Mardi, juillet 1, 2008 - 17:30
Liste des brèves AFPTour du monde "à l'ancienne": retour de Guy Bernardin aux Sables-d'Olonne Par Patrick FILLEUX
Le navigateur Guy Bernardin, 64 ans, parti pour un tour du monde "à l'ancienne" le 12 septembre 2005 des Sables-d'Olonne (Vendée) sur son vieux gréement en bois de 11,20 m, "Spray of St Briac", est rentré mardi en début d'après-midi à son port d'attache.
Bernardin, originaire de St-Briac (Ille-et-Vilaine), a réitéré l'exploit de l'Américano-Canadien Joshua Slocum, le père de la navigation en solitaire qui boucla la première circumnavigation en solo et avec escales entre 1895 et 1898 à bord du Spray dont le yawl de Bernardin est l'exacte réplique.
Il est midi lorsque la grand'voile rouge et blanche devenue rose pâle, toute délavée par les embruns des mers lointaines, se profile dans la brume de chaleur de la baie des Sables-d'Olonne.
Trente-quatre mois se sont écoulés depuis qu'elle a disparu au bout du même horizon un matin de septembre 2005.
Spray se balance mollement sur la faible houle, seul, ainsi qu'il le fut pendant tous ces mois sur les trois océans et la mer des Caraïbes.
La silhouette massive et tranquille de Bernardin se matérialise peu à peu, coiffé de son éternel bob aux larges bords et vêtu de sa vareuse rouge.
L'homme n'est pas expansif. Il a fait dans sa vie hauturière, l'équivalent -en course et en croisière- d'une vingtaine de fois le tour du monde ... "ça donne du recul et de la sérénité", comme il dit.
Deux ou trois saluts à l'approche du premier voilier venu l'accueillir et le voici qui se remet au boulot, s'affaire de la poupe à la proue du vieux deux-mâts, borde une voile, arrime sa barre à roue avec un bout en prenant son cap vers le chenal du port des Sables.
Il accueille l'AFP à bord du vieux gréement: "Le bateau et le bonhomme reviennent en bon état. C'est le plus important. Je suis allé au bout de cette aventure. Une nouvelle commence. Je ne sais pas encore laquelle. C'est la vie ... un éternel recommencement", confie-t-il.
"On était parti pour un an (NDLR: il voulait faire ce tour du monde sans escale, projet qui s'est révélé irréalisable avec ce bateau spartiate qui refuse de remonter au vent) et on en a mis trois. C'est la mer qui dicte sa loi et elle a raison", assure-t-il.
Il a passé 405 jours en mer en 34 mois et 400 jours à travailler sur le Spray, réparer des avaries, colmater des fuites, calfater, recoudre la grand'voile déchirée par la tempête dans le Pacifique", lors de ses différentes escales (Afrique du Sud, Nouvelle-Zélande, Chili, Floride).
Il a tout fait lui-même avec son très maigre budget.
D'autres bateaux tracent leurs sillages à sa rencontre. D'abord, l'hommage du plus jeune au plus vieux: Akena, le 60 pieds d'Arnaud Boissières qui va s'aligner au prochain Vendée-Globe. Puis Jean-Luc Van den Heede, VDH, sur son Adrien II, marin de l'extrême et détenteur du record du tour du monde "à l'envers", est-ouest.
"Jamais je n'aurais fait ce que Bernardin vient d'accomplir, déclare-t-il à l'AFP. C'est un exploit de marin qui requiert des valeurs humaines et psychiques exceptionnelles. Faut l'faire..." Et VDH sait de quoi il parle.
Une vedette de la SNSM (Société nationale de sauvetage en mer), actionne sa corne de brume. Eux aussi savent ...
Lorsque Spray double les balises d'entrée du chenal des Sables, un groupe d'enfants est massé sur le môle. Ce sont les élèves de CM2 de l'Ecole du Centre des Sables d'Olonne qui, avec leur institutrice Nellie Gallerneau, ont suivi son périple depuis le départ.
Les mômes courent et les cris fusent: "vive Bernardin, hourrah, bravo"...
Et le vieux navigateur pleure.


