23 juillet 2008 - 21H01
- Cambodge - Thaïlande

Reportage au temple de Preah Vihear
Près du temple de Preah Vihear, des ouvriers creusent des abris et rénovent d'anciens bunkers. Des villageois quittent les lieux depuis que ce vestige religieux fait l'objet d'un différend frontalier entre la Thaïlande et le Cambodge.







Des Thaïlandais vivant à la frontière avec le Cambodge ont commencé mercredi à quitter les lieux par crainte d'affrontements militaires entre les deux pays divisés par un différend frontalier.

 

Dans des villages situés près du temple hindou de Wat Preah Vihear, objet du litige depuis 46 ans, des centaines de soldats cambodgiens et thaïlandais se faisaient face pour le neuvième jour consécutif.

 

Des ouvriers étaient à pied d'oeuvre pour creuser des trous destinés à construire des abris. Ils rénovaient également d'anciens bunkers datant des années 1980, vestiges des affrontements entre les Khmers rouges et les troupes gouvernementales cambodgiennes.

 

Aux Nations unies à New York, des diplomates ont déclaré que le Conseil de sécurité allait tenir une réunion extraordinaire sur le litige frontalier entre Cambodge et Thaïlande. Selon plusieurs d'entre eux, cette réunion aura lieu très vraisemblablement la semaine prochaine.

 

Mardi, les ministres des Affaires étrangères des pays de l'Asean (Association des nations de l'Asie du Sud-Est), réunis à Singapour, n'étaient pas parvenus à un consensus sur le fait de savoir si l'Asean devait ou non s'impliquer dans cette crise, qui concerne certains de ses membres.

 

Si le regain de tension n'a entraîné pour l'heure aucun incident majeur, dans les villages thaïlandais frontaliers, où vivent quelque 4.000 personnes, on se prépare au pire.

 

Les autorités ont commencé à armer et entraîner des volontaires en leur expliquant comment se défendre face à d'éventuels assaillants.

 

"Nous n'avons nulle part où aller et nous ne voulons pas que les Cambodgiens s'infiltrent (en Thaïlande)", dit Mee Kaewsanga, un vieil homme de 79 ans armé d'un fusil à pompe.

 

L'envoi de troupes et de pièces d'artillerie lourde des deux côtés de la frontière a provoqué l'inquiétude des pays voisins et des Nations unies, auxquelles le Cambodge a lancé un appel à l'aide.

 

A Bangkok, le Premier ministre Samak Sundaravej a bon espoir que la situation s'apaise après les élections législatives de dimanche au Cambodge. Après les élections, "les discussions seront plus faciles", a-t-il déclaré.

 
 
 

UN TERRITOIRE DE 4,6 KM2

 

Le litige entre les deux pays a entraîné un regain du sentiment nationaliste à Phnom Penh, où des tracts et des textos sur les téléphones portables appellent la population à boycotter les produits thaïlandais.

 

Des hommes politiques en campagne ont dénoncé ces derniers jours "les envahisseurs thaïlandais" lors de meetings, évoquant le souvenir des scènes de colère suscitées en 2003 par un litige frontalier portant sur le temple d'Angkor Wat. Une foule en colère avait incendié l'ambassade de Thaïlande à Phnom Penh.

 

L'objet du litige actuel est un territoire escarpé et couvert de jungle de 4,6 km2 qui entoure le temple et forme une frontière naturelle entre les deux pays.

 

Ce territoire est source de tension entre les deux pays depuis que la Cour internationale de justice a décidé, en 1962, qu'il appartenait bel et bien au Cambodge.

 

Le classement, ce mois-ci, du temple de Wat Preah Vihear au patrimoine mondial de l'humanité a suscité un tollé en Thaïlande.

 

Des organisations hostiles à Samak l'accusent de brader le patrimoine de la Thaïlande afin de soutenir les intérêts financiers au Cambodge de l'ancien chef du gouvernement Thaksin Shianwatra, chassé du pouvoir par un coup de force en 2006.

 

Au Cambodge, la question du temple frontalier est devenue l'un des grands débats de la campagne électorale, chaque parti voulant passer pour le champion de la question nationale.

 

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