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L'astre Oum Kalsoum continue de briller

Texte par Amara MAKHOUL-YATIM

Dernière modification : 01/11/2008

La grande chanteuse égyptienne continue de susciter les passions, plus de trente ans après sa mort. A l'occasion d'une exposition consacrée à Oum Kalsoum, à l'Institut du monde arabe de Paris, FRANCE 24 a rencontré ses jeunes fans.

Aabed n’en finit pas de succomber : "J’aime passionnément Oum Kalsoum. Non seulement pour ses talents mélodieux, mais aussi parce qu’elle symbolise un passé heureux ". Ingénieur aéronautique de 25 ans établi à Toulouse, Aabed Souda déguste à satiété les albums de la diva. En écoutant les chansons de l’"Astre de l’Orient", ce Syrien mélomane se replonge, ce faisant, dans ses plus beaux souvenirs. Parce qu’elle lui rappelle une tranche de vie heureuse, Oum Kalsoum est devenue "indispensable" à sa vie.

Wadee Torbey, 29 printemps, ne jure que par l’artiste. L’écouter lui "procure l’ivresse". Autant qu’Aabed, ses journées sont rythmées des airs d’ "Al-Atlal" (Les ruines) et de "Inta Kalbi" (Toi, mon cœur), succès parmi tant d’autres qui ont jalonné la carrière d’Oum Kalsoum. "Elle fait aimer la vie", explique ce jeune Syrien, professionnel de l’hôtellerie.

Ce sont bien des jeunes qui évoquent avec passion celle qui s’est éteinte il y a plus de 30 ans, à l’aube du 3 février 1975. Ce jour-là, des millions de personnes ont suivi ses funérailles dans la douleur. L’Institut du monde arabe à Paris rend hommage à la plus grande diva du monde arabe par une exposition-spectacle, du 17 juin au 2 novembre 2008. La capitale française est d’ailleurs l’unique ville où Oum Kalsoum ait chanté en dehors du monde arabe, en 1967 à l’Olympia.

La voix d’Oum Kalsoum a largement dépassé les frontières de l’Egypte. Celle qui a chanté dans la plupart des grandes capitales arabes a nourri l’enfance des jeunes arabes. "J’ai été habitué à écouter Oum Kalsoum depuis l’enfance, surtout chez mes grands-parents", se souvient Aabed. "Elle était toujours présente lors de nos soirées, comme un élément dont on ne peut se passer". Oum Kalsoum appartient à chaque famille qui a développé une histoire particulière avec elle.

 

 "Une chanson que l'on ne trouvera plus"

Celle que l’on surnomme "l’Astre de l’Orient" serait née vers 1904 - la date est incertaine, des biographies avancent celle du 31 décembre - dans le petit village de Tmaïe al-Zahayira (delta du Nil). Fille d’un imam de mosquée, elle commence à chanter très jeune, interprétant des chants religieux musulmans. En 1923, elle s’installe au Caire pour lancer une carrière à la hauteur de son talent vocal.

 
Le visage de la musique et de la culture arabe aura connu un long chapitre égyptien : les rois Fouad et Farouk, la révolution de 1952, les mandats de Nasser et Sadate. Profondément égyptienne, Oum Kalsoum a consacré le tiers de son répertoire des années 60 à des thématiques patriotiques. Elle est notamment connue pour son soutien indéfectible à Nasser, qui lui vouait une grande admiration.
 
Dès ses débuts, elle choisit ce qui sera sa couleur, la force de son art : la poésie. Tout au long de sa carrière, elle mettra en valeur la grande poésie d'inspiration musulmane, en interprétant autant les vers d’Abu Firas al-Hamadani, poète aleppin du Xe siècle, que les quatrains d’Omar Khayyam ou encore les poèmes d’Ahmad Shawqi (1868-1932), le "prince des poètes". Dans l’émotion dégagée par sa voix, les mots acquièrent toutes leurs forces. Admirateur dans l’âme, Georges Hatem, 39 ans, réalisateur libanais, est un fidèle auditeur d’Oum Kalsoum. Il aime l’artiste "parce qu’elle ressent incroyablement les mots qu’elle chante, de la grande poésie".

"A l’écoute de la première note, on est emporté. On ne résiste pas à l’envie d’aller jusqu’au bout", assure Ghada Naman, Syrienne de 33 ans, doctorante en littérature française. Oum Kalsoum symbolise à ses yeux "une chanson que l’on ne trouvera plus, de l’art véritable et total. C’est pour cela que les jeunes l’écoutent."

Des circonstances favorables

Oum Kalsoum a connu l’apogée de sa gloire dans un contexte exceptionnel. "Elle était entourée des plus grands compositeurs et poètes orientaux ", rappelle Wadee Torbey. Elle a collaboré avec Ahmed Rami et Zakariya Ahmed, mais c’est Mohammed al Kasbagi qui l’initiera au luth et deviendra son compositeur. A la demande expresse du président Nasser, elle travaillera avec un autre monument de la musique arabe classique, Mohammed Abdel Wahab.

Son cheminement a d’autant plus impressionné que le paysage musical arabe était, pour l’essentiel, masculin. "Les voix féminines étaient rares à l’époque", rappelle Georges Hatem. Cela lui a valu un soutien sans ambages, car "il n’y avait personne d’autre qu’elle sur la scène". "D’ailleurs, face à elle," note  Georges, "il n’y avait pas vraiment de place pour une autre femme". 

Une musique et un message universels

Attachée, tout au long de sa carrière, à l’exigence de qualité, Oum Kalsoum a su aborder la modernité. Aujourd’hui encore, ses disques se situent en bonne place en termes de ventes dans tous les pays arabes. Selon Georges Hatem, sa génération préfère les chansons tardives de la chanteuse : "la musique devient plus familière à l’oreille." Dans Enta Omri, l’une de ses chansons les plus célèbres et fruit de sa première collaboration avec Mohammed Abdel Wahab, la guitare fait son apparition alors même que les critiques le lui déconseillaient. Et d’après Georges, "c’est précisément ce qui a fait le succès de la chanson".

Oum Kalsoum rappelle à Georges tous les moments de sa vie. "Les moments heureux comme les malheureux, car, explique-t-il, elle ne compte pas uniquement dans les moments difficiles. Ses chansons parlent toujours aux jeunes car elle sait très bien raconter la souffrance et c’est intemporel." "Ce qui est amusant, enchaîne Aabed, c’est que lorsqu’on voit un jeune écouter Oum Kalsoum la nuit, on pense tout de suite qu’il est amoureux!".

Première publication : 16/06/2008

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