Culture - Théâtre
Le Festival d’Avignon ouvre avec l’amour des mots
Samedi 05 juillet 2008
La 62e édition du Festival d'Avignon s'est ouverte sur une célébration du poète et dramaturge Paul Claudel, dont la pièce autobiographique "Partage de midi" a été présentée dans la carrière de Boulbon.
Dossier Nous vous emmenons aux festivals !Samedi 05 juillet 2008
Par AFPSuivez notre agenda des festivals
Rendez-vous sur le site du festival d'Avignon
Le 62e Festival d'Avignon a présenté vendredi soir son spectacle d'ouverture, "Partage de midi", où l'actrice Valérie Dréville prend part à une célébration collective et exaltée du verbe de Paul Claudel, dans le plein air de la carrière de Boulbon.
"Artiste associée" de cette édition 2008 en compagnie du metteur en scène italien Romeo Castellucci, Valérie Dréville aurait pu se contenter d'y mettre en avant, pour sa seule gloire, un grand projet personnel.
Elle a préféré mener sur toute la durée du festival une aventure aussi singulière que collective en montant "Partage de midi" sans metteur en scène, mais non sans mise en scène puisque celle-ci est assurée par les quatre acteurs (Gaël Baron, Nicolas Bouchaud, Valérie Dréville et Jean-François Sivadier), sous le regard extérieur d'un cinquième (Charlotte Clamens).
Un spectacle qui met l'interprète au premier plan et pour laquelle la scénographie se fait donc discrète, dans la première version (1905) de la pièce, peut-être plus libre et moins édifiante sur le plan moral et religieux que celle de 1948.
Une scène rectangulaire en bois (le pont d'un bateau au Ier acte), prolongée par des rails de chemins de fer (métaphore du départ, évocation de travaux menés en Asie), sert de cadre à ce récit autobiographique brassant les thèmes de l'adultère et de la passion amoureuse sur fond de voyage et d'exil en Chine.
La pièce a été écrite quand Paul Claudel (1868-1955) était consul de France à Fou Tchéou, en 1905, soit un an après que Rosalie Vetch, enceinte de lui, eut fui pour accoucher en Europe, alors que leur liaison faisait jaser.
Rosalie a sans doute inspiré à Claudel le personnage d'Ysé, et lui-même s'est reconnu aisément sous les traits de Mesa, le consul torturé qui faillit être prêtre.
Au IIe acte, celui du cimetière où Ysé et Mesa se déclarent leur flamme, quelques planches arrachées creusant des tombes sous un plateau entouré de petites lumières suffisent à poser un décor funéraire. La scène disloquée, avec des pans de bois qu'on éloigne sur les rails, illustre enfin la maison minée d'Ysé.
La carrière de Boulbon, lieu qui tutoie les éléments (l'air et la terre), est un endroit rêvé pour aller à l'essentiel, pour se concentrer sur le souffle long et exigeant de la langue claudélienne.
Un verbe que Valérie Dréville et ses partenaires ont choisi de rendre très incarné par un jeu physique, par moments presque chorégraphié, marqué par des déplacements rapides sur le "pont", des arrêts abrupts dans le mouvement, jusqu'à l'excès.
C'est dans la tornade des mots que l'équipe convainc le plus, notamment dans l'échange final entre Valérie Dréville, moins tranchante vocalement mais plus profonde qu'en début de spectacle, et le Mesa volontiers maladroit de Jean-François Sivadier. Le dialogue prend un tour clairement lyrique, au sens propre comme au figuré, quand ce dernier chantonne la "Mort d'Isolde" de Wagner...
Nicolas Bouchaud retient particulièrement l'attention en campant avec virtuosité Amalric, l'ancien prétendant sûr de son fait.
Après le Festival d'Avignon (jusqu'au 26 juillet), le spectacle sera joué en novembre du 13 au 23 aux Gémeaux à Sceaux (Hauts-de-Seine), du 27 au 29 au Centre dramatique national d'Orléans, en décembre du 3 au 6 à l'Espace Malraux de Chambéry puis du 10 au 13 à La Rose des vents à Villeneuve-d'Ascq (Nord).
Soyez le premier à réagir.
Pour aller plus loin
Pour aller plus loin
Pour aller plus loin


