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Sidi Ifni accuse la police marocaine de violences

Dernière modification : 22/07/2008

Une manifestation à Sidi Ifni, petite ville du sud du Maroc, aurait été suivie de graves violences policières. Le royaume prend ces accusations au sérieux : une commission d'enquête parlementaire a été constituée.

Les 7 et 8 juin dernier, Sidi Ifni, petite ville côtière de 20 000 habitants du sud du Maroc, a été le théâtre d’affrontements entre les forces de l’ordre et des manifestants. Face aux accusations de violences policières, une commission d’enquête parlementaire a été constituée. Un fait inédit au royaume.

Tout a commencé le 30 mai, lorsque plusieurs habitants ont décidé de bloquer l’entrée du port afin de protester contre le désengagement de l’Etat dans cette ville qui fut une des cités les plus importantes de la région. Depuis la fin des années 1960, sa situation économique n’a cessé de se dégrader. Située à 170 km au sud d’Agadir, Sidi Ifni ne dispose d’aucune véritable industrie. Le chômage y règne en maître.

La pêche constitue son unique source de revenu. Suite à un premier mouvement de protestation, en 2005, l’Etat s’était engagé à financer des travaux d’aménagement portuaire.  "Mais les promesses n’ont jamais été tenues", déplore Khalid Bouchra, 35 ans, membre de l’Association pour la taxation des transactions financières et l'aide aux citoyens (ATTAC). A l’en croire, ce sont de riches armateurs, principalement d’Agadir, qui profitent des eaux poissonneuses.   

"On attend que le gouvernement entame un programme d’urgence pour le développement de la ville, affirme-t-il. Mais il n’y a que des paroles en l’air. Les années défilent et les gens ne voient toujours rien de concret."

Les forces de l’ordre se seraient rendues coupables d’exactions

A Sidi Ifni, le malaise est d’autant plus palpable que lors des manifestations populaires des 7 et 8 juin dernier, les forces de l’ordre se seraient rendues coupables d’exactions : dégradations d’habitations, arrestations arbitraires, tabassages dans le poste de police.

Les nombreuses vidéos amateurs, filmées à l’aide de petites caméras ou de téléphones portables, rendent très peu compte d’"affrontements directs" entre forces de l’ordre et manifestants. Tout juste peut-on y voir quelques jets de pierres de part et d’autre, des grenades lacrymogènes et des tirs de balles en caoutchouc…

Néanmoins, selon plusieurs témoins, certains policiers se seraient livrés à des actes de tabassage et à des tortures tant physiques que psychologiques dans des postes de police ou dans des écoles transformées, pour l’occasion, en lieu de détention.

Fatima, 25 ans, fait partie des nombreuses victimes. La jeune femme, drapée dans un vêtement traditionnel de couleur rouge, est encore sous le choc. Dans le salon de sa modeste maison, elle raconte son interrogatoire au poste de police de la ville. "Ils m’ont retiré mes vêtements et, ensuite, ils ont voulu me faire tomber en me donnant un coup. Je leur ai demandé de ne pas me frapper, je leur ai dit que j’allais m’allonger sur le sol, témoigne-t-elle. Après, ils m’ont frappée et insultée…"

Mauvais souvenirs

L’affaire a pris une telle ampleur qu’une commission d’enquête composée de 15 députés a été créée afin de faire toute la lumière sur les évènements de Sidi Ifni.
 
Dans une grande salle de réunion du Parlement, à Rabat, Khadija Ryadi, présidente de l’Association marocaine des Droits de l’homme, présente les résultats de l’enquête menée par son association. Très sceptique quant à l’objectivité des travaux de la commission parlementaire, elle regrette que les responsables des forces de police n’aient pas été entendus.

Pour la militante, cette violence policière évoque les exactions commises par les autorités sous le régime du roi Hassan II, entre 1960 et 1999 : "Ce qui est arrivé, c’est le résultat de l’impunité dont jouissent les responsables. Ces mêmes responsables qui dirigeaient les violences et les graves violations des droits humains pendant ce qu’on appelle 'les années de plomb'. Ce sont les mêmes personnes qui sont là aujourd’hui, qui donnent les ordres pour attaquer les gens dans leurs maisons."

Porte-parole du groupe des parlementaires en charge de l’enquête, le député Taieb el-Mesbahi se veut plus rassurant : "Je pense que tout acte qui va à l’encontre des Droits de l’homme, des droits de la femme et de l’Etat de droit, doit faire l’objet de poursuites. La commission sera intraitable sur tout acte entrant dans ce cadre-là."

Les quinze députés devraient remettre leur rapport à la fin du mois de juillet. Reste que des témoins importants n’ont toujours pas été entendus. A l’instar de ce médecin de Sidi Ifni qui, durant les évènements du début du mois de juin, a délivré une centaine de certificats médicaux aux victimes des violences policières.

Dans les jours qui ont suivi les manifestations, la salle d’attente du docteur Omar el-Kharroubi n’a pas désempli. Pour ce quinquagénaire, qui se qualifie non sans humour de "barbu apolitique", un médecin se doit de soigner tout le monde quelles que soient son origine ou sa religion.

"Des centaines de personnes ne peuvent pas mentir"


Aussi a-t-il pris la décision de soigner gracieusement la plupart des blessés qui, faute de moyens, ne pouvaient payer les 100 dirhams (9 €) demandés par l’hôpital pour la délivrance d’un certificat médical. 

"J’ai reçu une centaine de personnes qui ont été agressées et elles ne peuvent pas toutes mentir… J’ai vu des contusions, des traumatismes divers. J’ai également vu quelques femmes. Trois ou quatre d’entre elles m’ont affirmé avoir été touchées. Mais il n’y a pas eu de viol, assure le médecin. Vous savez que le Maroc est un pays arabe et musulman, que ces choses sont très mal vues et elles sont inacceptables."

La population de Sidi Ifni reste choquée. Elle espère que justice sera rendue, mais surtout que ce vent de contestation saura être compris et entendu par le royaume.
 


 

Première publication : 21/07/2008

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