Dieu que les choses vont vite quand elles vont dans la mauvaise direction ! Une semaine après le "non" irlandais, le sommet de Bruxelles a donné le spectacle d’une Union craquant de toute part. Certes on s’est entendu pour faire comprendre aux Irlandais qu’on ne leur en voulait pas trop et qu’on leur en voudrait encore moins s’ils trouvaient d’ici octobre une façon d’effacer les effets de leur référendum bougon.
Mais le temps qu’on tente de régler le cas irlandais et voilà qu’un autre pays s’est mis à jouer les trublions : la République tchèque qui, soudain, ne veut plus s’engager à ratifier le traité de Lisbonne. Le Premier ministre tchèque, pas très euro-enthousiaste, fait même courir un frisson d’effroi lorsqu’il dit au sujet de la consultation à venir au Sénat de son pays : "Je ne parierais pas
100 couronnes (4 euros) sur le "oui" ."
Et, un malheur ne venant jamais seul, qui doit assurer la présidence tournante de l’Union à partir du 1er janvier
2009 ? La République tchèque ! Aïe aïe aïe : le trublion qui devient chef d’orchestre. C’est un pur hasard, il tombe on ne peut plus mal.
Et ce n’est pas tout. Nicolas Sarkozy a profité de ce sommet pour décocher quelques flèches qui pourraient laisser des traces. Lorsqu’il s’en prend nommément au commissaire européen (britannique) Mandelson en le rendant responsable du "non" irlandais. Ou lorsqu’il menace indirectement les Tchèques du suspendre tout élargissement de l’Union s’ils n’adoptent pas le traité de Lisbonne. (Les Tchèques sont très soucieux d’élargir l’UE aux Balkans). Le Premier ministre polonais a trouvé que les propos du président français étaient "inacceptables". La crise institutionnelle va-t-elle se transformer en une crise de l’élargissement ? Un regain de tension entre l’Ouest et l’Est de l’Europe ?
Que dire enfin de cette soudaine hésitation des Britanniques pour une sombre question de procédure juridique ! Tout le monde semble estimer que la ratification du Royaume Uni est acquise mais, pour qui connaît un peu l’Histoire, se dire que l’avenir de l’Europe peut éventuellement dépendre d’une Cour londonienne n’est pas une perspective très réjouissante.
L’Europe a connu d’autres crises et se relèvera sans doute de celle-là. Mais que l’on retienne la leçon de ce triste sommet : il n’en faut vraiment pas beaucoup pour réveiller le spectre de la désunion.













