15 juillet 2008 - 07H45
Un avenir politique pour le dernier détenu libanais ?
Samir Kantar doit être libéré au terme de 29 ans d’incarcération en Israël. Qualifié de terroriste par les Israéliens, "acclamé en héros" par bon nombre de Libanais, le doyen des détenus libanais peut-il envisager un avenir politique?
Le plus ancien détenu libanais dans les prisons israéliennes, Samir Kantar, sera prochainement libéré dans le cadre d’une opération d’échange de prisonniers entre le Hezbollah et Israël.
Samir Kantar purgeait une peine de prison à vie pour avoir tué trois personnes, dont un policier et une fillette, lors d'une opération commando en 1979 à Naharya, dans le nord d'Israël.
Premier arrivé, dernier libéré, Kantar doit sortir de prison à l’issue de négociations longues et ardues menées par le mouvement chiite libanais. Une question demeure cependant en suspens : quel avenir politique pour cet ancien militant de gauche, de confession druze ?
Durant les trois dernières décennies, Kantar a suivi l’actualité politique du monde arabe depuis sa cellule. Il intervient régulièrement sur la scène locale libanaise par le biais de lettres adressées à ses compatriotes et à des personnalités politiques de premier rang.
Dans un entretien réalisé en hébreu et publié dans Maariv le 8 juillet 2005, Kantar révèle qu’une proposition, transmise par le truchement de son avocat, lui a déjà été faite pour se porter candidat aux élections parlementaires de 2002. Kantar décline l’offre, refusant "de profiter de [sa] souffrance pour gagner un siège au Parlement".
"Héros de la résistance"
Au Liban, même si l’on considère qu’il est encore tôt de parler d’avenir politique tant que Kantar n’est pas rentré au pays, nombreux sont ceux qui le voient déjà en parlementaire ou en figure de proue de l’opposition. Nazih Hamzé, secrétaire général du Parti démocrate populaire (PDP) auquel appartenait Kountar dans sa jeunesse, considère qu’"en tant que héros de la résistance et modèle de ténacité, Samir Kantar sera forcément appelé à jouer un rôle sur la scène politique". Reste à définir les modalités d’une telle introduction sur l’échiquier politique libanais connu pour ses complexités.
Cet ancien militant de gauche doit reprendre sa liberté grâce aux négociations avec le Hezbollah chiite. Comment trouver alors sa place dans des élections qui prennent systématiquement en compte les équilibres confessionnels de chaque région libanaise. Selon Sayyed Franjieh, analyste politique à Beyrouth, "il ne serait pas étonnant de retrouver Kantar, en tant que candidat druze, sur la liste de l’opposition dans la circonscription de Baabda". Cette circonscription du Mont-Liban compte, en effet, un important électorat chiite pro-Hezbollah ainsi que de nombreux chrétiens partisans du général Aoun, tous deux piliers de l’opposition.
Condamné à 542 ans de prison
Né en 1962 d’une famille druze dans le Mont-Liban, Kantar rejoint dès son adolescence le PDP, un parti de gauche, avant d’intégrer les rangs du Front de libération de la Palestine (FLP).
Il est capturé une première fois en janvier 1978 par les autorités jordaniennes alors qu’il tente de franchir avec deux autres membres du FLP la frontière israélo-jordanienne. Il passera onze mois dans les geôles jordaniennes et sera libéré en décembre 1978.
En avril 1979, à la tête d’un commando baptisé "Opération Nasser", Kantar est capturé par les forces de police israélienne. Il n’a alors que 16 ans. Il est condamné par un tribunal israélien à cinq peines de réclusion à perpétuité, soit un total de 542 ans, pour avoir tué un civil israélien et sa fille ainsi qu'un policier israélien en 1979 dans le nord d'Israël.
Durant sa détention, Kantar s’inscrit à l’université Ouverte d’Israël à Tel Aviv, qui dispense un enseignement à distance et apprend l’hébreu. En 1998, il obtient de cette même université une licence de sciences humaines et sociales.
Dans quelques jours, Samir Kantar doit retrouver sa liberté et ce n’est pas son statut d’ancien délégué des prisonniers, tant de fois mentionnée dans ses lettres, qui facilitera son entrée dans l’arène politique libanaise.














