Rendez-vous

Rejouer


LES DERNIÈRES ÉMISSIONS

L'ENTRETIEN

L’État turc est "extrêmement faible", selon l'historien Edhem Eldem

En savoir plus

L’invité du jour

Turquie : "Des fraudes sont possibles, mais qui ne remettent pas en cause le résultat"

En savoir plus

L'INFO ÉCO

L'économie turque en surchauffe

En savoir plus

Pas 2 Quartier

La ferme plutôt que du ferme

En savoir plus

DANS LA PRESSE

"Déclassifions les archives sur le génocide rwandais"

En savoir plus

DANS LA PRESSE

Crise migratoire en Europe : le "crash test" ?

En savoir plus

LE JOURNAL DE L’AFRIQUE

Côte d'Ivoire : l'eau coule à nouveau des robinets à Bouaké

En savoir plus

UNE SEMAINE DANS LE MONDE

Élections en Turquie : Erdogan est-il toujours l'homme fort du pays ?

En savoir plus

7 JOURS EN FRANCE

Devenir Français, mode d'emploi

En savoir plus

La montagne maudite de Saïda

Dernière modification : 25/06/2008

La ville de Saïda au Liban est défigurée par une montagne d'ordures de 50 mètres de haut et de 375 mètres de long. Une plaie qui affecte aussi bien la santé que l'activité économique. (Reportage : Jean-Marie Quemener, Mohamad Hanoun)

Au Liban, Saïda a des allures de carte postale avec son port de pêche gardé par un vieux fort croisé. Une carte postale… et un tas d’ordures. Ici, on l’appelle la "Montagne", le Djebel. Elle se dresse à la sortie sud de la ville, atteint 50 mètres de hauteur et sa base occupe 375 mètres du bord de mer. Près de 600 000 mètres cubes de déchets : le volume d’un lac moyen en France.


Une quarantaine de Palestiniens, pauvres parmi les pauvres, y travaillent. L’un d’eux, Mohamad a passé presque toute sa vie dans les ordures. "Ça fait quinze ans que je viens ici. Je ramasse de l’aluminium, du plastique pour les vendre. Tout ça pour nourrir nos enfants. On se tue pour 10 000 (environ 5 euros par jour), 7000 livres", raconte-t-il.

Les pêcheurs ont vu grandir la montagne et fuir le poisson. Et le tas d’ordures, dont des pans entiers tombent régulièrement dans la mer, ne se contente pas de polluer les côtes libanaises. Le docteur Nasser Hammoud tire la sonnette d’alarme depuis des années : "On a retrouvé ses ordures dans tout le pourtour méditerranéen. C’est une catastrophe absolue pour nous et pour la Méditerranée".

 

Autour de cette montagne maudite, trois hôpitaux. Le docteur Wehbe Shuayb, directeur de l’un d’eux, a constaté une augmentation des cas de cancer et des problèmes respiratoires récurrents.

Si la santé des habitants est affectée, l’économie locale n’est pas épargnée. Difficile de faire avaler du poisson aux touristes quand ils on jeté un coup d’œil à la montagne ou aux déchets qui traînent en mer. "Le dépotoir cause des catastrophes en mer. C'est terrible pour les pêcheurs. Les filets se déchirent et se détruisent sans que personne ne nous indemnise", souligne Hassan Mohamad Chaaban, un pêcheur.

Résultat : les anciens pêcheurs viennent grossir les rangs des chômeurs. Le maire, quant à lui, se heurte à l’inextricable complexité confessionnelle libanaise. "Si vous prenez les déchets de Saïda pour les mettre à Ghaziyé, là, vous aurez des déchets sunnites qui iront en zone chiite. Si vous les mettez, disons, à Zeghidraya, ce sont des déchets musulmans qui vont en zone chrétienne … ", se désole Nazih el Bizri, maire de Saïda.

Les quelques solutions envisagées n’ont jamais abouti comme cet incinérateur construit, en face de la montagne. Les évènements de ces dernières semaines, le redémarrage des institutions du pays pourraient enfin permettre à Saïda de respirer. D’autant plus que l’environnement n’est pas ici sujet à polémique. Ce n’est d'ailleurs pas un sujet du tout.


Et c’est paradoxalement le meilleur atout de ceux qui veulent en finir avec la montagne maudite.

Première publication : 19/06/2008