19 juin 2008 - 20H32
- Bertrand Delanoë - France - PS - Ségolène Royal

Cambadélis : "le Congrès de Reims est mal barré" (script)
Echapper au duel Delanoë-Royal au parti socialiste ? Voilà ce qu’espèrent plusieurs barons du PS qui ont créé le camp des "reconstructeurs". Jean-Christophe Cambadélis, invité de l’émission Politiques, s’explique.

 

Roselyne FEBVRE.  Bienvenue sur le plateau de "Politiques" avec Jean Christophe Cambadélis, député socialiste de Paris, proche de Dominique Strauss Kahn. Vous faites aussi partie de cette nouvelle chapelle du parti socialiste, les « Reconstructeurs ». Nous allons en parler.
Avant toute chose, voyons l'actualité sociale car mardi, il y a eu une journée de grève pour les retraites et la défense des 35 heures. En dépit d'un appel du Parti socialiste à participer à cette manifestation, les leaders principaux du PS étaient aux abonnés absents. Vous, vous y étiez, je tiens à le dire… Vous avez tous, quasiment, brillé par votre absence. Certains, au Parti socialiste, ont crié à la désertion.

Jean Christophe CAMBADELIS.  Désertion, c'est un grand mot ! Le Parti socialiste a l'habitude, malheureusement, de ne pas appeler à ce type de manifestation par respect des organisations syndicales, pour ne pas politiser les mobilisations.

Roselyne FEBVRE.  Ah ! C’est nouveau ça.

Jean Christophe CAMBADELIS.  Non, non, au contraire ! Il fut un temps où on appelait aux manifestations. Depuis maintenant sept ou huit ans, on s’est arrêtés d’appeler à…

Roselyne FEBVRE.  Pour le CPE, vous vous étiez bien mobilisés.

Jean Christophe CAMBADELIS.  Souvenez vous, le Parti socialiste – c’était assez ridicule – était sur un trottoir. On regardait les manifestants… Bref. Si on fait partie de la gauche et que l'on estime qu'il y a une gauche sociale, même si les syndicats ne sont pas toujours d’accord, il faut y aller.
Le problème est plus grave que cela. Si tous les syndicats ne se mettent pas ensemble, et si les partis politiques de gauche ne se mettent pas ensemble, on n'aura pas de mobilisation générale. Le problème est le suivant : les gens en ont assez de faire une petite manifestation par là, une grève par ici, une autre par là. A la fin, ces grèves et manifestations à répétition ne créent pas un rapport de force vis à vis de Nicolas Sarkozy.


Roselyne FEBVRE.
  Vous pensez que ce sont devenus des combats d'arrière garde ?


Jean Christophe CAMBADELIS.
  Non, on saucissonne ! Le problème posé, excusez moi du terme, est celui du « tous ensemble ». Puisque tous ceux qui sont contre la politique sociale de Nicolas Sarkozy   syndicats, partis, associations, que sais je encore   ne se mettent pas ensemble pour dire : « On veut un million de personnes dans la rue et nous allons manifester », et bien, un jour, deux syndicats appellent, trois le lendemain, le surlendemain le Parti socialiste fait sa pétition ou sa déclaration. On est en ordre dispersé.


Roselyne FEBVRE.
  Dans le fond, est ce que cela ne signifie pas qu’il n’y a plus de lutte sociale au sein du Parti socialiste ? Benoît Hamon dit que l’on abandonne les gens.

Jean Christophe CAMBADELIS.  Il y va un peu fort. On n'abandonne pas les gens. La preuve : un peu partout et au Parlement européen, on se bat contre certaines mesures préconisées par la droite. On ne les abandonne pas, mais on n'est pas au coeur de leurs combats. C’est la difficulté.

Roselyne FEBVRE.  Les 35 heures, c’est, selon vous, une bataille perdue d'avance ? Vous n'y croyez plus ?

Jean Christophe CAMBADELIS.  Non, ce n’est pas… On s'est battus, on se bat sur la question des 35 heures et on essaie d'être avec les gens.

Roselyne FEBVRE.  Mollement.

Jean Christophe CAMBADELIS.  Non, pas mollement, regardez ce que nous faisons au Parlement. Mais honnêtement, pour les 35 heures, le débat est derrière nous aujourd'hui. Ce n’est pas la question des 35 heures qui est le problème essentiel des Français, mais plutôt la question du pouvoir d'achat. Il faut que l'ensemble des forces de gauche posent très sérieusement cette question, parce que les Français subissent de plein fouet une dévalorisation de leur pouvoir d'achat.

Roselyne FEBVRE.  Est ce que la gauche veut encore dire quelque chose aujourd'hui ? En tout cas, ce n'est plus ce que cela voulait dire il y a 10 ans, il y a des décennies avec, sur le fronton, la lutte sociale, la défense des ouvriers.

Jean Christophe CAMBADELIS.  Oui, il y a des permanences et des mutations. La permanence est la lutte pour la justice, la justice sociale, le fait que l'on ne veuille pas que les gens soient arraisonnés par le marché, l'égalité réelle. Ce sont des éléments de permanence, mais il y en a de nouveaux. La question sociale ne se pose pas aujourd'hui comme en 1848 ou lors du Front populaire. Les rapports dans les entreprises ne sont pas les mêmes, les couches sociales sont disposées autrement, la question de l'écologie est intervenue, ainsi que celle du développement durable. Il y a de nombreux éléments nouveaux.


Roselyne FEBVRE. 
Il est vrai que les couches populaires, lors de la présidentielle, ont basculé chez Nicolas Sarkozy, mais aujourd'hui, il y a moins d’espérance, ou plus beaucoup, du côté du Président de la République et il n’y en a pas vraiment chez vous, car vous ne proposez rien. Alors, qui va rafler la mise ? Est ce Bayrou, Besancenot ? Cela ne vous inquiète pas ?

Jean Christophe CAMBADELIS.  Cela pourrait être inquiétant, mais remarquez que lors des élections cantonales et municipales, nous avons « raflé la mise’, si je puis dire. Ces couches populaires ont massivement voté, mais, soyons honnêtes, davantage pour sanctionner la politique du gouvernement que pour une adhésion. Cela signifie que c’est volatile. Si le Parti socialiste ne fait pas un effort pour créer et construire une alternative crédible, une alternative à la politique de la droite, tout ceci peut aller partout ! On peut avoir un Besancenot très haut ou un Bayrou qui surgirait du diable vauvert, car il n’est pas dans la meilleure situation aujourd'hui.


Roselyne FEBVRE. 
Oui, un peu au fond du trou. Au Parti socialiste, vous faites donc partie de cette nouvelle chapelle, « Les Reconstructeurs ». Un socialiste disait : « C'est le mariage de la carpe et du lapin » et on va comprendre pourquoi avec les explications de Clément Massé. Qui sont ces « Reconstructeurs » ? (Diffusion du reportage vidéo)

Roselyne FEBVRE.  Vous ne faites jamais les choses simplement au Parti socialiste, on vient de le voir. Vous essayez cependant de trouver des solutions. Est ce que, comme vous le disiez dans l'interview, ce Congrès de Reims est « mal barré » ?

Jean Christophe CAMBADELIS.  Il est assez mal « barré ». Si c'est un choc entre deux personnalités, Ségolène Royal et Bertrand Delanoë, ce n'est pas le bon signe que l'on peut envoyer à l'ensemble des Français.
Il y a deux éléments dans ce Congrès : la nécessité de répondre à la nouvelle phase de la mondialisation et la nécessité, pour le Parti socialiste, de construire une alternative politique, crédible par rapport à la droite.
Les Français ne nous demandent pas quel est notre prochain candidat à l’élection présidentielle, mais nous demandent ce que nous pensons sur l’énergie, l’essence, le pouvoir d'achat, les 35 heures, la santé, la Sécurité sociale, l’école, etc.

Roselyne FEBVRE.  Il faut un projet avant un homme et ne pas mettre la charrue avant les boeufs.


Jean Christophe CAMBADELIS. 
Il faut déjà avoir un plan de travail et savoir comment nous allons traiter l'ensemble des problèmes. Avec Pierre Moscovici – on a signé une contribution  , nous démontrerons que l'on peut construire un plan de travail pour mettre en place un Parti socialiste moderne et ancré dans son histoire. Tout l'enjeu est là. Il ne s’agit pas de devenir le parti de M. Bayrou ou de M. Besancenot. Il faut être socialiste dans les temps modernes et donc, créer une alternative politique.

Roselyne FEBVRE.  On a l'impression qu'au Parti socialiste, il y autant d'avis que de personnes. Il y a toujours   c'est historique   ces querelles byzantines qui ne vous ont pas toujours servis, voire même plombés : trois échecs consécutifs. La présidentielle, n'est ce pas le moment de passer un sérieux coup de balai ?


Jean Christophe CAMBADELIS. 
Oui, il faut rénover et même reconstruire le Parti socialiste et c’est pourquoi cela s’appelle « Les Reconstructeurs ».  Les débats dans le Parti socialiste, les chapelles, les sensibilités, les tendances ont toujours existé depuis 1905 et, comme vous le dites très justement, c'est un élément de notre culture politique. C'est un parti parlementaire et non pas un parti bonapartiste car le Parti socialiste ne se met pas d'emblée derrière un homme ; c’est toujours très compliqué à faire. On sait cependant se rassembler à des moments donnés. Comment faire pour surmonter nos difficultés ? Nous faisons une proposition : mettre de côté la présidentielle et qu'elle soit tranchée par une primaire au sein de notre propre électorat.

Roselyne FEBVRE.  C’est ce qui s'est passé.

Jean Christophe CAMBADELIS.  Oui, mais plus largement encore. Cela permettrait de laisser de côté les présidentiables, de se concentrer sur la reconstruction et le développement du Parti socialiste et la construction de l’alternative.

Roselyne FEBVRE.  Ces « Reconstructeurs » ont trouvé leur pièce maîtresse, vous vous êtes mis d'accord sur un nom : Martine Aubry, bien que Pierre Moscovici ne soit pas tout à fait d'accord. En attendant, c'est elle qui a émergé. Croyez vous qu’entre des Fabiusiens, qui ont dit « non » à l'Europe, Montebourg et vous, sociodémocrates, il soit possible de vous entendre ? C’est la question. N’est ce pas une stratégie ?


Jean Christophe CAMBADELIS. 
Si nous ne nous entendons pas, nous, le parti ne s'entendra pas.

Roselyne FEBVRE.  Vous faites la synthèse.


Jean Christophe CAMBADELIS. 
Oui, on fait déjà la synthèse de ce que devrait être le Parti socialiste, en essayant de faire une synthèse dynamique. Pour l'instant, ni Martine Aubry ni Pierre Moscovici ni d’autres n'ont déposé formellement leur candidature. On est dans le stade des contributions. On va échanger, voire, vérifier. Mais sur la question européenne, par exemple, nous sommes tous d'accord. Le débat que nous avons eu depuis trois ans est derrière nous.


Roselyne FEBVRE. 
Le « non » irlandais ne ravive-t-il pas ces contradictions ?


Jean Christophe CAMBADELIS. 
Tout le monde comprend, quel que soit son vote au moment du Traité constitutionnel européen, que le problème auquel les Européens sont confrontés est la question même de l'Europe.
Aujourd'hui, est ce qu’il faut l'Europe ? C'est la question que se posent les Français et tous les peuples d'Europe. Ils ne voient pas comment cette Europe leur est utile dans leur vie quotidienne, dans la mondialisation. Il faut passer, si vous me permettez cette formule, de « l'Europe des contenants » à « l'Europe des contenus ». Si l'Europe ne se construit pas autour des réponses aux problèmes concrets de nos concitoyens, elle se délitera complètement.

Roselyne FEBVRE.  Qu'attendez vous de Nicolas Sarkozy au Sommet européen et des propositions qu’il doit faire ? Est ce un arrangement juridique ? Faut il attendre ? Faut il poursuivre le processus de ratification ? Que doivent être les applications de la France  ?


Jean Christophe CAMBADELIS. 
Nous attendons le respect des autres. Même quand un peuple ne vote pas comme on le souhaite, ce qui est le cas des Irlandais, il faut respecter son vote. Il faut continuer le débat, c’est normal, au sein de l’Europe, mais en respectant le vote irlandais. Par ailleurs, on demande que la question sociale soit au centre. Il ne nous met pas la question sociale au centre du débat, mais la question des flux migratoires. C'est un problème important, mais le problème urgent, aujourd'hui, porte sur l'énergie, la recherche et la question sociale. Or, là dessus, on ne voit pas beaucoup de choses.


Roselyne FEBVRE.
  Je voulais vous poser une question, pour revenir au Parti socialiste et aux « Reconstructeurs ». Je parlais de « pièce maîtresse » en parlant de Martine Aubry, mais je vous suspecterais, vous, partisan de Dominique Strauss Kahn, de penser qu'un jour, il pourrait être une sorte de deus ex machina, qui sort de la boîte et vient arranger les problèmes du Parti socialiste ne se mettant pas d'accord sur Martine Aubry, Bertrand Delanoë, Ségolène Royal. Est ce le fond de votre pensée, honnêtement ?

Jean Christophe CAMBADELIS.  Honnêtement, et je ne m’en cache pas, Dominique Strauss Kahn est un ami. Je crois qu'il serait, et c'est pourquoi je l'ai soutenu dans la primaire interne du Parti socialiste, très utile, non seulement au Parti socialiste, mais surtout à la France qui se débat dans des questions économiques importantes. On n'est pas là. Ce n'est pas le sujet du jour. Je ne peux tout de même pas reprocher à certains de vouloir prendre le Parti socialiste pour le mettre à leur service pour la présidentielle, et moi, de mon côté, dire que c’est faux.


Roselyne FEBVRE. 
Il y a des arrière pensées ?


Jean Christophe CAMBADELIS. 
Il y a toujours des arrière pensées en politique. Je crois que Dominique Strauss Kahn est très concentré aujourd'hui sur son important travail pour le FMI et qu’il est en train de réussir.

Roselyne FEBVRE.  Oui, mais il s'ennuie un peu paraît il ?


Jean Christophe CAMBADELIS.
  Vous avez plus de nouvelles que moi.


Roselyne FEBVRE.
  En l'éloignant, Nicolas Sarkozy fera de lui, à un moment donné, l’homme providentiel pour le Parti socialiste.

Jean Christophe CAMBADELIS.  Oui, il faut toujours se méfier des hommes providentiels. Si les conditions sont réunies, s’il en a envie, si le Parti socialiste le désire. Il y a beaucoup de « si ». A un moment donné, cette question peut être posée, mais ce n’est pas le problème de l’heure. On est vraiment dans le Parti socialiste, on est tous subordonnés à un projet. L’urgence, c’est une nouvelle gouvernance du Parti socialiste. François Hollande s'en va. La question posée est celle aussi d'un nouveau centre du Parti socialiste, c’est l’objectif, c'est à dire une nouvelle majorité qui combine à la fois les rénovateurs, les reconstructeurs et les réformateurs.

Roselyne FEBVRE.  Une gauche qui se recentre.


Jean Christophe CAMBADELIS. 
Non, pas dans ce sens là. Le Parti socialiste a vécu, pendant des années, autour de François Hollande, avec le « hollandisme », mais aujourd'hui, il doit constituer une nouvelle majorité. Quel sera son centre de gravité ? Je crois que cette nouvelle majorité doit être réformiste, capable de produire, encore une fois, une alternative à la droite.


Roselyne FEBVRE.
  Merci d'avoir été notre invité et bon courage pour les « Reconstructeurs ». On aura des nouvelles à l'automne pour le Congrès.

 

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