- Union pour la Méditerranée
Pour la première fois depuis l’irruption, voici soixante ans, du conflit proche-oriental, des chefs d’Etat et de gouvernement de pays arabes et d’Israël vont s’asseoir autour d’une même table, le 13 juillet à Paris, à l’occasion du sommet constitutif de l’Union pour la Méditerranée (UMP). Ce projet figure au rang des priorités diplomatiques du président français Nicolas Sarkozy.
Séquence visuelle originale, le Syrien Bachar Al-Assad, l’Egyptien Hosni Moubarak, le Palestinien Mahmoud Abbas, le Marocain Mohamed VI, l’Algérien Abdelaziz Bouteflika, le Tunisien Zine El Abidine Ben Ali, le Mauritanien Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi, prendront place aux côtés de l’Israélien Ehud Olmert dans une conférence internationale. Cette cohabitation entre des leaders qui se sont, longtemps, tournés le dos n’est pas dénuée de portée diplomatique.
Si cela venait à se produire, le rendez-vous de Paris aurait des allures d’"évènement historique", note Jean-François Daguzan, maître de recherche à la Fondation pour la recherche stratégique (FRS). Plus qu’un instant protocolaire, "la photo de famille aura une portée politique forte. Elle sonne la fin de la politique de la chaise vide, longtemps adoptée par les arabes vis-à-vis d’Israël", explique-t-il à FRANCE 24. Il faut remonter aux réunions de paix de Madrid, d’Oslo et de Washington à l’aube des années 1990 pour retrouver, côte à côte, des dirigeants arabes et israéliens.
Inauguré en novembre 1995 en pleine lancée du processus de paix proche-oriental, le projet euro-méditerranéen de Barcelone n’est jamais parvenu à rassembler Arabes et Israéliens dans un sommet. l'ex-président français Jacques Chirac avait rêvé vainement d’une rencontre des chefs d’Etat et de gouvernement en marge de la présidence française de l’UE (juillet-décembre 2000). L’Espagne avait tenté un coup similaire à l’occasion du 10e anniversaire de Barcelone. A l’exception des dirigeants israéliens et du président de l’Autorité palestinienne, tous les chefs d’Etat de la rive sud ont fait défection.
La panne du processus de paix israélo-arabe, pesante à partir de 1996, et le déclenchement de la seconde Intifada en 2000 ont provoqué un pourrissement de la situation proche-orientale. Du coup, les positions respectives des parties en conflit se sont cristallisées, au point de fragiliser les pourparlers et de réduire à néant toute tentative de rencontre commune dans le cadre de Barcelone.
2008, un contexte plus favorable
L’incapacité du processus de Barcelone à réunir, autour d’une même table, dirigeants arabes et israéliens n’a pas découragé le nouveau locataire de l’Elysée à s’y frotter. Dès le départ, son projet d’UPM s’est assigné une somme de dossiers dont l’interminable conflit israélo-arabe. "C’est dans la perspective de cette Union qu’il nous faut approcher le problème de la paix au Moyen-Orient et chercher une issue au conflit israélo-palestinien", a indiqué Sarkozy en février 2007 à Toulon alors qu’il n’était que candidat à la succession de Jacques Chirac.
"Israël, comme l’Autorité palestinienne, comme le Liban, comme la Syrie, y trouveront leur place aux côtés de l’Egypte, de la Jordanie et de tous les pays du Maghreb", a-t-il répété, le 23 juin, devant la Knesset, le Parlement israélien, à l’occasion de sa visite d’Etat en Israël.
Dix-huit mois après avoir lancé, en pleine campagne présidentielle, son idée d’UPM, Nicolas Sarkozy est assuré de glaner l’image-souvenir à laquelle il a tant rêvé : la "photo de famille" euroméditerranéenne presque au grand complet. Inespérée il y a à peine quelques années, cette séquence a été rendue possible par une scène proche-orientale moins bloquée. Jean-Pierre Daguzan en veut pour argument les pourparlers entre Syriens et Israéliens sous les auspices de la Turquie et le dénouement de la crise libanaise. Ces deux facteurs ont permis de décrisper l’atmosphère et de déblayer le terrain pour la venue d’Al Assad à Paris.
L’UPM est-elle de nature à être plus concluante que Barcelone en servant de cadre de cohabitation entre dirigeants arabes et israélien ? D’aucuns estiment la question hypothétique. "Le cheminement de l’UPM dépendra en partie de l’évolution de la situation au Proche-Orient ", déclare à FRANCE 24 la députée européenne Béatrice Patrie. "La centralité du conflit dans ce projet est avérée". Co-auteur avec Emmanuel Español de "Méditerranée" (éditions Sindbad), la députée plaide pour une plus grande implication de l’Union européenne dans le traitement du conflit. "Manifestement, il existe chez les pays de la région une demande d’Europe. L’UE est en mesure d’agir à la fois pour rapprocher les positions entre arabes et israéliens et venir à bout des dissensions inter-palestiniennes".


























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