L'OMC espère principalement des réductions de droits de douane et de subventions agricoles, des sujets âprement débattus tout au long du cycle de négociations de Doha, qui devait à l'origine s'achever en 2003.
Les négociateurs des principales puissances économiques mondiales ont manifesté un optimisme prudent à l'approche de la réunion. Le commissaire européen au Commerce Peter Mandelson, qui doit représenter les 27 Etats membres de l'Union européenne à la conférence, a déclaré : "Je pense que les chances d'une avancée augmentent, mais cette avancée est loin d'être acquise."
"L'humeur n'est pas bonne"
La confiance affichée dissimule difficilement les fissures qui séparent différents groupes de pays à l'OMC. "L'humeur n'est pas bonne", confie Simon Evenett à FRANCE 24 depuis la Suisse. Ce professeur de commerce international et de développement économique à l'Université de Saint-Gall ajoute: "[Le directeur général de l'OMC] Pascal Lamy pense que la probabilité d'arriver à un accord est de 50 %. Je serais un peu plus pessimiste."
Le président français Nicolas Sarkozy, qui assume la présidence tournante de l'Union européenne pour six mois, a prévenu qu'il ferait échouer un accord fondé sur les propositions actuelles de l'OMC en matière agricole. Aux termes de ces dernières, l'UE réduirait ses subventions aux agriculteurs de 75 à 85 % et ses taxes à l'importation sur les produits agricoles de 54% en moyenne. "En l'état actuel des choses, le compte n'y est pas, a affirmé Sarkozy devant le Parlement européen le 10 juillet. L'Europe a fait tous les efforts, l'Europe ne peut pas continuer à faire des efforts si les autres grandes régions du monde ne sont pas décidées à avancer."
Le 30 juin, le président français s'était publiquement accroché avec Mandelson après avoir déclaré : "M. Lamy et M. Mandelson voudraient nous faire accepter un accord au terme duquel l'Europe s'engagerait à diminuer de 20 % sa production agricole, à diminuer de 10 % ses exportations agricoles. C'est 100 000 emplois supprimés, je ne le laisserai pas faire !"
Selon Evenett, la menace de Sarkozy est à prendre "très au sérieux". "Les Français ont toujours voulu limiter le niveau de libéralisation sur les produits agricoles dans le cycle de Doha, jusqu'ici avec succès," rappelle-t-il.
Réunis à Bruxelles vendredi, les ministres des 27 se sont mis d'accord pour que la position de l'UE à Genève vise à "obtenir le rééquilibrage des concessions que l'Union a déjà faites", selon la secrétaire d'Etat française au Commerce Anne-Marie Idrac. "Le sentiment général est que l'Europe a épuisé ses marges de manœuvre sur le plan agricole et ne peut pas aller plus loin," a-t-elle ajouté.
Réduction des droits de douane et des subventions agricoles
Les partisans d'un accord sur le commerce mondial espèrent que la semaine à venir va permettre d'avancer sur deux chapitres très disputés.
Concernant les marchés agricoles, les négociateurs vont tenter d'arriver à un équilibre acceptable entre la réduction des subventions agricoles, considérées comme un avantage déloyal pour les produits américains et européens, et une diminution des droits de douanes dans les pays développés et émergents. Les pays les plus pauvres ne seraient pas contraints à abaisser leurs barrières douanières.
Dans le domaine des produits industriels, l'OMC cherche à obtenir des droits de douane réduits dans des pays émergents comme la Chine ou l'Inde. De multiples négociations parallèles sont en cours pour essayer d'aboutir à un accord global, qui inclurait des exceptions et des périodes de transitions personnalisées.
Le conflit vieux de douze ans au sujet des droits de douane européens sur les bananes montre à quel point ces négociations peuvent être difficiles. "Un accord est envisageable mais les pays du groupe Afrique-Caraïbe-Pacifique voient d’un très mauvais œil cette négociation. Ils ne veulent pas perdre leurs avantages comparatifs et menacent de faire capoter le cycle de Doha," explique Baptiste Fallevoz, journaliste économique à FRANCE 24.
Des conflits similaires existent dans bien d'autres secteurs. "Le mieux que l'on puisse espérer pour la semaine à venir est un cadre général sur les produits agricoles et industriels, qui pourrait conduire à un accord final l'année prochaine," explique Evenett.
Si les négociateurs échouent ce mois-ci, la plupart des observateurs s'accordent pour dire que les discussions seront gelées pour au moins un an, le temps que les élections américaines, indiennes et européennes soient passées. Il n'est pas certain que l'un d'entre eux prenne alors l'initiative de relancer le cycle de Doha.
Parallèlement, de plus en plus de voix s'élèvent pour remettre en cause le besoin de libéralisation du commerce mondial. Philippe Pinta, qui préside la commission économique du syndicat agricole français FNSEA, déclare à FRANCE 24 que "rien n'est acceptable" dans les propositions de l'OMC.
Alors que les prix agricoles augmentent partout dans le monde, il affirme: "Tout déréguler nous paraît une folie au moment où on nous dit qu'il faut réguler les marchés financiers. L'alimentation est plus importante que la finance, non ?"














Commentaires
ET LES GARS, ILS NE FAUT PAS DORMIR!
Vous oubliez que M. Sarkosy nous a promis un meilleur pouvoir d'achat. Une belle blague dont les Français se n'oublieront pas dans quelques années.
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