RUSSIE
Les héritiers d'Anna Politkovskaïa au Daghestan
Dimanche 20 juillet 2008
Dans le Caucase russe, la liberté d'expression a bien du mal à reprendre ses droits. Les journalistes sont constamment sous pression, intimidés et parfois battus. Agressé, Zaour Gaziev ne se déplace qu'avec une protection armée.
Dimanche 20 juillet 2008
Par Romain Goguelin, envoyé spécial à Makhatchkala, DaghestanDeux gardes du corps attendent Zaour Gaziev à la porte de chez lui. Depuis qu’il a été agressé par six inconnus, la famille du journaliste daghestanais s’est cotisée pour qu’il soit toujours accompagné de deux hommes en armes. Zaour Gaziev garde sur son ordinateur les photos prises de lui le soir de l’agression.
Il a immédiatement porté plainte et s’est adressé à la presse pour que son cas ne reste pas sous silence. "Moscou est très loin et se moque de se qui se passe au Daghestan, explique le journaliste. Le Daghestan vit selon ses propres lois qui ne sont pas du tout subordonnées aux lois russes."
Quatre mois après son agression, l’enquête n’a rien donné et Zaour Gaziev est certain que la police ne trouvera jamais ses agresseurs.
"Au Daghestan, on craint plus la police que les bandits. Contre les bandits, on peut se défendre, on peut réunir la famille et se défendre ensemble. Mais c’est impossible de se défendre face à la police – ils ont la loi pour eux", dit encore le journaliste daghestanais.
A Makhatchkala, dans la capitale de cette petite république russe du Nord-Caucase, les journaux d’opposition sont une poignée et les journalistes racontent les pressions dont ils font régulièrement l’objet.
"Les pressions dont on fait l’objet viennent le plus souvent des services de sécurité", confie Diana Alieva, une journaliste du quotidien Respublika.
"Ils peuvent par exemple nous poursuivre en justice devant des tribunaux qui ont des idées préconçues…"
Quand un article ne plaît pas, les journalistes reçoivent des coups de fil où ils s’entendent dire comment travailler, ce qu’il faut dire et ce qu’il est préférable de taire… Et à force d’entendre ces conseils, les journalistes daghestanais deviennent prudents.
"Ces derniers temps, je réfléchis à tout ça, explique Natalya Chkandyba, journaliste pour l’agence de presse russe Ria Novosti… Quand j’écris, j’essaie d’être un peu moins direct, en particulier quand il s’agit des services de sécurité – Personnellement, je n’ai aucune envie d’avoir des problèmes avec eux !"
Pour s’être montré un peu trop critique vis-à-vis du pouvoir, Zaour Gaziev a été renvoyé de la télévision daghestanaise. Il travaille maintenant pour une antenne locale d’une des dernières radio libre de Russie. Il est désormais persona non grata sur les chaînes de télévision locales.
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