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Les médecins étrangers, praticiens de seconde zone en France

Dernière modification : 18/06/2008

Face à la pénurie de médecins, la France recrute à l'étranger. Mais ces praticiens, sans lesquels le système de santé hexagonal serait en faillite, se heurtent à des problèmes de salaire et d'intégration. (Reportage : G. Desqueyroux-Quidu)

Dans les années 80, l’Etat français décide de réduire le numérus clausus, c'est-à-dire le nombre d’étudiants admis en seconde année de médecine. De presque 9 000 à la fin des années 70, il s’effondre à 3 500 en 1993. Le principe de cette mesure : s’il y a moins de médecins, il y aura moins de prescriptions et donc… la sécu fera des économies !  

C’était ignorer l’augmentation de la population, et surtout son vieillissement. La part des personnes âgées de plus de 85 ans va doubler d’ici à 2020.

A cette pénurie liée au numérus clausus en baisse, va s’ajouter le départ en retraite des chirurgiens issus du baby-boom. En effet, la moyenne d’âge d’un chirurgien aujourd’hui est de 51 ans. La France est donc obligée de se tourner vers l’étranger pour recruter ses médecins.

15 000 médecins étrangers

La France compte aujourd’hui 15 000 médecins étrangers. Parmi eux, 7 000 ont obtenu leur  diplôme hors de l’Union européenne. On les appelle les Padhue (Praticiens à diplôme hors Union européenne). Un tiers des Padhue  vient du Maghreb, un autre tiers d’Afrique noire. Le dernier tiers se partage entre le  Proche-Orient et autres pays du monde.
 
Ces médecins travaillent exclusivement dans les hôpitaux et n’ont pas le droit d’exercer dans le secteur privé.

En théorie, ils ne peuvent pratiquer que sous l’entière responsabilité d’un chef de service. En réalité, dans la plupart des cas, ils exercent livrés à eux-mêmes.

Des problèmes de statuts différents selon le pays d’origine

Le docteur Joseph Bakar, de nationalité syrienne, est gynécologue obstétricien. Il exerce depuis cinq ans en région parisienne. Son titre : assistant spécialiste associé.  Même compétence, même travail que ses collègues français mais son salaire est divisé par deux. Pourtant, ce ne sont pas les diplômes qui lui manquent. Pour obtenir les mêmes statuts que ses collègues français, Joseph Bakar n’a d’autre choix que de passer une série d’épreuves écrites pour pouvoir s’inscrire au conseil de l’ordre des médecins.

La situation du docteur Sylviu Bouzatou, anesthésiste roumain qui n’a jamais exercé en France, est beaucoup plus simple : son pays a intégré l’Union européenne le 1er janvier 2007. S’inscrire au Conseil de médecins ne lui prendra qu’une demi-heure. Un coup d’œil à son dossier et un rapide test de ses connaissances en français seront suffisants.

Ecarts de salaire, difficultés d’intégration

Le gouvernement français reconnaît au docteur Joseph Bakar la responsabilité de donner la vie, mais ne lui octroie que 2 400 euros brut par mois, soit moitié moins que ses collègues français ou de l’Union européenne. De plus, les heures effectuées au-delà des 35 heures, appelées plages additionnelles, lui sont payées 70 euros, contre  200 pour ses collègues chirurgiens français ou originaires de l’UE.

La Halde (la Haute Autorité de Lutte contre les Discriminations et pour l'Egalité), dont l’avis n’est que consultatif, a qualifié cette situation d’injuste et de discriminatoire.

Qu’ils soient de l’UE ou pas, reste un problème crucial : celui de la langue. Difficile dans ce cas de poser un diagnostic. Sylviu Bouzatou doit encore perfectionner son français. Il a été recruté via un organisme spécialisé dans le centre hospitalier de Château-Thierry, qui manque cruellement de médecins. Dans ce centre hospitalier, 50% des effectifs est d’origine étrangère, venant de quinze pays différents : Russie, Madagascar, Egypte, Bénin...

Après quinze jours de cours intensif de français, le médecin roumain exerce à l’hôpital mais il n’est pour le moment pas à la hauteur des espérances. En plus de ses difficultés linguistiques, il connaît mal le matériel sur son nouveau lieu de travail. Qu’importe. Tout est fait pour le retenir.

Drame pour le pays d’origine

Sans ces médecins étrangers, le système de santé français serait en faillite. Mais un médecin étranger qui arrive en France, c’est aussi un médecin qui quitte son pays.

Les pays d’origine souffrent de l’expatriation de leurs personnels de santé. Pour l’Afrique, déjà mal en point, cette hémorragie est dramatique. Il y aurait plus de médecins béninois dans la seule région parisienne que dans tout le Bénin. Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), il manquerait quatre millions et demi de personnel dans les pays du Sud.

En France,  en attendant que le numérus clausus soit relevé pour pallier cette pénurie, le recours à ces spécialistes étrangers ne peut pourtant que s’accélérer.

 

 

 

 

Retrouvez également "Les médecins étrangers au chevet de notre santé", le reportage de Géraldine Desqueyroux-Quidu dans le Magazine VSD.

Première publication : 18/06/2008

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