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Les cadences infernales des machines à coudre thaïlandaises

Dernière modification : 18/07/2008

A l'approche des JO de Pékin, l'industrie textile thaïlandaise augmente sa production en faisant appel à des clandestins, souvent birmans, qui travaillent dans les pires conditions. Reportage : C. Payen, S. Kane.

A l’approche des Jeux olympiques, les machines à coudre d'Asie tournent à plein régime. En Thaïlande, les réfugiés birmans fabriquent des vêtements des grandes marques sportives dans des conditions scandaleuses.

 

Dans une zone de non-droit adossée à la frontière birmane, des milliers de réfugiés jetés sur les routes par le cyclone Nargis fabriquent dans des conditions d'un autre âge les collections qui se vendront à prix d’or en Occident dans quelques semaines.

 

Ces Birmans ont tout perdu et n’ont reçu aucune assistance. Dès lors, une solution s’imposait : l'émigration vers la Thaïlande toute proche. Pour survivre, ces clandestins se livrent, à n’importe quel prix, à un marché du travail impitoyable.

 

"Je suis venu à Mae Sod pour chercher du boulot, explique l'un d'entre eux. J’ai vraiment besoin de travailler… Je prendrai tout ce qui vient."

 

Les 200 usines textiles de la zone frontalière, qui emploient 30 000 personnes, profitent de cette main-d'œuvre désespérée. Leurs ouvriers décrivent des cadences terribles pour remplir les commandes de grands noms internationaux.

 

"Moi, j’ai longtemps travaillé pour des grandes marques de sport étrangères, raconte Aung Thoo, un jeune Birman. On doit travailler de huit heures du matin jusque tard dans la nuit. Souvent, on n’a pas le droit de s’arrêter…C’est vraiment trop épuisant."

 

Une nuit, deux ouvriers birmans font entrer la caméra de FRANCE 24 dans leur ancienne usine. Environ 200 employés, hommes et femmes, y travaillent. Les commandes portent principalement sur les vêtements de sport.

 

Dans le hangar en tôle ondulée dépourvu de fenêtres qui leur tiennent lieu de dortoir, les ouvriers s'entassent sur des lits superposés dans un brouhaha assourdissant.

 

L'hygiène est inexistante. Les ouvriers mangent à même le sol et se construisent un semblant d'intimité à l'aide de bâches en plastique.

 

Malgré l'heure tardive, une femme crie : "Ils veulent encore quatre personnes pour aller bosser ! Il y a du boulot !"

 

Chaw Sue, elle, a 32 ans. Visage caché, elle témoigne des conditions dans lesquelles elle coud les vêtements qui seront distribués par de prestigieuses marques internationales, dont elle exhibe les étiquettes.

 

"Je travaille 29 jours par mois, dit-elle. Parfois 30. Je travaille huit heures de jour. Et ensuite six autres heures à partir de 18 heures. Jusqu’à minuit. Cela arrive souvent que nous ayons à travailler toute la nuit. On dort juste un peu en fin de nuit. Avant de reprendre le travail de jour. Et pour tout cela, je gagne 3000 baths (55 euros) par mois."

 

Il lui est interdit de quitter l'usine, comme à tous les immigrés clandestins.

 

Les patrons les moins scrupuleux profitent de la clandestinité de leur main-d’œuvre. "On a surtout des problèmes de patrons d’usines qui ne paient tout simplement pas leurs ouvriers, explique Che Kyi, chef du syndicat clandestin Yaung Shee Oo. Ils attendent un mois, puis ils appellent la police qui les embarque. C’est facile, car ils sont illégaux ici."

 

La région de Mae Sod offre des coûts de main-d'œuvre parmi les moins chers du monde selon l'avocat thaïlandais Thanu Ekchote. Grâce à une cascade de sous-traitance, s’insurge-t-il, les grandes marques peuvent échapper à toute application du droit du travail.

Première publication : 17/07/2008

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