Le Sénat roumain veut rendre la vie du peuple plus joyeuse. Dans l’ancien palais du dictateur Nicolae Ceausescu où les élus ont établi leur siège, les sénateurs ont voté à l’unanimité une loi étrange qui secoue le pays.
« Il y a des chaînes de télévision, surtout privées, qui présentent seulement des histoires négatives, explique Gheorghe Funar, sénateur du parti extrémiste Romania Mare (La Grande Roumanie) et initiateur de cette loi. Les gens sont épouvantés. Nous exigeons que les journaux d’information présentent à parts égales des nouvelles positives et négatives. »
Tous les sénateurs roumains ont suivi les dirigeants du parti extrémiste de la Grande Roumanie qui souhaitent que leurs compatriotes aient une vision plus positive de la vie. Mais la société joyeuse dont rêvent les sénateurs laisse perplexes les journalistes roumains.
« Nous sommes restés bouche bé face à ce niveau d’absurdité qu’une institution fondamentale pour la démocratie a pu atteindre, affirme le journaliste Mircea Toma. Et si on apprenait que le président français était mort est-ce que ce serait une bonne ou une mauvaise nouvelle pour les Français ? »
Les sénateurs roumains sont unanimes : les médias représentent un vrai danger parce qu’ils ne partagent pas la vision positive que les élus ont de la Roumanie.
« Nous voulons vivre dans une société normale où le bien va toujours vaincre le mal, précise Gheorghe Funar. La décision sur les bonnes nouvelles sera tranchée par le Conseil national de l’audiovisuel. »
Pourtant les représentants du Conseil national de l’audiovisuel (CNA) se montrent eux-mêmes perplexes face à leur nouvelle responsabilité. « Seul un ministre de la Vérité pourrait obliger les médias à diffuser des bonnes nouvelles, rétorque Gelu Trandafir, secrétaire d’Etat et membre du CNA. Mais nous ne sommes pas les maîtres de la vérité. L’unanimité face à cette loi m’a plongé dans une profonde dépression. »
Depuis que la Roumanie a adhéré à l’Union européenne l’année dernière les Roumains sont très attachés à la liberté d’expression. Aujourd’hui ils appellent le président Traian Basescu à refuser de promulguer la loi votée par le Sénat.
« Le fait que tous les sénateurs aient voté cette absurdité nous signale que la Roumanie n’est pas à l’abri des dangers, déclare Mircea Toma. Peut-être qu’une future loi obligera les radios et les télévisions à diffuser en intégralité seulement des bonnes nouvelles. C’était comme ça à l’époque de Ceausescu. Pour le Sénat de Roumanie Ceausescu n’est pas mort, il est seulement endormi. »
Mais le Conducator ne semble pas inquiéter les sénateurs roumains. En décembre 2006 ils ont hué le président Basescu lorsqu’il a condamné les crimes du régime communiste. C’était pour eux plutôt une mauvaise nouvelle. Aujourd’hui ils ont décidé de voir la vie en rose.















