22 juillet 2008 - 12H51

Début du recensement des Tziganes à Rome
Afin de lutter contre l'immigration clandestine, le gouvernement italien a décidé de recenser plusieurs dizaines de milliers de nomades, essentiellement tziganes. Un reportage exclusif d'A. Masciarelli, E. Franceschelli et S. Segatore.

"Vous venez pour nous chasser ou pour nous aider?": à l'instar des autres habitants du camp, Rogi, un Rom de Roumanie, accueille avec méfiance les volontaires de la Croix-Rouge venus recenser les nomades, une mesure controversée décidée par le gouvernement Berlusconi.

Les dix volontaires se frayent un chemin entre les tentes, baraques, meubles et matelas dans ce camp perdu entre les hautes herbes et les roseaux, bordé par une route et la voie ferrée, au sud-ouest de Rome.

Une cinquantaine de personnes, en grande majorité Roms, vivent là sans eau et sans électricité, dans des conditions d'hygiène déplorables, parmi les rats.

"Vous acceptez que l'on vous pose quelques questions?", demande un employé de la Croix-Rouge à Ramona Nae et à son frère Rémus, deux Roumains âgés d'une trentaine d'années.

"Non. Pourquoi venez-vous ici? Ce dont nous avons besoin c'est d'une vie meilleure, on va l'obtenir en remplissant des questionnaires ?", lance Rémus, jetant un regard méfiant sur les dizaines de journalistes, photographes et caméramans italiens et étrangers venus assister à l'opération.

"Mais non, ils sont là pour nous fournir une assistance médicale, du lait pour les enfants, pas pour nous dénoncer à la police. Nous allons peut être obtenir une maison grâce à eux", intervient une habitante.

Comme elle, la plupart des résidents acceptent de répondre aux questions des volontaires qui ne sont pas accompagnés de policiers ou de carabiniers, contrairement à ce qui avait d'abord été envisagé.

"Nous leur demandons leur nom, leur âge, leur nationalité, s'ils sont vaccinés, s'ils ont eu des maladies, et si les enfants sont scolarisés. Ils ne sont pas obligés de répondre", explique un jeune volontaire.

"Ils souffrent pour la plupart de mycoses, de maladies gastro-intestinales et de bronchites. Très peu d'enfants sont vaccinés ou scolarisés", selon une autre employée, qui applique un chiffon mouillé sur le front d'un petit garçon souffrant de fièvre.

A quelques mètres de là, d'autres membres de la Croix-Rouge reçoivent un à un les Tziganes dans un camion.

Après les avoir photographiés, ils leur donnent un carnet de santé qui mentionne aussi leur état civil.

"Grâce à ce document, ils auront accès à nos centres de soins. De notre côté, nous constituons une banque de données à laquelle seule la Croix-Rouge a accès. Concernant les autorités, nous leur transmettons ces informations de façon anonyme, afin qu'elles puissent faire un état des lieux des campements et des conditions d'hygiène et de santé", explique un des employés.

Pour le président de la Croix-Rouge italienne, Massimo Barra, "il s'agit d'un moyen pour mieux connaître les habitants des camps".

"Ce n'est pas une opération de police. Dans son décret instaurant le recensement des camps de nomades, le gouvernement a laissé la liberté aux préfets de procéder avec ou sans ONG, en relevant ou pas les empreintes digitales", insiste le président de la Croix-Rouge de Rome, Fernando Capuano.

"Contrairement à Naples, où c'est la police qui fait le recensement en relevant les empreintes, le préfet de Rome a fait appel à la Croix-Rouge en raison de son expérience du terrain" poursuit-il.

La Croix-Rouge estime que le recensement durera jusqu'en septembre à Rome qui compte 70 campements.

La création par le gouvernement Berlusconi de "hauts-commissaires à l'urgence nomades" chargés de recenser les camps de nomades à Rome, Naples (sud) et Milan (nord), notamment au moyen de relevés d'empreintes digitales des adultes comme des enfants, a fait l'objet de vives critiques en Italie et en Europe.
 

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