11 juillet 2008 - 07H34

Fannie Mae et Freddie Mac dans la tourmente
Les marchés financiers n'ont plus confiance en Fannie Mae et Freddie Mac, les géants américains du refinancement hypothécaire. Les deux titres ont fortement chuté à la Bourse. Le gouvernement américain tente de rassurer les marchés.

Les marchés financiers semblent avoir perdu foi envers Fannie Mae et Freddie Mac, les deux géants américains du refinancement hypothécaires, traités comme s'ils étaient au bord du dépôt de bilan, alors même que leur défaillance n'est guère envisageable.

Le titre Freddie Mac a encore perdu 22% à la clôture de la séance de jeudi, pour tomber à 8 dollars. Son recul atteint 40% sur la semaine et 75% sur l'année. Fannie Mae a pour sa part concédé 12,6%, à 13,20 dollars.

Pourtant, les deux sociétés sont notées "AAA" (la note maximale) par les agences de notation, ce qui devrait dissiper les craintes sur leur solvabilité.

Mais chaque jour semble apporter son lot de nouvelles négatives sur les deux sociétés, privées et cotées en Bourse, mais dotée d'une mission de service public et d'une garantie implicite du gouvernement américain.

Lundi, une note de la banque d'affaires Lehman Brothers évoquait un hypothétique scénario qui aboutirait à un besoin cumulé de financement de 75 milliards de dollars pour les deux établissements.

Mercredi, c'était l'ancien président de la banque de réserve de Saint-Louis William Poole --un critique de longue date des deux sociétés-- qui avait relevé que, techniquement, Freddie Mac était en faillite, puisque ses actifs, valorisés à leur prix de marché, étaient inférieurs à ses engagements.

Pour l'analyste indépendant Peter Schiff, un sauvetage sur fonds public des deux établissements est devenu une possibité du fait de "l'inadéquation de leurs réserves financières et de la qualité douteuse de leurs portefeuilles".

Selon Wall Street Journal, l'administration Bush a commencé à discuter de ce qu'il conviendrait de faire en cas de défaillance des deux groupes, même si, selon des responsables interrogés, "aucun plan de sauvetage n'est imminent".

Les pouvoirs publics sont depuis longtemps préoccupés par Fannie Mae et Freddie Mac. Leur gestion n'a pas toujours été dans le passé été des plus rigoureuses. Et leur autorité de régulation, l'OFHEO, est unanimement jugée pas assez bien outillée pour surveiller de tels monstres.

Mais les deux sociétés sont tellement centrales dans l'économie américaine qu'aucun gouvernement ne peut envisager de les laisser faire faillite.

"Les investisseurs ne devraient pas envisager trop rapidement un scénario du pire", relève le cabinet financier Wall Street Stratégies, en soulignant que cela reviendrait pour le gouvernement américain "à se tirer dans le pied".

Fannie Mae et Freddie Mac ont pour mission de racheter aux banques leurs créances hypothécaires. Les banques dégagent ainsi des fonds propres qui leur permettent d'accorder de nouveaux prêts, contribuant à soutenir le marché immobilier dont une stabilisation est vitale pour relancer l'économie.

A fin mai, leurs portefeuilles de prêts atteignaient au total 5.200 milliards de dollars, soit un tiers de la capitalisation de la Bourse de New York et plus d'un tiers du Produit intérieur brut américain.

Depuis décembre, Fannie Mae et Freddie Mac ont levé en tout 20 milliards de dollars d'argent frais, pour compenser les quelque 11 milliards de dégâts générés par la crise du "subprime". Mais Freddie Mac, qui estime avoir besoin de 5,5 milliards supplémentaires n'a toujours pas mené cette opération à bien.

Le directeur de l'OFHEO, James Lockhart, a une nouvelle fois assuré jeudi que les deux sociétés étaient "correctement capitalisées" et assuré que tout manquement qui pourrait survenir serait immédiatement corrigé.

Une évaluation à laquelle le président de la Réserve fédérale Ben Bernanke a apporté un bémol. "Je crois qu'elles sont bien capitalisées, en termes de régulation, mais (...) qu'elles pourraient être encore plus créatives pour fournir du crédit et soutenir l'économie", a-t-il dit devant le Congrès.

 

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