui vivent de la terre, du maïs, de la production de la terre. Mais si ce ne sont pas elles qui sont dans cette affaire, je crois qu'il y aura toujours des riches plus intéressés par l'exploitation de la technologie que par les personnes.
Que faire pour que l'être humain soit véritablement au coeur de toutes nos actions ?
C'est une question d'équilibre.

M. Ulysse GOSSET.- L'une des grandes préoccupations, en Amérique latine et dans le monde, porte sur la déforestation. Je vous propose d'écouter une autre question sur ce thème lié, une question de Gilles Moineau du Fonds mondial pour la nature. Ecoutons-le ensemble.

M. Gilles MOINEAU.- Rigoberta Menchu, bonjour. L'Etat a imposé aux communautés locales et aux sociétés forestières qui souhaitaient exploiter la forêt de la réserve des Mayas au Guatemala d'être certifiées FSC, c'est-à-dire de prendre en compte les enjeux sociaux et environnementaux. Sachant qu'il s'agit d'une démarche habituellement volontaire, comment cela a-t-il été perçu par les Mayas et cela a-t-il généré des conflits avec les grandes sociétés forestières présentes ?

Mme Rigoberta MENCHU.- Tout d'abord, je crois que les entreprises ont surexploité la nature. Ce fut un véritable saccage. Il y a eu une dévastation de la nature, sans tenir compte des populations. Les luttes pour protéger notre mère nature sont inhérentes depuis nos ancêtres ; c'est une lutte ancestrale.
Nous sommes donc engagés dans cette lutte. Nous avons fait nôtre la lutte de la défense de la mère nature, parce que c'est notre maison, notre foyer, notre mère ; personne ne peut porter atteinte à sa mère.

M. Ulysse GOSSET.- Vous êtes à Paris aujourd'hui pour participer au lancement officiel de la Fondation de Jacques Chirac, l'ancien président français. Vous êtes membre du Comité d'honneur de cette Fondation. Votre combat dans ce domaine est celui de la défense des langues.
Il faut dire qu'à travers le monde, il y a actuellement 6 000 langues et qu'elles vont disparaître si rien n'est fait pour les protéger. On parle d'une véritable "hécatombe des langues". Pour vous, dans votre pays, est-ce aussi une vraie priorité, un combat ? Pouvez-vous nous expliquer pourquoi vous avez accepté de faire partie de cette fondation et quel est votre objectif en la matière ?

Mme Rigoberta MENCHU.- Tout d'abord, le président Chirac est un ami, un dirigeant au plan mondial, un leader qui a un message à transmettre à l'humanité. Il a toujours été l'allié des indigènes, des peuples autochtones ; il a toujours été mon allié.
Chaque fois qu'il est allé au Guatemala pour moi, il a été un abri. Il m'a toujours donné ma place. Beaucoup de personnes ne me donnent pas ma place car je suis indigène, car je suis femme. Lui a toujours été engagé dans cette même lutte qui est la mienne.

M. Ulysse GOSSET.- Vous êtes impliquée dans un programme intitulé "Sorosoro". C'est un mot d'une langue de Vanuatu. Pour vous, Indienne maya, là-bas, dans les montagnes des Andes, cette défense des langues est-elle très importante ?

Mme Rigoberta MENCHU.- Oui, tout à fait. Nous avons une Académie de langue maya, un calendrier maya. D'ailleurs, aujourd'hui, c'est la douzième énergie du quatre qui signifie "le réseau", "l'union de différentes forces". Il est important de savoir que nous avons des réussites, des succès, que nous sommes fermes dans la défense de nos langues. On dit, en maya, que les choses passent par les langues, sinon cela ne passe nulle part.

M. Ulysse GOSSET.- En 2008, une télévision maya a même été créée. Vous l'avez vue : est-elle bonne ? Est-ce qu'on va la regarder partout dans le monde ?

Mme Rigoberta MENCHU.- Nous sommes en train d'apprendre, nous sommes dans la phase d'apprentissage de la technologie et ce n'est pas facile. Il faut beaucoup de ressources et préparer les personnels. Beaucoup de personnes n'ont pas été journalistes, n'ont pas suivi de cours. Nous avons besoin de journalistes mayas.

M. Ulysse GOSSET.- Allez-vous faire des telenovelas en maya pour les Indiens des Andes ?

Mme Rigoberta MENCHU.- J'aimerais beaucoup ! J'aimerais beaucoup que l'on puisse faire passer un message. Il ne s'agit pas seulement de montrer ce qui est bon, mais de transmettre des valeurs.
Il faut reconnaître ce succès : c'est la première fois que nous avons une télévision maya, "TV Maya". Nous souhaitons que d'autres initiatives voient le jour. Notre science maya est vivante ; rien n'est mort. On pensait que nous étions morts, mais non, nous sommes vivants : nous pensons, nous vivons ! Nous avons un système que nous voulons partager avec les autres.

M. Ulysse GOSSET.- Le combat des Indiens en Amérique latine a évidemment été récompensé par l'élection d'un président, cette fois en Bolivie avec Evo Morales. Je vous propose d'écouter une autre question sur ce mouvement indien et, également, sur les personnes qui y sont opposées. Cette question émane de Jean-Patrick Razon de l'organisation Survival.
Ecoutons-le ensemble.

M. Gilles RAZON.- Bonjour Rigoberta Menchu. Depuis une dizaine d'années, le mouvement indien est projeté dans toute l'Amérique latine avec des succès et des insuccès.

Quelles leçons pouvez-vous en tirer pour l'avenir et, notamment, avez-vous une idée de ce que va devenir l'expérience bolivienne avec Evo Morales dans un pays qui devient extrêmement anti Indiens ?

Mme Rigoberta MENCHU.- Je crois que les erreurs que nous faisons, les erreurs que j'ai moi-même commises pendant les dernières élections, les erreurs d'Evo Morales, toutes nos erreurs sont une bonne chose pour les générations futures, pour qu'elles puissent les surmonter, mais nos succès sont également un bonheur pour les peuples. C'est une bonne chose. Nous pouvons gagner lorsqu'il y a des problèmes et également en cas de succès.
Comment améliorer l'avenir ?
Nous devons avoir davantage d'échanges, de partages. Ce n'est pas une élection électorale qui donne une dignité au peuple. Il y a plus de 500 ans de retard, de marginalisation de ces peuples qui n'ont pas participé au système occidental. L'Occident a voulu nous unifier, nous mettre un uniforme, avec une monolangue, une monoculture. Nous ne sommes pas monoculturel, mais pluriculturel. Tout cela est difficile.

M. Ulysse GOSSET.- Evo Morales est en difficulté en Bolivie. Etes-vous préoccupée ? Pensez-vous qu'il risque de perdre le pouvoir de façon non démocratique ? Y a-t-il encore un danger ?

Mme Rigoberta MENCHU.- Oui, le racisme, la discrimination et, surtout, la marginalisation. Le fait de toucher de près le pouvoir économique, le pouvoir, car beaucoup de ces pouvoirs ne sont pas l'expression des personnes, représentent toujours un danger, un très grave danger, raison pour laquelle il y a des manipulations face à tous les problèmes auxquels est confrontée la population. Ce n'est pas facile pour notre ami Evo Morales.

M. Ulysse GOSSET.- Vous pensez qu'Evo Morales est en danger ?

Mme Rigoberta MENCHU.- Je crois qu'il est en danger de façon permanente car on ne le laisse pas travailler, ni faire librement ce qu'il voudrait faire. Il est jugé constamment.
Lorsqu'il y avait des dictateurs ou des fils qui héritaient de l'Amérique, personne ne les jugeait, mais un indigène, un Indien est observé à la loupe ! De même que l'on observe à la loupe une femme d'ici, une femme présidente, une femme qui dirigerait un pays ! On exigerait d'elle vingt fois plus de perfection qu'un homme.
Tous ces préjugés, toute cette discrimination, cette manipulation, cette perversité, puisqu'il s'agit vraiment de perversité, des politiques traditionnelles de l'Amérique latine, tout cela nous met en danger.
Que veulent les pouvoirs ?
Couper la tête des mouvements en leur faisant perdre leur prestige, en les discriminant. Nous sommes solidaires d'Evo Morales, comme nous le sommes vis à vis de tout frère qui serait mis en danger par les politiques traditionnelles.

M. Ulysse GOSSET.- Attendez-vous quelque chose de l'Europe ?

Mme Rigoberta MENCHU.- J'attends que l'Europe soit solidaire, qu'elle nous soutienne. J'aimerais d'ailleurs ouvrir une porte avec les partis politiques d'Europe. J'aimerais envisager la possibilité que l'on nous soutienne pour créer des mouvements, pour lancer nos dirigeants, nos leaders, de sorte que l'Europe aille de l'avant, mais en solidarité avec nous.

M. Ulysse GOSSET.- Rigoberta Menchu, merci beaucoup d'avoir participé au "Talk de Paris" ici, dans ce lieu formidable et magique, le musée du quai Branly.

Mme Rigoberta MENCHU.- Merci beaucoup.
C'est un honneur pour moi d'être ici. Je transmets des voeux pour la Fondation Chirac à toutes les personnes qui luttent en faveur de ces causes que nous voulons relancer dans le monde. Merci de m'accorder une interview aussi longue à la télévision. Je crois que c'est la première fois et je suis très fière !

M. Ulysse GOSSET.- C'est le rôle de France 24 et du "Talk de Paris". Merci encore.
Je vous dis "à très bientôt" pour une nouvelle édition du "Talk de Paris".

 

 

  • 20/09/2008 21:15:00 Signaler un abus

    Nobel de paix .

    Une simple pensée , je ne pense pas qu'il y ai une paix qui couvre de ses bien la terre!
    -à quel salaire se limiterait un être humain pour laisser le surplus aux autres ayants droit ?
    - qui aime aux autres exactement comme il aime pour soi même ?
    - qui éprouve une douleur et l'affecte, lorsque une mère pleure de désespoir de retrouver un enfant disparu ?
    - comment composer avec les gouvernants voyous ,qui arrivent au pouvoir par la voie de subterfuges , les armes , et les crimes impunis .
    - l'homme est la seule créature qui incarne un ange et un satan , comment l'exorciser et le désenvouter ,
    autrement que l'usage des armes ,avec lesquelles il est parvenu à terroriser les autres ?

  • 14/09/2008 21:05:27 Signaler un abus

    information

    pas des commentaires a faire

  • 24/06/2008 03:38:09 Signaler un abus

    Je ne comprend pas, Rien la connait bien.

    Mme Rigoberta MENCHU n ´est pas aime au Guatemala , elle a dit mensonges. Ou est la voix des autres tribes , le xincas , mam , pocmam? Elle parle d ' union entre les peuples mayas mais la realite est contraire. L'agrupation politique WINAQ est utilisse seulement pour les desir de Mme. Menchu , le project Menchu est individuelle.Pas inclusif . Cette verite est la raison par laquelle les peuples mayas la rejete. Toujour elle a pense on elle meme. Je suis certain que l'espoir du developement de Guatemala est dans le peuples indigenes. Mais Mme. ne les defend pas. Elle est une mirage.

  • 22/06/2008 23:50:40 Signaler un abus

    Excellent!

    Formidable interview, faisant preuve de la qualité de France 24.
    ¡Muchos ánimos Rigoberta!

  • 20/06/2008 23:14:08 Signaler un abus

    Originalite de France 24

    Je félicite France 24 pour son approche qui consiste a donner la parole aux personnes de n’importe quel pays qui ont fait des contributions significatives au niveau communautaire, nationale et internationale. France 24 , vous etes sur la bonne voie et vous etes unique. De cette manière France 24 est pour tous. Il faut continuer sur cette voie qui vous donne votre propre originalité.

  • 19/06/2008 18:52:00 Signaler un abus

    Hommage à une femme d'exception

    Rigoberta Menchu a travaillé dès l'âge de cinq ans dans de vastes domaines agricoles, où décedent deux de ses frères.Elle a donc vu au cours de sa vie des évenements atroces qui ont justement forgés sa personnalité si forte.En effet, elle est militante pour la paix et elle nous démontre avec quelle courage elle défend ses idées.Contre toute attente elle se présente en 2007 à l'élection presidentielle, faisant preuve d'audace et de détermination.Ce n'est pas comme je l'ai vu dans une réaction précédedente une "imposture", car elle fait partie du peuple elle est donc tout à fait légitime à le défendre.Mme Menchu continuez votre combat il nous ménera vers un monde meilleur je n'ai qu'un mot à dire:Bravo!

  • 17/06/2008 21:24:17 Signaler un abus

    a madame Rigoberta menchu

    madame ,vous une femme admirable .merci pour votre action.j'ai beaucoup de cosidération et de respect pour
    votre engagement envers les plus menacés.

  • 17/06/2008 15:48:01 Signaler un abus

    Du flan !

    Rigoberta Menchu et son pretendu combat pour l'emancipation des indiens ne sont qu'une imposture.
    Toute personne a peu pres bien informee (et je pense qu'Ulysse Gosset l'ait) sait cela !
    Le personnage de Rogoberta Menchu et sa pretendue vie miserabiliste ne sont que pure invention.
    A 20 ans et quelques, elle publiait une autobiographie dont il est avere que les passage les plus croustillants (son frere mourrant de malnutrition devant ses yeux eplores) ne sont que de la pure fiction (son frere a depuis ete retrouve bel et bien vivant).
    En Amerqiue Latine, son discours est inaudible et son credit est voisin de zero meme parmi les communautes qu'elle pretend defendre !
    Pourquoi croyez-vous qu'elle n'a fait que 5% a l'election presidentielle du Guatemala : a cause d'un complot des riches familles d'ascendance espagnole ?
    Cette interview sans aucun recul deshonore France 24.
    A quand une interview du sous-commandant Marcos, alias Rafael Guilen, fils de petits bourgeois de Mexico (pere negociant en meubles) et professeur de philosophie (avant de passer dans le "maquis") a l'UNAM, la grande universite publique de Mexico.

    Nous (je) attendons plus de la part d'une chaine comme France 24 !!

  • 16/06/2008 23:44:00 Signaler un abus

    POUR RIGOBERTA MENCHU

    La France est mal placée pour jouer aux DEMOCRATES AVEC SOUS LES BRAS LES AMERINDIENS DE GUYANE ET DE LA CARAIBES et des Kanaks de Nouvelle Caledonie QUI ONT VU UNE PARTIE DES LEURS EXTERMINES ET LEURS TERRES VOLEES,CRIMES POUR LE MOMENT RESTES IMPUNIS.!
    JE DOUTE QUE RIGOBERTA MENCHU AVALISE CES FAITS!

  • 16/06/2008 12:23:25 Signaler un abus

    Rigoberta comme Judith

    Rigoberta MENCHU fait partir des femmes à encourager. dans leur combat.Ella a besoin du soutien de la communauté internationale pour diriger un jour son pays. On peut compter sur elle.


 

 

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